02/05/2010

Dawn Of Midi - First

Qui sont-ils? D’où viennent-ils?

Aakaash Israni (cb) vient d’Inde, Amino Belyamani (p) du Maroc et Qasim Naqvi (dm) du Pakistan. Ils se sont rencontrés, pour la plupart d’entre eux, au California Institut Of  Arts. Ils ont participé, chacun de leur côté, à différentes formations (Axis Trio, Progressive Youth Club, etc.). Ensemble, ils ont formé Dawn Of Midi, collectif qui se partage entre New York et Paris. Leur musique est largement improvisée et mélange jazz, musique contemporaine ou classique et quelque chose d’indéfinissable et de très personnel. «First», leur premier disque vient de sortir chez Accretions, et c’est plutôt… captivant.

 dawn

Dès le début on plonge dans un univers hypnotique fait de désordre et de bruits sourds. «Phase In Blue» déboule et s’écroule. Les notes de piano roulent et déferlent en cascade, dans une sorte de non-rythme, mais avec une certaine cadence. Le trio serait-il inspiré par quelques expérimentations de Paul Bley?

La musique s’immisce en vous, insidieusement. Elle avance par à-coups.

«Laura Lee» se déploie en improvisation très libre et la contrebasse marque une pulsion irrégulière. Il émane cependant de ce chaos, une certaine sérénité, comme une perte de contrôle maîtrisée. Dawn Of Midi joue le dépouillement, l’effilochage de thèmes, le déshabillage de sons. Le trio échafaude une atmosphère assez homogène et explore les déstructurations en tout genre. Qasim Naqvi fait rebondir les baguettes. Amino Belyamani plonge dans le piano pour en pincer ou griffer les cordes, avant d’initier des motifs presque inspirés d’une «Gnossienne» de Satie («The Floor»). Il suspend le temps et laisse à Aakaash Israni l’occasion d’exciter sa contrebasse nerveusement. Puis, le mystère s’invite, la contrebasse se fait menaçante et la batterie inquiétante («Tale Of Two World»). Plus loin, «No Abhor» se disloque.

Cet album nous ballote entre la brillance et l’obscurité. Le contemporain côtoie la musique concrète. On sonde les sentiments. On est en terre inconnue et étrangement, dans cette musique fantasmée, on s’y sent bien. On flotte entre deux mondes. Comme dans un demi-sommeil, entre rêve et réalité.

L’interaction entre les membres est indéniable. On les imagine plus jouer sur les sentiments et les émotions que sur des grilles ou des formes musicales structurées. Tout est très organique. Seul «Hindu Pedagogy» semble se laisser dompter quelque peu. 

Le trio parvient à nous entraîner dans un monde minimaliste, abstrait et lyrique, et nous tient en haleine tout au long d’un disque totalement réussi. Avec peu d’éléments, Dawn Of Midi arrive à donner de la puissance à sa musique. Une puissance sèche, dense, compacte, faite de silences et de retenues. Alors, en espérant voir un jour ce groupe sur scène, on y retourne, comme pour dénouer un écheveau, comme pour y trouver les indices d’une enigme. Car «First» est intrigant et Dawn Of Midi un trio à découvrir.

Dans le même ordre d’idée, si vous êtes sensibles à cette musique, allez jeter un coup d’oreille du côté d’Insubordinations: des choses comme bBlunk, Eve Risser ou Sébastien Cirotteau ne devraient pas vous laisser indifférents.

 

A+

 

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