14/02/2010

Thomas Savy - French Suite

Dans ma boîte, dernièrement, une grande enveloppe. Dedans, une pochette de CD au format hors normes, presque de la grandeur d’un 45 tours (les plus vieux se souviendront).

Si le format sort de l’ordinaire, c’est que Plus Loin Music fête sa centième parution. Il faut marquer le coup. L’album, c’est celui de Thomas Savy. C’est écrit dessus.

Comme souvent chez Plus Loin Music, l’objet est très beau, bien pensé graphiquement et très bien fini (c’est ce qui fait le charme et qui me rend inconditionnel du CD physique).

Bref, c’est joli tout ça, mais je me méfie. Les «coups marketing», j’en connais un rayon.

Mais, d’un autre côté, je me rassure car le nom de Thomas Savy ne m’est pas inconnu, même si j’avoue ne pas avoir entendu souvent ce saxophoniste (à part avec David El-Malek). Et puis, ce que j’ai lu à son propos était souvent très positif. Et finalement, le label n’a pas l’habitude de produire des daubes. Dans le catalogue, on y retrouve The Volunteered Slaves, Méderic Collignon, Elisabeth Kontomanou, Pierrick Pedron, par exemples.

 savy01

Allez, zou, dans la platine. Et paf dans les oreilles !

Thomas Savy joue de la clarinette basse. Et c’est son deuxième album en leader. Il est entouré, pour cette «French Suite», de Bill Stewart (dm) et de Scott Colley (cb). L’assemblage est assez original et plutôt… audacieux. Thomas Savy n’a pas peur. En plus, on apprend qu’il n’a jamais joué avec le batteur ni avec le contrebassiste avant d’aller enregistrer là-bas, à New York. Sans crainte, il a écrit 8 morceaux (sur les dix de l’album) en pensant à eux. Et à l’écoute, on peut dire que Thomas Savy savait où il mettait les pieds.

Le résultat est une pure merveille. C’est ciselé, dosé comme il faut, avec des ouvertures pour laisser s’exprimer Colley et Stewart. Rien n’est figé, cadenassé, gravé dans le marbre. Ça respire, ça vit, ça grandit.

Eric Dolphy, Louis Sclavis, Michel Portal, John Surman, bien sûr on y pense un peu. Mais Savy possède sa personnalité. Il a son langage et sa voix. Il peut être rude (sur «Ignition»), mystérieux («Lonnie’s Lament»), fougueux, voire furieux sur («Atlantique Nord» ou «My Big Apple»). Il possède un phrasé d’une limpidité exemplaire et un sens de la musicalité étonnant. On s’ébahit de sa vélocité, de sa rapidité d’exécution. Il fait swinguer sa clarinette basse avec aisance, dans les graves comme dans les aigus. Savy est un formidable musicien, mais aussi un très bon compositeur. Ses thèmes sont extrêmement bien construits et bien ficelés. Savy nous emmène rapidement et sans difficulté dans des histoires passionnantes. C’est riche sans jamais être surchargé.

Ses complices apportent une profondeur aux propos (écoutez «Stones» avec ces coups de cymbales tout en creux et en aspérités). Bill Stewart joue les avant-plans et les arrière-plans dans un équilibre souple et très contrôlé. Et puis, il y a  cette basse obsessionnelle de Colley, pleine de nuances, pleine de chaleur et de puissance. C’est taillé, façonné, découpé avec justesse. Le doigté est ferme, sûr et chantant. «Ballade de Stephen Edward» s’ouvre à des improvisations très dépouillées qui ne laissent pas droit à l’erreur. «Come Sunday» est revisité avec une ferveur introspective. Chaque morceau est  propice à de nouvelles mises en avant, de nouvelles formules, de nouveaux points de vue. Les idées se développent rapidement, elles sont exposées avec clarté et intelligence. Ici, on ne tourne pas en rond et tout est dit avec concision.

Avec son format particulier (c’est une édition limitée), cet album n’est pas facile à ranger, mais… pourquoi le ranger? Allez, hop, on le refait tourner.

 

A+

 

Les commentaires sont fermés.