10/02/2011

Nu Band à l'Archiduc

 

Barbe et longs cheveux blancs, casquette rivée sur la tête, l’oeil rieur, Mark Withecage (ts) observe ses compagnons, Lou Grassi (dm), Joe Fonda (b) et Roy Campbell (tp), s’affairer dans un coin de l’Archiduc. On est dimanche 23 janvier, il est presque cinq heures de l’après-midi et le Nu Band est là. Le public aussi, même s’il aurait pu être plus nombreux encore. Diable, on n’a pas tous les jours l’occasion de côtoyer de si près de tels musiciens.

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Le Nu Band s’est formé autour de ces fortes personnalités voici près de dix ans. Il a parcouru une belle partie de la planète en répandant son free bop à tout va. Car la musique du Nu Band, c’est ça, une musique ouverte et libre qui repose sur une base solide, ancrée au plus profond du jazz. C’est comme si, sur une pâte maison de première qualité, on venait y déposer tout ce qui nous passerait par la tête, à condition bien sûr de savoir finement doser et de savoir combiner les saveurs les plus inattendues. La recette du Nu Band est de déposer sur cette formidable pâte, du post bop, du free ou de l’avant-garde par fines couches. D’y parsemer ensuite quelques morceaux parfois tendres, parfois plus coriaces et d’assaisonner le tout d’improvisations étonnantes. C’est, finalement, de saupoudrer l’ensemble de quelques éclats de piments qui brûlent tout de suite ou qui se révèlent un peu plus tard. Bref, c’est de surprendre avec de la musique que l’on croit connaître.

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Dès le premier morceau, le quartette est sur les rails. Le groove est lancé à toute allure. L’énergie qui se dégage est imédiate. Le sax rougeoie, la trompette tutoie les aigus.

On y devine des clins d’œil à “My Favorite Things” ou à “Work Song”.

Joe Fonda fait chanter sa contrebasse. Il chante lui-même. Esprit libre. Le Sud remonte à la surface. Les mélodies se dessinent, se déforment et finissent par voler en éclats. Il y a une effervescence communicative qui naît entre eux et c’est la tension qui les relie les uns aux autres.

Et puis, puisqu'on parlait de dosage, il y a les temps suspendu. Withecage enlace sa clarinette et Fonda s’empare de l’archet. Campbell bouche sa trompette, Grassi manipule les coquillages. La musique se fait organique et touche autant le cœur que l’esprit.

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Puis, avec “Avanti Galoppi”, Lou Grassi imprime un tempo serré qui rappelle le jungle à la Duke. L’héritage est clair. Les traditions sont digérées, passées à la moulinette, revues par la modernité d’un jazz actuel ou même par un certain rock progressif. Toujours soutenus par une énergie incroyable, certains morceaux flirtent avec les rythmes tribaux. Ça balance de plus belle et c’en est même presque dansant. Campbell grogne dans sa trompette. Chacun se passe le flambeau, chacun s’exprime et s’amuse. Tout est libre. Même “Lonely Woman” de Coleman passe le bout de son nez.


Ensuite, avec “Lower East Side”, le Nu Band rend hommage au hard bop de Lee Morgan ou Kenny Dorham. Roy Campbell se rappelle les avoir vu jouer. Il les chante, entre blues et gospel… Au dehors, des sirènes de police retentissent juste au moment du solo de Fonda à la contrebasse. On est à New York.

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Le Nu Band aime s’engager et dénoncer certaines dérives politiques, comme celles de l’affaire Bradley Manning, par exemple.

Alors, le morceau, déstructuré au départ, se construit petit à petit, comme un puzzle ou comme une série d’indices qui mènent à la vérité. Les pièces se mettent en place pour déboucher sur un thème grondant. Lou Grassi martèle de plus en plus sèchement sa batterie. Mark Withecage fait rauquer son sax, Joe Fonda redouble de ferveur sur sa basse. La révolte est en route.


Enfin, “Can or Cannot” débute doucement à la flûte et à l’archet, puis s’emflamme, puis gronde, puis bouillonne, puis déborde et se termine en feu d’artifice.

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Il est plus de vingt heures, je prends un verre et discute un peu avec les musiciens et je ressors de l’Archiduc avec quelques disques sous le bras, regonflé à bloc.

 

A+


A voir aussi : d'autres images de ce concert par Olivier Lestoquoit.


 

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