30/01/2010

Rudresh Mahanthappa's Indo-Pak Coalition - De Werf Brugge

Depuis le temps que je voulais le voir en concert !

La première fois que j’avais entendu parler de Rudresh Mahanthappa, c’était à propos de l’album de Pierre Lognay «The New International Edition».

Mais je l’ai découvert réellement – et presque simultanément – sur «Spider’s Dance» de Hubert Dupont, et sur son «Code Book», album en leader, récompensé bien méritoirement d’un Choc Jazzman en 2006. Un choc? Assurément! Et en plus, pour moi, une grande découverte. Depuis lors, je scrute l’agenda du saxophoniste Indo-Américain.

Le vendredi 22, il se produisait à De Werf à Bruges dans la formation Indo-Pak Coalition.

rud001

À gauche, Rez Abbasi à la guitare, à droite Rudresh Mahanthappa et au centre, juché sur un petit podium et dans une position qui paraît parfois assez inconfortable, Dan Weiss au milieu de ses tablas, tambours et cymbales.

Ensemble, ils vont  parcourir la plupart des morceaux de l’excellent album «Apti».

La musique de Mahanthappa est un parfait dosage de musique indienne et de jazz. Mais attention, ce n’est pas une simple juxtaposition ou superposition des genres. Le saxophoniste a travaillé longtemps sur le sens de la musique Carnatique et sur celui du jazz modal. Résultat: une musique très personnelle, nouvelle, différente et surtout captivante.

rud002

«Looking Out, Looking In» installe le décor, à la manière d’un alap, avant de nous faire basculer brutalement dans «Apti». Une sorte de duel s’instaure alors entre le sax et les percussions. C’est rapide, touffu, rebondissant et brûlant. L’interaction est totale et les rythmes fluctuants. On se croirait dans une course-poursuite, avec de courts moments pour reprendre sa respiration. Le son de Rudresh est parfois sec, parfois pincé. Cette urgence dans le jeu est contrebalancée par des nappes fluides et sinueuses du guitariste.

La complicité entre les musiciens est évidente. Tout se joue avec sourire et gourmandise. Chacun se lance des défis insensés. Sur des mesures composées souvent complexes, les trois musiciens gardent une précision rythmique hallucinante. Le trio explore toutes les facettes de cette musique intense. En restant dans le même idiome, ils racontent chaque fois une histoire totalement différente. Avec «Vandanaa Trayee» (de Ravi Shankar), par exemple, Abassi est plus «rocailleux» et Mahanthappa plus aérien. Ailleurs, sur «Palika Market», qui s’engage d’abord sur des fondements chaotiques, déstructurés et presque bruitistes, la mélodie se révèle peu à peu solaire et tournoyante. On y retrouve ce goût unique de «chutney», ce côté «mild», fruité et relevé à la fois. Puis, sur «IIT», Mahanthappa et Abbasi dialoguent avec rapidité sur les intervalles courts. Question-réponse. Ça fuse, ça fonce. Aux tablas, Dan Weiss, hyper attentif et toujours en soutien des solistes, se voit offrir une belle plage de liberté. Son solo est extraordinaire de concision, de profondeur et d’agilité. Étonnant, d’ailleurs, que le seul «non-Indien» joue de l’unique instrument oriental de la formation. Weiss est le seul aussi à «chanter» (vous savez, ces onomatopées qui imitent le son du tabla).

rud003

Mélange des cultures, renversements des idées toutes faites, la surprise est toujours au rendez-vous. Le trio redessine une certaine image du monde. (Le nom du groupe, Indo-Pak Coalition, ne serait-il pas, d’ailleurs, un beau message aux habitants de notre planète?).

Avant un final éclaté, emmené dans une progression voluptueuse, qui frise le free-jazz et rappelle peut-être Albert Ayler ou John Coltrane, «Overseas» explore un côté plus obsédant de la musique indienne. Abbasi ressasse un rythme lancinant à la guitare,  entre mystère et luminosité.

Deux sets éblouissants d’une musique intelligente, accessible et terriblement attachante. Une musique qui donne envie d’explorer toujours plus loin les richesses infinies de l’Inde et du jazz.

Rudresh Mahanthappa sera de retour en mars avec Vijay Iyer (autre musicien important dont j’avais relaté le concert ici et dont vous pouvez lire l’interview ici) au Voruit à Gand pour présenter «Raw Materials». Il ne faudra pas manquer ça! Je vous conseille aussi d’écouter aussi l’excellentissime «Kinsmen» avec le saxophoniste «traditionnel» indien Kadri Gopalnath.

indo
Et puis, je vous conseille de ne pas vous priver non plus de l’écoute de «Things To Come»  de Rez Abbasi ainsi que de quelques-uns des albums de Dan Weiss, comme «Tintal Drumset Solo» (une suite de «chants» et de compos pour tablas joués à la batterie) ou «Now Yes When» en trio avec Jacob Sacks (p) et Thomas Morgan (cb).

Et l’interview de Rudresh pour Citizen Jazz, ce sera pour bientôt. Patience.

 

A+

 

Les commentaires sont fermés.