03/08/2010

Brosella 2010

Dimanche 11 juillet, il fait très chaud. Étouffant même. Heureusement, au Théâtre de Verdure, qui accueille le 34ème Brosella, à l’ombre des grands arbres, il fait respirable. L’ambiance est agréable et bon enfant, comme d’habitude. Malgré la Coupe du Monde, il y a énormément de monde devant les deux scènes, les allées, les sous-bois

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Il est près de 17h.30, sur le podium principal, voici Avishai Cohen. On le sent en très grande forme, il ne tient pas en place. Il emmène avec lui toute sa petite bande: Karen Malka (voc), Amos Hoffman (oud), Shai Maestro (p), Itamar Doari (perc) et le jeune Amir Bresler (dm).

 

Au-delà du jazz, sa musique est fortement teintée d’influences orientales et de musique juive. Tout est souvent dansant, joyeux et rythmé. Percussions et batterie se disputent les premiers plans. S’accompagnant à la contrebasse, Avishai pousse la chansonnette. Sa voix chaude se marie excessivement bien avec celle, très sinueuse et puissante, de Karen Malka. Passant de la guitare au oud, Amos Hoffman fait un travail remarquable de sensibilité et de dynamisme, soutenu par un Shai Maestro au piano souvent lyrique. Le bouquet final n’en sera que plus explosif («Almonos Pal Monte» ?) avec un dernier baroud de percussion et batterie

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On remonte vers la petite scène ou un nombreux public s’est déjà amassé, pour écouter Tuur Florizoone (acc), Michel Massot (tuba, tbn) et Marine Horbaczewski (cello). L’ambiance est très intimiste, mais non dénuée de surprises rythmiques, de ruptures, de sons bizarres ou d’ambiances fantomatiques initiées principalement par l’imprévisible Michel Massot. Les influences sont nombreuses et parfois indéfinissables, on flotte entre des folklores de l’Est, musique de chambre, blues, ou valse. C’est souvent très imagé, parfois mélancolique. Il y a quelque chose de légèrement suranné et de moderne à la fois… Univers très personnel et envoûtant. Mais, Tuur Florizoone en parle sans doute mieux… (Interview à lire ici très prochainement).


Sur la grande scène, un grand orchestre. C’est celui qu’a réuni Pierre Anckaert dans un pari assez «casse-gueule». Autour de son quintette (Mimi Verderame (dm), Guy Nikkels (g), Stefan Bracaval (fl) et Hendrik Vanattenhoven (cb) ), il a invité l’ensemble de musique de chambre Odysseia et nous présente son projet «String Attached» (sorti chez Prova). C’est casse-gueule et pas facile. Seulement voilà, Pierre est un malin, et il gère tout ça avec beaucoup d’élégance et d‘intelligence. Les cordes soulignent et mettent en valeurs des compositions très mélodiques, sans jamais y ajouter le côté sirupeux que peut piéger ce genre d’exercice. On pense un peu à Roger Kellaway Cello Quartet (oui, je sais c’est une référence pour moi). Tout est légèreté et toujours swinguant. Et puis, quand Anckaert invite le bandonéoniste Michael Zisman, sa musique se colore d’un subtil lavis sensuel («Mist Call»). Ajoutez à cela le souffle de velours de la trompette de Bert Joris et le tableau est complet.

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Avant d’inviter Bai Kamar Jr. sur la petite scène du Brosella, Ivan Paduart et son quartet déroulent un jazz swinguant et chatoyant. Dans la tradition neo-bop, Toon Roos (ts, ss) enveloppe les mélodies avec tendresse et pétillance («Song For Obama»). Comme souvent chez Paduart, c’est la délicatesse et le lyrisme qui priment. Entre ballade et bop bien senti, le voyage est agréable. L’arrivée de Bai Kamara Jr. ajoute une touche plus soul à l’ensemble. La voix grave et chaude est légèrement graineuse. Un peu crooner, un peu chanteur pop, il fait penser inévitablement à Marvin Gaye

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22h.30, final avec Roy Hargrove. Démarrage en trombe («I’m Not Sure»), sans se poser la moindre question, ça sonne et ça bop. La trompette est fière, claire et puissante. Le jeu d’Hargrove est fluide et lumineux. À ses côtés, Justin Robinson (as) énonce les phrases courtes avec dextérité et vivacité. Un groove d’enfer, mêlant roots et modernité, jaillit. Et puis, au piano, semblant de rien, Jonathan Batiste impose un jeu des plus particuliers. Un peu en avance du temps, déstabilisant légèrement le tempo, accentuant les creux, jouant les notes muettes, suspendant un accord… une sorte de Monk moderne (s’il est possible d’être plus moderne que Monk !).

 

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Ameen Saleem (cb), utilisant sa contrebasse comme perroquet pour son chapeau, et Montez Coleman (dm) attisent les rythmes, maintiennent la pression. Aucun temps mort : les ballades («In A Sentimental Mood») s’enchaînent aux thèmes soul les plus endiablés («Low-life» de Donald Byrd?). L’étonnant Jonathan Batiste continue à inventer des phrases de façon tout à fait originales (c’est un pianiste à suivre de près, assurément). Plusieurs fois, Roy s’approche du bord de la scène, scrute les abords. Puis, on le sent venir… «Strasbourg, Saint Denis» éclate après l’intro insidieuse à la contrebasse. Ça éclate tant et plus. Et Roy s’approche de plus en plus du bord…

 

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«Soulful». Et voilà ! Il descend de la scène et fend le public incrédule. Le voilà parti dans les travées du Théâtre de Verdure, trompette aux lèvres. Tour de chant ! Il remonte sur scène (sans l’aide de personne, nom de Dieu !!!).

Il est plus de minuit trente, un à un, les musiciens quittent la scène. Spectacle total, magique, merveilleux.

Pour ceux qui n’étaient pas présents ce dimanche-là, séance de rattrapage au Gouvy Jazz Festival, le 7 août. À ne pas rater.

Brosella 2010 peut s’endormir, tranquille, jusqu’à l’année prochaine. Des journées comme celles-ci, on en redemande.

 

Commentaires

Wanneer komt er een Facebook fanpage voor Jazzques? Of een twitter?

Écrit par : LC | 06/08/2010

Will je een "JazzquesFan", Lukaaaaaaaaaas?
;-)

Écrit par : jacques | 09/08/2010

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