09/11/2009

Jean Warland & Fabrice Alleman au Point Jazz à Mons

À Mons, vous ne pouvez pas rater le Point Jazz. C’est sur la Grand Place. Et à Mons, tous les chemins - ou presque - mènent à la Grand Place (même si celle-ci est totalement interdite à la circulation automobile! Est-ce un bien? Est-ce un mal?) En tout cas, ce qui est bien, c’est qu’il y a à nouveau un club à Mons. Et il est chouette. Et ce qui est bien aussi, c’est qu’on y programmait dernièrement le duo de Jean Warland et Fabrice Alleman.

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Le duo (+ deux… voire trois), venait présenter son dernier album (que je ne cesserai de vous recommander ardemment) «The Duet».

J’avais vu quelques jours auparavant nos deux musiciens à la librairie Filigranes pour la sortie du livre de Jean Warland «Bass Hits». Un recueil touchant d’anecdotes, d’histoires et de souvenirs plus savoureux les uns que les autres. Quand on connaît la longue carrière de Jean Warland (il a joué avec Kenny Clark, Francis Boland, Cedar Walton, Carmen McRae, Don Byas, Stéphane Garppelli, Jacques Helian, Dizzy Gillespie… je continue ?) et son bagout, on s’étonne que le livre ne soit pas plus épais encore.

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Comme chez Filigranes et comme toujours, Jean Warland prend plaisir à raconter la genèse de chacun des tires qu’il va jouer. Ce soir ne déroge pas à la règle. Et voilà notre duo parti dans un jazz ancré dans la tradition sans pour autant en être vieillot. Bien au contraire. Le duo parvient à allier passé et présent avec une aisance étonnante. Il nous révèle les richesses (parfois trop vite oubliées) de morceaux tels que «Hey ! John» de Blossom Dearie, «A Sleepin’ Bee» d’Harold Arlen ou encore «Fried Bananas» de Dexter Gordon. Le jeu du contrebassiste est précis et net. Warland a une façon de tirer les cordes pour en faire sortir un son claquant et rond à la fois. Toujours swinguant (vous savez, ce truc qui ne s’explique pas), toujours mordant. Il faut dire que le contrebassiste est un inconditionnel de Duke Ellington. Le Duke est d’ailleurs plus d’une fois à l’honneur avec, par exemple, «We Love You Madly» (sur lequel Fabrice Alleman démontre des talents de chanteur – mi-scatteur, mi-imitateur de batterie) ou sur le medley «Kinda Dukish & Rockin’ In Rhythm» introduit par la voix même du Duke (extrait de «A Drum Is A Woman»). Avec cette même technique, Warland lance «Sonor» (de Kenny Clarke) avec un enregistrement personnel d’un solo ahurissant du batteur (sur «Volcano»), réalisé lors d’un de leurs nombreux concerts communs.

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Alors, bien sûr, il y a Fabrice Alleman à la clarinette, au soprano, au ténor et… aux clochettes chinoises. Agile et lumineux dans le jeu, on retrouve peut-être chez lui des traces de Rollins, de Coltrane ou de Jimmy Giuffre… mais on y entend surtout une couleur très actuelle et toute personnelle. En plus, il y a cette complicité avec Warland qui fait plaisir à voir mais surtout à écouter.

Puisque le duo était quartette, il faut souligner le drumming efficace, sobre et tout en légèreté de Frederic Jaquemin ainsi que les interventions toujours brillantes et souriantes de Phil Abraham au trombone. Avec ces deux-là, le swing redouble d’intensité. Pur plaisir.

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Et puis, comme c’était l’anniversaire de Jean Warland (83 ans et un esprit de 20), Richard Rousselet (toujours en forme également) viendra ajouter les éclats généreux de sa trompette à une soirée décidément très riche en jazz.

 

A+

 

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