09/05/2010

Julie Jaroszewski joue Grisélidis Réal qui chante Kurt Weill

Samedi 17 avril, dans la petite salle de La Samaritaine, le public s’installe dans un léger brouhaha.

julie

Julie Jaroszewski est déjà sur scène. Comme une prostituée qui attend le client. Elle s’approche d’une petite table sur laquelle une fenêtre miniature est installée. Elle se maquille, ouvre le petit rideau et retourne une pancarte sur laquelle on peut lire «open».

«Enfin! mon rêve se réalise : une vraie pute, faisant la pute, dans un vrai théâtre!»

Julie a repris et assemblé plusieurs textes de Grisélidis Réal, écrivain-prostituée et catin révolutionnaire, comme elle aimait se définir. Sans préliminaire, nous voilà embarqué dans un monologue poignant, dans un long plaidoyer pour les droits des femmes, la dignité des femmes et de celles qui ont choisi de vivre de la profession du sexe.

Le texte est sans fard. Réaliste. Ni noir, ni triste. Ni joyeux. C’est le témoignage d’une expérience, c’est une réflexion lucide sur l’être humain. Les mots sont forts, justes et extrêmement bien cousus les uns aux autres. Il faut avouer que Grisélidis Réal a un talent inné pour les faire sonner. Des mots pleins de sens et des phrases sans langue de bois. Au travers des ces récits, c’est tous les non-dits, les luttes, les coups et les blessures de l’âme qui surgissent en plein jour.

Julie les délivre avec un réalisme confondant. Jamais, elle ne surjoue. Eloignée du micro, elle ne tente pas d’élever la voix comme on le fait généralement au théâtre, mais elle continue à nous parler. À nous de tendre l’oreille pour mieux comprendre encore le sens des paroles. Julie est comédienne et non pas une chanteuse qui joue la comédie.

Julie parle, crie, pleure, rit, … Julie vit.

Accompagnée au piano par Charles Loos et à l’accordéon par Philippe Thuriot, son discours est entrecoupé des chansons de Kurt Weill (Lonely House, Youkali Tango, One Life To Live…). Le choix de Weill n’est pas innocent. Lui aussi raconte la soumission, l’amour, la détresse, l’abandon, la lutte, l’espoir. Textes et musique s’enlacent.

Julie chante, sobrement, avec conviction.

Julie est chanteuse et non pas une comédienne qui chante.

Une fois de plus, elle mélange les genres et va jusqu’au bout de ses idées. Sans concession. Avec un putain de talent.

Puis, elle éteint les lumières et referme le petit rideau.

Nous, on espère qu’il se rouvrira encore souvent.

 

A+

 

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