26/04/2010

Arthur Kell Quartet au Sounds

1er Avril au Sounds.

On vous annonce Loren Stillman, Brad Shepik, Mark Ferber et Arthur Kell, et la salle est aux trois quarts pleine. À New York, on se bouscule pour les écouter. Des musiciens pareils, à Bruxelles, dans un club, ce n’est pas tous les jours (bien qu’Arthur Kell et ses amis sont des habitués de l’Archiduc. Merci Jean-Louis). Heureusement, la plupart des élèves de Steve Houben avaient bien reçu le message du prof: il y avait une leçon à prendre ce soir au Sounds. Pour 10 euros seulement!

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Ce qui est bien avec des jazzmen de cet acabit, c’est que ça démarre tout de suite. Les dents dans la viande ! Et de la viande, il y en a, et de la bonne. Nos quatre musiciens ne tournent pas autour du pot. Ils sont là pour jouer, ça se voit, ça se ressent.

«Jester» est énergique et accrocheur. «Draco», tout en sinuosité, fait encore monter la pression. Stillman gonfle les notes, ressert les espaces, tend les mélodies et lance Brad Shepik vers des improvisations fines, vives, éblouissantes d’énergie et d’élégance. Après seulement deux morceaux, le quartette a posé les fondations solides de leur répertoire. À partir de là, ils vont broder, enrichir et aiguiser chaque thème. Tout est possible.

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Arthur Kell a ce goût du partage avec ses musiciens mais aussi avec le public. Il explique, avec une brillance dans le regard, la genèse de certains morceaux souvent nés de rencontres improbables et de relations fortes et durables. «Papa Aba» (écrit en souvenir d’un homme rencontré dans le désert Nigérian) s’inspire d’une mélodie africaine égrainée au sax et à la guitare, alors que Kell s’amuse à la détricoter à la basse. Mark Ferber en profite pour faire sonner sa batterie comme au bon vieux temps d’Art Blakey. La chorégraphie de ses gestes est un plaisir à observer. Il tire de sa batterie un son profond, gras et sec à la fois. Son drive est déterminé, il affile les angles, affûte les arêtes. Sur «Song For The Journey», Kell démontre toute sa dextérité et sa sensibilité à faire jaillir toute la musicalité de son instrument. Quant à «Dada» (inspiré cette fois d’une aventure épique lors d’une tournée en Espagne), sur un rythme apparemment simple, quasi binaire, le quartette échafaude des mélodies aux mille nuances. Et jusqu’à la fin, le groupe nous tiendra en haleine, n’hésitant pas à changer de direction et de décor au fil des morceaux. L’interaction entre Brad Shepik, décidément hallucinant dans un jeu en «fausses simplicités», et Loren Stillman est un modèle du genre. Arthur Kell et Mark Ferber, quant à eux, s’amusent à alterner les tempos, à les déstructurer, à jouer les polyrythmies brûlantes et énergisantes.

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Sans avoir l’air d’y toucher, sans jamais tomber dans l’intellectualisme musical et en évitant la piège du «tout en force», le quartette d’Arthur Kell dose l’énergie qui permet de voyager longtemps. Car on voyage. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Au bar, Arthur Kell me parle beaucoup de son frère disparu trop tôt, me raconte un peu son parcours. Né dans le Massachusetts, Kell a beaucoup voyagé (Afrique, Europe, Asie), il a beaucoup joué avec Thomas Chapin, Bobbie Previte, Marc Ribot, Billy Bang, Sanni Orasmaa, Bernard Purdie, Matt Wilson et bien d'autres. Il a formé plusieurs groupes avec Steve Cardenas, Ben Monder, Gerald Cleaver, Donny McCaslin et Chris Cheek… Puis, avec Sergio et Steve Houben, on discute avec Loren Stillman, qui a joué avec Charlie Haden, Paul Motian, Carla Bley, Drew Gress, Joey Baron et qui vient de sortir un album (Winter Fruits) chez Pirouet avec Nate Radley, Gary Versace et Ted Poor. On parle de la scène new-yorkaise, belge et européenne. Des difficultés du jazz et de ses richesses.

Des personnalités attachantes, d’une simplicité et d’un accès facile. Comme la plupart des jazzmen que l’on rencontre dans les clubs. C’est ça la magie. C’est pour ça qu’il y a et qu’il faut des clubs de jazz…

 

A+

 

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