09/01/2011

10 ans ? Champagne !

 

Cette année 2O11, le saxophoniste Thomas Champagne fête les dix ans de son trio.

10 ans, c’est un bail.

10 ans, ça permet de mûrir sa musique, d’affiner ses objectifs, de faire germer ses idées… ou d’en abandonner certaines.

Ça permet aussi de mettre à l’épreuve l’amitié.

Thomas Champagne, Nicholas Yates (cb) et Didier Van Uytvanck (dm) ont passé toutes ces épreuves avec grâce, en construisant petit à petit leur univers.

En 2008, il y a même eu une première consécration: la sortie de leur premier album “Charon’s Boat” (chez Igloo New Talent) qui a reçu un accueil critique des plus positifs. Se sont alors enchaînés quelques belles dates (Jazz à Liège, Gaume Jazz Festival, des tournée en Allemagne et quelques-unes en France). Et l’histoire n’est pas finie.

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Pour marquer le coup et pour ne pas faire qu’un seul concert évènement, le trio a préféré fêter cet anniversaire durant toute l’année. Comment? En jouant deux fois par mois (une fois au Muze à Antwerpen et une fois au Cercle des Voyageurs à Bruxelles) et en accueillant chaque fois un nouvel invité (Dré Peremans (tb), Benjamin Prischi (p), Jean-Paul Estiévenart (tp) et d’autres encore à confirmer).

Bien sûr, si d’autres lieux sont prêts à participer à la fête (À Liège? À Gand? À  Namur ?  Ou même hors de nos frontières ?), Thomas Champagne ne dira pas non… et le public non plus.

 

A  cette occasion, j’ai rencontré Thomas Champagne.

 

Thomas, raconte-moi comment s’est formé ce trio?

Il y a plus de dix ans donc, je jouais avec Nicholas Yates dans un sextette, qui était l’ancêtre d'un autre projet, “Utz”, et un jour, on s’est dit qu’on aimerait jouer des standards ensemble. Comme je connaissais Didier Van Uytvanck, avec qui j’avais fait le conservatoire, je lui ai proposé de nous rejoindre. On a commencé par jouer des trucs de Joe Henderson, de Wayne Shorter, etc… Des vieux standards et des plus modernes auxquels on a intégré, petit à petit, nos propres compositions.

 

Je pensais que vous vous étiez rencontré au conservatoire…

 J’ai connu Nicholas au conservatoire également, mais il y était quelques années avant moi. Il avait commencé la guitare avant de changer pour la contrebasse qu’il a appris en autodidacte. Par contre, je jouais avec Didier dans le Big Band du conservatoire.

 

Quels ont été tes premiers contacts avec le jazz?

J’ai commencé le saxophone à huit ans. Pourquoi? Ce n’est pas très clair. Je ne suis pas issu d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours été attiré par la musique. A l’époque, et comme dans toutes les familles, les parents te proposent de t’inscrire dans un club de sport, ou de faire du théâtre, ou de la musique. Moi, j’ai choisi la musique. J’hésitais entre la batterie et le saxophone, mais comme mes parents étaient séparés, on a opté pour le saxophone… c’est plus facile à transporter (rire). Mon professeur aimait déjà nous faire jouer d’oreille. Il nous faisait jouer des thèmes dans tous les tons. Je me souviens avoir joué des phrases de Parker dans tous les tons. Tout doucement, bien sûr. Plus tard, vers quinze ans, je suis allé à l’académie d’Evere qui venait d’ouvrir une section jazz. A l’époque, mes profs étaient Nathalie Loriers (p) et Fabien Degryse (g). Depuis, Michel Paré (tp), Stéphane Mercier (s) et d’autres y donnent cours aussi. Ensuite, j’ai suivi les stages de l’AKDT à Libramont, avec Pierre Vaiana (ss) et Bart Defoort (ts). Ensuite, je suis allé suivre les cours de Garrett List à Liège pendant un an, avant de rentrer au conservatoire flamand de Bruxelles avec Jeroen Van Herzeele (ts). Puis j’ai terminé mes études au conservatoire francophone.

 

Comment travaillez-vous vos compositions en trio? Et quels sont les musiciens qui t’ont influencés?

J’ai toujours beaucoup écouté les ténors: Joe Henderson, John Coltrane, Wayne Shorter, Sonny Rollins. En ce qui concerne notre façon de travailler, c’est Nicholas et moi qui amenons les compositions. Et lors des répétitions en trio, on améliore, on change, on cherche. Au début, jouer en trio, c’est chouette, on peut aller partout, ce n’est pas trop cher pour les organisateurs et on s’amuse bien. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’un trio sans instrument harmonique était quelque chose d’assez particulier. On remarque vite que ce n’est pas si simple, qu’il y a intérêt à assurer plus que ce que tu ne penses, parce que, justement, il n’y a pas d’instrument harmonique. Donc il faut vraiment composer en fonction du trio. Il ne faut pas s’imaginer qu’il y a un piano, parce qu’il n’y en a pas. Il est dans la tête, mais… Il y a un vide. Alors, petit à petit, j’ai composé en pensant moins à une grille d’accords, mais plus à une ligne de basse, par exemple. Donc, moi, dans ma tête, j’entends la ligne de basse sur laquelle j’écris la mélodie. Comme je compose beaucoup au piano, j’essaie de faire sonner les thèmes en pensant aux deux voix : sax et contrebasse. On n’a jamais composé en groupe, mais on a souvent arrangé en groupe. Au début, on avait des morceaux assez faciles, en “5”, alors que maintenant on évolue pas mal dans du “7”, du “9”, du “11”… Sans aller vers du Steve Coleman ou du Aka Moon. Je dirais qu’on est plus dans la tendance Dave Holland, peut-être. Des trucs assez mélodiques, qui sonnent “simple”, mais qui sont, finalement, assez complexes.

 

Qu’est ce que cela amène à la musique de vouloir la “compliquer”? Ça amène plus d’ouvertures, de libertés?

Peut-être un peu tout ça. Si on fait un beau morceau en “4”, à un moment, on reste un peu dans la même couleur, dans l’esprit “standard”. Maintenant, en jazz, on a déjà fait beaucoup de choses. On est allé dans le free, dans la fusion avec le rock ou le classique… Le fait de composer comme on le fait nous permet de relever des challenges, en tant que musicien. Tout en gardant une certaine simplicité dans le résultat. Ça nous permet de nous amuser à jouer en “4 ½” ou en “3” des morceaux prévus en “9”. C’est un des avantages du trio, c’est vraiment un groupe de travail. On peut se réunir facilement et travailler plus souvent ensemble et donc évoluer plus vite. Le changement de métrique permet de faire sonner les compositions de manières originales. J’ai toujours été attaché à la mélodie, au lyrisme… même si dans ma tête je suis assez “free”. D’ailleurs, c’est amusant, lorsque je lis les critiques de notre disque ou de nos concerts, on dit que c’est lyrique ou mélodique, alors que, pour moi, dans ma tête, j’imagine Wayne ou Coltrane, j’imagine quelque chose de plus “ouvert”.

 

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Oui, mais on entend quand même dans ta musique des envies d’échappatoires. Ça bouge, ce n’est pas toujours stable…

Oui, mais c’est aussi dû à la formule, je pense. Si on se contente, en trio, d’un simple solo-thème-solo, le public finit par se lasser, car on reste dans le même son. Alors que, lorsqu’on essaie d’interagir et de bouger beaucoup, il y a plus de surprises. Autant pour nous que pour le public.

 

Pour fêter les dix ans du groupe, tu as choisi une formule originale… Comment as-tu choisi tes guests?

Le “plan”, à la base était d’avoir quatre ou cinq endroits. Bon, finalement ce sera deux, fixes et réguliers, pendant un an. Mais on ne désespère pas en trouver d’autres. Il y a déjà d’autres endroits qui nous engagent pour une ou deux dates. Bref, pendant deux mois, on joue avec le même guest. Ça nous permet de travailler un nouveau répertoire et de travailler réellement ensemble. Alors, on a choisi les invités suivant leurs instruments : soit un instrument mélodique soit un deuxième souffleur. Comme j’écoute aussi beaucoup Ornette Coleman, le mélange de deux souffleurs, sans harmonie, m’intéressent beaucoup. En plus, dans ce cas-là, on reste dans l’esprit du trio mais il y a plus de richesse avec deux voix. Avec l’autre formule, le manque de piano ou de guitare dans le groupe pourra être combler et cela pourra amener des idées nouvelles. Puis, le choix des musiciens est fortement humain aussi. Ce sont des musiciens que l’on connait et avec qui on a déjà joué dans d’autres formules ou avec d’autres formations. On avait déjà joué avec Dré Peremans lors de l’inauguration de la Jazz Station. Et puis, l’apport d’un tromboniste rappelle aussi le groupe de Dave Holland, même si chez lui il y a le vibraphone en plus. Avec Ben Prischi, nous avions eu la chance d’avoir été invités pour une carte blanche au Gaume Festival, ce qui nous avait permis de travailler ensemble une semaine. Après, nous avons appris à nous connaître un peu plus, lors d’un échange musical entre la Pologne et la Belgique. Ben est très curieux et il se fond vite dans le groupe. C’est important aussi d’avoir un guest qui s’intègre vraiment au groupe et à l’esprit du groupe. Enfin, on a joué souvent avec Jean-Paul Estiévenart, on se connait bien et on s’apprécie beaucoup. En plus, c’est un excellent musicien, que demander de plus? Pour la deuxième partie de la saison on verra. J’ai déjà quelques noms, mais rien n’est vraiment confirmé pour l’heure. Et pour l’été, on espère bien élargir la formule à deux ou trois guests pour les festivals…

 

Ce seront de nouvelles compos ?

Pour la plupart, oui. Disons que là, pour l’instant, on est au trois quart du chemin. On a déjà arrangé sept ou huit morceaux. Principalement pour le trombone. Ce que l’on fera avec Jean-Paul sera arrangé autrement. Ou alors, nous ne jouerons pas les mêmes morceaux. Puis, oui, il y aura de nouvelles compos. Et pour l’instant, elles sont faites pour le trombone. Des trucs à deux voix, trombone et contrebasse ou trombone et sax, soit avec le thème qui vient au-dessus ou deux voix mélodiques… Ce sont des choses qui ne marcheront peut-être pas avec la trompette, par contre. On a envie de composer pour la formule. C’est ce qui est amusant avec ces nombreuses dates : on va pouvoir faire plein de choses différentes. Puis, ça nous remet en question. Quand on compose en trio, on adopte certains automatismes. Ici, on se pose des questions : est-ce que je fais un contre-point ? Une mélodie basée sur la contrebasse ?... Avec le trombone, c’est assez intéressant car il peut aller dans le côté rythmique, pour soutenir la basse ou la batterie, par exemple, ou il peut être en haut avec moi, pour faire les mélodies, ou des questions-réponses. Bref, on se pose la question essentielle : le guest est là et il y a une raison. Avec le piano, c’est également intéressant car on pourrait se contenter de prendre tous les morceaux et y mettre des accords, puisqu’il n’y en a pas pour l’instant, mais ce serait un peu trop facile. C’est comme si on ajoutait un musicien en plus, sans raison réelle. Il faut au contraire profiter de cette richesse supplémentaire pour aller ailleurs.

 

Pour la seconde partie de l’année, tu es tenté par quels autres instruments ?

Je pense à un autre saxophoniste, sans doute soprano. J’aimerais aussi inviter un trompettiste allemand, très peu connu ici. Et puis, ce qu’on n’a pas encore essayé, c’est avec une guitare, ce sera l’occasion. Une guitare plutôt électrique, pour tenter quelque chose de plus rock. Ou alors des trucs à la Tomassenko, avec des guitares qui jouent sur l’ambiance. Dans l’esprit d’un Frisell par exemple.

 

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Un enregistrement est prévu ? Pendant ou après ?

On va, de toute façon, enregistrer tous nos concerts. Cela pourrait être mixable, mais c’est surtout par curiosité et pour nous entendre. Pour retravailler les morceaux s’il le faut. Mais nous aimerions quand même refaire un enregistrement studio. Le premier disque a été bien reçu et il nous a permis d’être crédible sur le « marché ». Cela nous a permis d’avoir un retour critique et de pouvoir nous « construire » à partir de cela aussi. Le but est évidemment d’en faire un autre et de proposer de nouvelles choses.

 

Au delà du trio tu as d’autres projets en cours?

Oui, je joue avec les Sidewinders, un quintette de hard bop, avec Michel Paré (tp), Eve Beuvens (p),  Toon Van Dionant (dm) et toujours Nicholas Yates (cb). On fait des reprises des années ’50, Lee Morgan, Hank Mobley etc… On jouera prochainement à l’Os à Moelle, au Lokerse Jazz Club, à la Jazz Station et peut-être au Gouvy cet été. Et puis l’autre projet c'est Utz, le septette de Renato Baccarat, qui est aussi le chanteur et le guitariste. Je ne dis pas que c’est un groupe brésilien sinon tout le monde s’imagine un certain type de musique. Alors je dis que c’est un septette pop rock brésilien. C’est assez festif. Il y a quatre souffleurs et une rythmique d’enfer. On joue le 15 janvier au Jacques Franck.

 

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A+

 

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