14/02/2011

Nicolas Thys et Dries Lahaye duo au Sounds

 

J’étais intrigué lorsque j’ai lu, sur le programme du Sounds, le nom de Nicolas Thys associé à celui du jeune et talentueux Dries Lahaye. J’étais intrigué car il s’agit de deux bassistes et je me demandais ce qu’un tel duo allait donner sur scène. J’imaginais l’un à la contrebasse et l’autre à la basse électrique jouant avec des loops. Erreur, ils étaient tous deux à la basse électrique et sans effet aucun.

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Nicolas et Dries se sont rencontrés au conservatoire de Gand. L’un en tant que professeur, l’autre en tant qu’élève. Ils ont élaboré ensemble, au fil des cours et des ans, un joli répertoire, principalement basé sur les compositions de Thys. C’est clair, il y a du respect, de la connivence et de l’amitié entre eux. Et cela se ressent forcément dans leur musique, faite d’échanges, d’écoute et de liberté de chaque instant.

Nicolas est un doux. Un doux aux idées claires, précises et bien affirmées. Ce n’est pas le genre de gars qui se laisse marcher sur les pieds. Mais ce n’est pas une grande gueule pour autant… Loin de là. Sa musique lui ressemble. D’ailleurs, il suffit d’écouter Virgo, un disque lumineux, paru chez Pirouet il y a quelque temps déjà et dont je n’ai jamais trouvé le temps de parler. Réparons cette lacune.

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Sur Virgo, aux côtés de Nicolas Thys, on retrouve Chris Cheek (ts), Jon Cowherd (p), Ryan Scott (eg) et Dan Rieser (dm). Une belle équipe, non?

L’album s’ouvre sur “Disco Monkey” qui semble présenter les uns après les autres, chacun des musiciens. Sur un tempo moyen et enjoué, initié par Cowherd et Rieser, on laisse le sax de Cheek  s’envoler et tournoyer par-dessus tout. On a l’impression de flotter et puis de planer lorsque Cheek ouvre l’espace au léger tapis de guitare et aux brillances du piano. Le tout est soutenu, voire guidé, par la basse ondulante et ferme à la fois de Thys. Le morceau est emblématique de l’esprit du groupe: une légèreté associée à la profondeur des arrangements et à une fausse simplicité des mélodies. Le reste est d’ailleurs à l’avenant et “Lucky Loser” procède un peu dans le même esprit, laissant peut-être un peu plus de place encore aux improvisations de Cheek et Cowherd. “It’s Been A While” joue, quant à lui, sur un registre romantique plus torturé et plus introspectif, tandis que “99 Ocean” est une ballade imparable où Thys joue autant les points de suspensions que de liaisons. Et avant de finir sur un très ensoleillé “G Brasil” (le nom dit tout), “Virgo”, titre éponyme de l’album, se développe de manière nonchalante et désabusée. Pour toutes ces raisons, Virgo est un album terriblement attachant dans lequel on replonge souvent avec toujours beaucoup de délectation.

 

Mais revenons au Sounds ce mardi 25 janvier.

Ce soir, le duo commence avec “3610th”, sorte de folk blues écrit lorsque Nicolas vivait à New York et qui mélange les voix des guitares à la manière d’un madrigal. Puis, c’est “Lifetime”, plus bluesy encore, dans lequel, après une courte intro, Nicolas chante de sa voix douce et grave. Et si ça sent le Mississippi on y hume aussi l’Afrique. Le morceau est lumineux, teinté d’un léger glacis funky. Nicolas double son chant à la basse et laisse Dries improviser en toute liberté. Magique.

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Parfois, les deux musiciens ne font plus qu’un, l’un étant le parfait reflet de l’autre. On a l’impression qu’il y a un miroir sur scène car “Circles” se joue à l’unisson et les deux bassistes exécutent les mêmes gestes, souples, précis et délicats, avec une élégance rare.

La musique est fragile, tellement fragile… Le public est attentif, subjugué par des mélodies qui racontent des histoires sans jamais nous ennuyer. Il y a toujours un petit détail qui jaillit, une idée qui vient relever l’attention.

Le deuxième set commence de façon plus roots encore avec “New Mexico”. Ce superbe morceau nous emmène dans un désert lointain respirer le vent chaud, la plénitude, la tendresse, l’humanité. La subtilité est poussée jusque dans l’extrême délicatesse du geste. Le jeu des deux bassistes est sans faille. Et l’on imagine un coucher de soleil qui n’en finit pas de descendre sur un horizon qui s’élargit sans cesse.

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Il y aura encore “Change” de Dries, mais aussi “Bewitched Bothered And Bewildered” ou “God Bless The Child” revisités avec beaucoup d’intelligence.

Ce soir, c’était beau et c’était fragile.

 

Le duo est à voir et à revoir deux mardis par mois au Sounds.

Vous l’aurez compris, je vous le recommande chaudement.

 

A+

 

Commentaires

Merci Jazzques pour ce sujet sur Nicolas Thys.

J'ai pris l'habitude de le voir tous les ans au festival off de Marciac. Je crois qu'il enseigne également au collège de ce village.
Personnage effectivement doux et très discret.
Gagne à être connu, je pense.

Je vais rechercher l'album que tu cites.(en plus, avec Chris Cheek !)

Cordialement.

Écrit par : Gromit | 20/02/2011

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