14/03/2010

Raw Materials - De Singer à Rijkevorsel

Lundi 1er mars, soirée exceptionnelle au Singer à Rijkevorsel. En effet, le club n’a pas l’habitude de programmer de concerts le lundi, mais, quand ils ont su que Vijay Iyer et Rudresh Mahanthappa étaient dans le coin et libres ce soir-là, Luc et Tom  n’ont pas hésité longtemps avant de les inviter.

Et ils ont bien fait car pas mal de monde s’était donné rendez-vous dans ce gros village situé à une petite vingtaine de kilomètres au nord d’Anvers. Et puis moi, ça me permettait d'aller interviewer Rudresh (assez fatigué lors de son dernier concert à Bruges où je l’avais rencontré, nous avions décidé de remettre ça à plus tard. L’occasion fait le larron).

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Dans le fond de la salle, les deux jazzmen américains ont pris place.

Des notes de piano cristallines, un sax plaintif. On chauffe la voix et les doigts. Mais très vite tout s’enchaîne sur des rythmes haletants et complexes. Les deux musiciens se questionnent se répondent. Dans les minuscules interstices, les brefs silences, entre les notes laissées en suspens par le pianiste, l’alto s’insère. Et puis les notes déferlent en cascade, le sax se fait grinçant et le piano menaçant. La première tempête vient de passer.

L’énergie dégagée par ce premier, long et intense morceau laisse la place à un autre plus lyrique peut-être, qui suit cependant une veine toujours contemporaine et percussive. Tout se joue sur un équilibre instable. On dirait deux funambules sur une corde. Et à nouveau, tout file, tout s’emballe, tout s’envole. La musique n’est jamais prisonnière.

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C’est étrange et surprenant d’entendre ces deux lignes musicales qui ont l’air de flotter l’une au-dessus de l’autre, comme si elle n’avait rien en commun. Pourtant, une inflexion, une digression et elles se rejoignent. Elles s’enchevêtrent pour mieux s’éloigner. Chacune d’elles gardant ou reprenant sa liberté.

Le duo se connaît par cœur. Rudresh et Vijay sont complices. Ils savent qu’ils ont rendez-vous et que chacun sera là au moment où la musique le décidera.

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Chaque morceau a sa propre vie, sa propre liberté, sa propre histoire. Il est modulé au gré des improvisations virtuoses de l’un ou de l’autre. Vijay semble impassible derrière son piano, concentré et détendu à la fois. Le toucher irréprochable. Rudresh est plus mobile, plus expressif aussi. Sa technique est impressionnante. Il n’hésite pas à rire de bon cœur aux phrases du pianiste. Chacun se laisse encore surprendre par l’autre.

De temps en temps élégiaque, souvent très relevée, la musique a du corps et de l’épaisseur. Le sax se fait parfois velours, mais décolle plus souvent dans les aigus. Parfois même on y retrouve une pointe d’intonation à la Albert Ayler lorsque la transe se fait plus présente encore.

Ce soir, le duo a revisité quelques morceaux de «Raw Materials», mélangé à de nouveaux thèmes ou empruntés à d’autres projets, comme Apti, Kinsmen ou peut-être encore Historicity.

Ce soir, c’était New York à Rijkevorsel.

 

19:11 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rudresh mahanthappa, de singer, vijay iyer |  Facebook |

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