10/10/2010

Jef Neve Trio - Vooruit in Gent

25 septembre. Il pleut averse sur la route vers Gand. On n’y voit pas à cent mètres.

Devant le Vooruit, il y a foule. La pluie tombe dru et l’on se bouscule dans l’entrée pour s’abriter. Mais si on se bouscule, c’est  aussi parce que, ce soir, c’est la présentation officielle du nouvel album du trio de Jef Neve : «Imaginary Road». Le Vooruit est quasi sold-out et l’on est curieux de découvrir sur scène le nouveau contrebassiste de Jef: Ruben Samama.

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Son arrivée coïncide à une envie d’évolution de la part du pianiste. Décision difficile à prendre lorsque l’on sait que Piet Verbiest était aux côtés de Neve depuis le début (je me souviens des tout premiers concerts du trio lors d’un Jazz Marathon à Bruxelles, près de la place Sainte Catherine, avec Piet et Lieven Venken. J’y étais resté pendant plusieurs sets, faisant l’impasse sur les autres concerts que j’avais listé ce soir-là).

Alors, chamboulement total ? Non. Évolution ? Certainement.

Bien sûr, on reconnaît, dès les premières notes, la patte de notre kid, mais il y a sans doute un côté plus tranchant dans le son du groupe. Une approche peut-être plus concise des thèmes aussi. En tout cas, il y a une indéniable cohésion entre les trois musiciens, et chacun semble être un miroir de l’autre, avec sa personnalité propre.

 

Jef n’a pas son pareil pour faire monter le climax. Pendant que Teun Verbruggen impose un jeu foisonnant, acéré et léger sur un rythme très rapide, le bassiste joue très «tendu». Et nous voilà embarqué dans le grand huit, dans un tourbillon de frissons et d’émotions. Jef dépose, par couches, des harmonies de plus en plus élaborées, de plus en plus sophistiquées. C’est «The Space We Need». C’est ce même morceau qui ouvre le nouvel album.

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Un album qui, malgré sa diversité, ne se disperse jamais et suit une certaine logique de narration. «Imaginary Road» est construit comme un album concept : avec un début, une fin, et un fil rouge tout au long des 58 minutes. Sur scène, le groupe applique le même principe, tout en brodant, improvisant ou en réinventant les histoires. Le trio dose ses effets, en alternant morceaux bouillonnants et ballades romantiques. Les moments sereins sont des amorces pour des temps forts, plus explosifs encore. «For The People» démarre par un ostinato obsédant avant de brasser mille idées, en jouant les breaks, les changements de rythmes, les notes suspendues. Il se termine par un final infernal où Teun improvise sur la mélodie, donnant une dimension supplémentaire au thème. «Colors And Shades» est plein de rebondissements, de déstructurations et d’éclatements et «Endless DC»  est, comme son titre l’indique, une sorte de never-ending story musicale. C’est un peu comme si l’on passait en revue les meilleurs moments de sa vie, de plus en plus vite, en refusant que cela ne s’arrête un jour. Du côté des ballades, «Sofia» est plein de mélancolie (dans la veine d’un «Song-Song» de Mehldau), tandis que «Little Piece For Justin» et «Saying Goodbye On A Small Old Ugly White Piano» sont chargés de tendresse. Ici et là, le trio joue avec quelques légers effets électroniques, quelques bruitages, quelques ambiances sonores qui renforcent encore le lien entre les histoires.

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Sur scène, Jef est heureux, n’hésite pas à parler au public, à expliquer de manière amusante ses choix, à raconter quelques anecdotes sur les titres des morceaux. Face au clavier, il bouge, sautille, se lève et s’investit totalement et le concert est sans temps mort. Le trio revient pour deux «encore», avec «Soul In A Picture» et une improvisation libre, pleine d’humour et virtuosité. Il n’y a pas à dire, Jef et son trio savent emballer une salle.

 

Vous lirez bientôt une longue interview que j’ai réalisée avec Jef quelques jours plus tard.

 

Après avoir discuté et fêté ce moment avec les musiciens et quelques amis, je reprends la route, toujours sous une pluie battante, en réécoutant l’album, des images plein la tête.

 


A+

 

 

Commentaires

Salut Jacques,

Je dois dire que je garde un excellent souvenir du passage de Jef Neve au Festival de Jazz de Montréal il y a trois ans de cela, si ma mémoire est bonne. Il jouait alors avec Pascal Schumacher, qui était au vibraphone.

A+

Écrit par : Jazz Frisson | 27/10/2010

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