11/11/2009

François Bourassa Quartet à la Jazz Station

Du jazz canadien, on cite toujours les mêmes grands noms tels qu’Oscar Peterson, Diana Krall, Maynard Fergusson (dans le meilleur des cas) en oubliant que Kenny Wheeler est canadien, tout comme Paul Bley ou Seamus Blake… pour ne citer qu’eux. On oublie trop vite aussi Yannick Rieu… ou on se rappelle parfois d’Uzeb

Bref, il était bien utile de promouvoir cette scène, plus riche qu’on ne le croit, en Europe. C’est ainsi qu’est né Québec Jazz (Seven Production et Effendi Records). L’aventure avait commencé l’année dernière avec la venue d’Alain Bédard, Michel Donato, Yves Leveillé et François Bourassa.

Cette année Alain Bédard était de retour, ainsi que François Bourassa. C’est ce dernier que j’ai été écouter à la Jazz Station. (Faute de temps, je n’ai pu aller écouter Bédard.)

Je connaissais François Bourassa pour avoir lu pas mal de (très) bonnes critiques à propos de ses albums. Et je ne fus pas déçu.

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Le pianiste se présente en quartette : Guy Boisvert (cb), Philippe Melanson (dr) et l’excellent André Leroux (ss, ts, flute).

Le groupe, avec une superbe cohésion, déroule un jazz très énergique et lyrique à la fois, qui navigue entre un post hard-bop (ça se dit?) et des influences plus avant-gardistes (pour faire vite). Le quartette sait donner de la tension aux thèmes, les mettre en valeur, les façonner intelligemment pour ne jamais en faire quelque chose de lisse. Il se passe toujours quelque chose: changement de rythmes subtils ou abruptes, ostinato obsédants ou envolées lyriques bousculées.

Dès les premiers accords de basse sur «Véquéchieun» on est dedans. Voilà un morceau qui semble avancer avec le frein à main pour chaque fois mieux redémarrer: la polyrythmie est contenue, le tempo avance par à-coups, les motifs s’esquissent pour laisser la voie libre à chacun des musiciens. Pas de lignes droites et monotones. La musique est sculptée, découpée et livrée avec exaltation.

Ni l’audace ni l’intérêt ne baisseront d’intensité durant les deux sets.

Ainsi s’enchaînent les morceaux, aux atmosphères différentes, de façons très homogènes et toujours convaincantes.

On y sent ici l’esprit de Monk qui plane («Moitié de truite»), là, celui plus rock, d’un jazz résolument moderne («Rasstones») et plus loin celui d’un lyrisme contemporain dense qui monte vertigineusement en puissance («Wooster Street»).

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Bourassa possède un jeu résolument moderne, assez percussif, évitant toujours le romantisme trop facile pour privilégier la narration et l’interactivité avec ses acolytes. Boisvert à la contrebasse ne se contente jamais d’un simple soutien, mais intervient, s’intercale, dialogue avec le pianiste, puis avec le batteur. Ce dernier ne ménage pas ses efforts non plus. Melanson a la frappe sèche et nerveuse, à la manière d’un Jim Black.

Et puis, il y a André Leroux au sax. Assez époustouflant dans sa capacité à donner du corps aux impros. Au travers d’un son parfois âpre, parfois gras, il arrive toujours à faire passer une ligne mélodique, à relancer une idée, à ouvrir des espaces. Et l’on sent la fougue s’emparer de lui lorsqu’il s’échappe dans des chorus incendiaires au soprano. Sa technique est toujours au service de la musique, sans effets inutiles mais ô combien surprenants. Ça chante, ça crie, ça susurre, ça hoquette… ça joue à fond.

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Le quartette de François Bourassa, c’est un jazz robuste qui ne roule pas des mécaniques. Un jazz au muscle sec et dégraissé. Un jazz aux nuances racées.  

Bref, un groupe à découvrir de toute urgence !

 

A+

 


Et puis, si vous voulez savoir un peu ce qui se passe au Canada, allez jeter un coup d’œil de temps en temps chez mon ami Jazz Frisson.

 

Commentaires

Made in Quebec Très heureux de voir des compatriotes québécois s'illustrer de belle façon chez vous, cher ami!

Écrit par : Jazz Frisson | 17/11/2009

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