28/10/2009

Marcin Wasilewski trio à Flagey

 

Retour à Flagey. Ça faisait longtemps.

Ce soir, c’est le trio de Marcin Wasilewski qui prenait possession du Studio 1. J’ai vu plusieurs fois le pianiste en concert avec Tomasz Stanko, mais jamais en tant que leader. Par contre, j’avais chroniqué son disque voici quelque temps déjà. Bonne occasion d’aller le rencontrer après le concert.

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Ambiance sobre et retenue, Marcin et ses amis ne sont pas du genre bavard. Après un démarrage très intimiste («First Touch») la luminosité du jeu et une certaine tension se dessinent. Petit à petit, le trio nous emmène dans un mouvement tourbillonnant. Parfois, bien sûr, on pense un peu à Bill Evans (Marcin s’en défendra pourtant, quand j’en parlerai avec lui après le concert) mais aussi à Keith Jarrett (là, il était nettement plus d’accord avec moi).

Contrairement à ce que l’on ressent sur disque, on peut dire qu’en live ça groove pas mal du tout. Marcin Wasilewski danse d’ailleurs sur son tabouret, se lève même, parfois et tape du pied, souvent. Un battement nerveux, presque incontrôlé, un peu comme Monk.

Dans les improvisations, le trio n’a pas peur de briser les lignes, de changer les tempos. Il privilégie un son très boisé, parfois feutré, faisant cependant toujours ressortir une dynamique et une certaine énergie. Ainsi, le batteur Michal Miskiewicz joue de belles nuances mattes qui contrastent avec la résonance du piano. Et le son sourd de la contrebasse de Slawomir Kurkiewicz s’oppose avec justesse aux scintillements des cymbales et à la sècheresse des rimshots de la batterie. Tout est assez lumineux, enlevé et swinguant, et chacun est à l’écoute de l’autre.

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Bien sûr, il y a les ballades. Mais jamais, elles ne sont convenues. Elles sont toujours subtilement complexes et noueuses. On y sent toujours un refus de l’évidence et une envie d’exposer les thèmes sous un autre angle.

Ainsi, lorsque le pianiste reprend «Diamonds and Pearls» de Prince, il n’en retient que la fragile colonne vertébrale pour y accrocher toute sa personnalité, dans un touché sec et des impros inspirées…. De même, avec «King Korn» de Carla Bley, il reprend tous les ingrédients pour reconstruire le morceau à sa façon: assez chaotique et incisif au début pour s’enrouler ensuite dans un dialogue tendu et très ouvert avec ses deux compères.

Réservés, concentrés et peu expansifs, les membres du trio laissent à la musique le soin de provoquer les émotions et de créer une empathie avec le public. Ils y réussissent bien, puisqu’ils reviendront pour deux rappels consécutifs. Et, à mon avis, un troisième n’aurait pas été superflu.

 

A+

 

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