24/09/2010

Mognoscope au Théâtre Marni

Afin de présenter les dernières parutions de son label Mogno Music, Henri Greindl a misé sur le tir groupé. En effet, deux jours de suite, le 8 et 9 septembre, 6 groupes se sont succédé au Théâtre Marni.

Je m’y suis rendu le deuxième soir pour écouter Sabin Todorov et Bernard Guyot en duo, le groupe de Fabrizio Graceffa et finalement le groupe d’Osman Martins et Pierre Gillet.

La veille, Mogno avait présenté ses autres parutions : Charles Loos en solo, le trio de Paolo Loveri et Wappa Tonic Quintet.

 

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En 2008, avec Summer Residence (et avec Charles Loos), Bernard Guyot avait frappé un grand coup en écrivant une superbe suite en 5 mouvements en hommage au club  Le Travers (qui fêtait, à titre posthume, ses trente ans). On découvrait alors un saxophoniste sensible et talentueux. On ne savait pas vraiment, à l’époque, que Bernard et Sabin Todorov se côtoyaient depuis pas mal de temps déjà et avaient même monté un quartette ensemble. C’est pourtant forts de cette longue amitié, qu’ils ont décidé de jouer en duo et d’enregistrer une démo,« juste pour voir». Rien de plus précis que ça au départ. Mais à la réécoute des « bandes », ils se rendent à l’évidence : «ça sonne!». Tout s’enchaîne assez rapidement, ils enregistrent d’autres compos de l’un et de l’autre et Henri Greindl se propose de sortir l’album. Voilà donc «Archibald’s Song».

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Amusant et intéressant d’écouter ces deux personnalités s’échanger leurs visions de la vie, de confronter leurs idées musicales, d’évoquer leurs origines et leurs souvenirs.

La plupart des compositions de Guyot sont souvent tendres et lyriques, voire sentimentales.

«St Charles School» est une belle ritournelle ensoleillée, «Au bord de l’océan» est assez rêveur et introspectif tandis que «Blues Oriental» est plus mystérieux et puise dans l’imaginaire romanesque. Au ténor, le jeu de Guyot est d’une grande clarté, mais c’est au soprano qu’il est encore plus convaincant. Il y injecte juste ce qu’il faut d’acidité pour en souligner une certaine fébrilité. Les longues phrases ondulantes et les brèves ponctuations aiguisées s’équilibrent entre elles avec souplesse. Sabin Todorov se fait faussement discret au piano. Il met en valeur les harmonies du saxophoniste, mais il n’hésite pas non plus, quand il le faut, à se faire plus incisif. Bien sûr, c’est sur ses propres compositions que Todorov révèle plus encore ses origines slaves. «Soul Of A Imigrant» est une sorte de valse hésitante qui évoque la marche inquiète d’un voyageur qui ne sait pas où il met les pieds ni où ce chemin le mènera. Ces influences sont encore plus flagrantes sur «Crying Game» ou la polyrythmie et les mesures impaires sont fortement présentes. (Si vous aimez ça, je ne peux que vous conseiller son album «Inside Story 2» dans lequel il a invité un quatuor de voix bulgares). Les deux musiciens semblent s’adapter à la musique de l’autre, s’adapter au langage de l’autre, s’adapter aux différences de l’autre, pour finalement, s’adopter l’un et l’autre. Belle leçon.


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Fabrizio Graceffa (eg) opte pour un style assez inspiré d’un Kurt Rosenwinkel. Il teinte son jazz, plutôt languissant, de légères structures pop.  Il joue avec quelques loops et quelques sampling pour initier un tapis légèrement groovy. Il diffuse des ambiances éthérées et des mélodies simples sur lesquelles Jean-Paul Estiévenart (tp) improvise quelques phrases plus élaborées. «5.4» sonne cependant un peu bizarrement, la trompette semble être trop en arrière-plan, la batterie (Herman Pardon) est très présente et la contrebasse (Boris Schmidt) trop discrète. Heureusement, sur le disque, l’équilibre est bien mieux réparti.

«The Answer» puis «Back Home» sont deux thèmes plus instantanés, plus direct, et permettent à la trompette de prendre plus d’ampleur. Estiévenart se libère dans un solo magnifique. On y sent plus de puissance et de détermination. Il arrache les notes et déchiquette l’harmonie. Du Estiévenart comme on l’aime. Au moment d’entamer «Stories», morceau titre de l’album, Graceffa invite la chanteuse Jennifer Scavuzzo qui a écrit des paroles sur cette composition. C’est assez tendre et assez pop. On terminera ce concert agréable, mais peut-être un peu trop sage à mon goût, avec… «Something Is Missing».

Ceci dit, le disque – dans lequel Peer Baierlein est à la trompette – joue la carte de la décontraction et il faut admettre qu’il se déguste avec plaisir.


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Troisième et dernier concert de la soirée: Osman Martins et Pierre Gillet venus présenter «Parceria».

J’avoue ne pas être un «fondu» de la musique brésilienne (je vais sans doute décevoir Henri Greindl dont le cœur bat en grande partie pour elle), ce qui ne m’empêche pas de l’apprécier et d’y prendre du plaisir à l’écouter. Et heureusement, ce soir, le plaisir était de la partie.

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Osman est un excellent chanteur et joueur de cavaquinho (sorte de ukulele qui offre, me semble-t-il, bien plus de nuances). Après avoir beaucoup tourné dans son pays et en Italie, Osman Martins s’est installé à Bruxelles à la fin des années ’80 et a donc pas mal écumé les clubs et bars du Benelux. Il s’y est fait quelques amis musiciens tels que Steve Houben, Manu Hermia (que l’on retrouve tous deux sur l’album) Maxime Blesin ou encore Pierre Gillet. Ce dernier est un jeune et excellent guitariste que je ne connaissais pas. Avec sa 7 cordes, il fait plus qu’accompagner Osman. Il possède indéniablement une technique irréprochable mais il a aussi un sens inné de la musique brésilienne et du choro en particulier. Ça tombe bien, c’est de choro qu’il s’agit ce soir. Cette musique traditionnelle et populaire, chaude et joyeuse, nous est délivrée avec enthousiasme par les deux guitaristes entourés de trois percussionnistes: Junior Martins (le fils d’Osman), Michel Nascimento et Osvaldo Hernandez. Les morceaux sont concis et nerveux. C’est souvent dansant - même une relecture de «l’Aria» de J.S. Bach vous fait onduler des hanches - et parfois mélancolique («Uma historia» ou «Choro Negro» par exemples). L’entente entre Gillet et Martins est assez remarquable. Jamais ils n’empiètent sur le terrain de l’autre. Ils se partagent tour à tour le soutien rythmique puis la mélodie. Les percus, très diversifiées (Pandeiro, Cuica, Caxixis, Triangle, Atabaque, etc...), sont utilisées avec finesse et, même si elles sont très présentes, ne sont jamais envahissantes. L’ensemble est plutôt convaincant. Bref, si vous voulez faire entrer un peu de soleil chez vous cet automne, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

 

 A+

 

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