09/10/2009

Un Igloo à Toulouse

 

Du 8 au 26 octobre, du côté de Toulouse aura lieu le Festival sur son 31.

Vous allez me dire que si je commence à parler de festivals qui se passent bien au-delà de nos petites frontières, je risque de ne plus du tout m’en sortir. Certes.

Seulement voilà, là-bas, le samedi 24 octobre aura lieu une journée spéciale consacrée au label Igloo. (Oui, il y en a eu en Belgique aussi).

J’avais rencontré Christine Jottard, directrice d’Igloo, à l’occasion des 30 ans du label, il y a quelque temps déjà (rappelez-vous la fête au Théâtre Marni). L’interview n’a jamais été diffusée. Voici une belle occasion de me racheter.

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Comment a démarré l’aventure Igloo?

Daniel Sotiaux a d’abord créé un label dédié à la musique expérimentale, à la poésie sonore et à la musique électronique, avec des artistes tels que John Van Rymenant, Jacques Bekaert, etc… Parallèlement à cela, à la même époque, des musiciens de jazz qui s’étaient regroupés au sein de l’association «Les Lundis d’Hortense» ont créé leur label: LDH. Nous avons décidé, après avoir publié chacun quelques albums de regrouper nos forces.

L’optique était de promouvoir les musiciens belges, de pouvoir les enregistrer plus facilement mais surtout d’être plus performant dans la distribution?

Oui, soutenir les jeunes musiciens belges a toujours été une constante chez nous, dès le début. Nous mettons à disposition des jazzmen une structure plus solide. On leur facilite l’enregistrement, mais aussi la production, le suivi, le travail administratif et graphique… Et bien sûr, la distribution au-delà de la Belgique. Cela s’est fait assez rapidement avec la France qui est un marché important pour nous. Le Japon s’est vite développé aussi.

Quel a été le premier disque enregistré sous le label Igloo?

Le tout premier était un disque de poésie musicale, pas vraiment «jazz». Celui que l’on considère comme étant le premier album «jazz» chez Igloo est l’album de Philip Catherine, Jean-Louis Rassinfosse et Chet Baker. C’est d’ailleurs le premier que nous avons sorti lorsque nous sommes passé du vinyle au CD. Ils ont d’ailleurs co-existé sous les deux formes pendant longtemps. Il faut dire que le CD était beaucoup plus cher à fabriquer à l’époque. Le CD fut le premier changement dans la production. On se demandait tous si nous allions pouvoir suivre. Finalement, c’est la matière du support qui a changé, pas notre façon d’écouter ni d’acheter la musique. Ce qui est assez différent, actuellement, avec l’arrivée d’Internet et la musique « dématérialisée ».

Vous subissez ce changement?

On sent une différence, bien sûr. Les générations actuelles sont habituées à recevoir de la musique gratuitement ou à n’acheter qu’un titre plutôt que tout un album. En ce qui concerne le jazz, nous sommes pourtant relativement protégés. Ceux qui écoutent du jazz ont une démarche plus proche de ceux qui écoutent du classique, par exemple. Ils sont encore attachés à l’objet, à la pochette et surtout à l’ensemble de «l’œuvre». Mais il est clair que cela évolue. Le plus inquiétant, c’est qu’il existe de moins en moins de disquaires et de distributeurs. C’est là où le choix se restreint. Il reste les grandes chaînes, mais tout est informatisé, centralisé, analysé… C’est malheureusement plus impersonnel.

C’est pourquoi on achète de plus en plus via Internet. Peut-on acheter les albums sur le site Igloo?

Oui, on peut les commander. Et depuis deux ans, nous sommes en train de remettre tout le catalogue en téléchargement.

Des disques «épuisés» seront donc de nouveau disponibles?

Oui, bientôt. Mais il y a un gros travail de remasterisation à faire. C’est du temps et de l’argent.

Quelles ont été les plus grosses ventes d’Igloo?

Le jazz est quelque chose d’assez intemporel. L’album de Chet, Jean-Louis et Philip continu à se vendre régulièrement, tout comme les albums de Nathalie Loriers. La musque du monde fonctionne bien. C’est difficile à dire. En fait, Igloo est divisé en trois parties. À Igloo Jazz, nous avons ajouté Igloo+, afin de produire des projets plus spécifiques comme celui de Stéphane Collin qui mélange la musique contemporaine, le classique et  le jazz. En 2005, nous avons créé Igloo Mondo suite au projet «Djigui» de Pierre Van Dormael qui avait rencontré des musiciens Maliens.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous allez produire?

Nous recevons beaucoup de démos et nous assistons à bon nombre de concerts. Ensuite, nous nous réunissons, quatre à cinq fois par an, avec des diffuseurs ou des organisateurs. Cela nous permet de confronter nos idées… et de les conforter. Ensuite, nous travaillons essentiellement la production. Nous organisons les enregistrements. Nous travaillons avec de jeunes groupes qui n’ont pas toujours l’habitude du studio. Nous les conseillons, les rassurons.

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L’ambition d’Igloo est toujours de découvrir et de « pousser » des jeunes jazzmen?

Oui, il y a toujours cette envie d’être attentif à ce qui se passe sur la jeune scène belge, tout en restant attentif aux générations précédentes, bien sûr. Nous essayons de préserver le côté «patrimoine». Nous avons ressorti l’album de Sadi par exemple. Nous avons fait la même chose avec Jacques Pelzer. Et il y a des groupes avec lesquels nous travaillons de longue date, comme L’Âme des Poètes, par exemple.

Certains «jeunes», une fois qu’ils ont «un nom», changent de maison de disques, ce n’est pas frustrant, parfois?

Frustrant? Non. Il faut être conscient de ce que l’on peut faire et être conscient de ses limites aussi. Nous donnons ce que nous pouvons. Les jazzmen qui ont le potentiel de développer une grande carrière peuvent prendre leur avenir en main. Nous n’avons jamais eu la politique de retenir les artistes avec des contrats. Ce n’est donc pas frustrant, au contraire. Si l’artiste arrive à ce résultat, c’est que nous avons rempli notre rôle.

Après la production et la diffusion du CD, y a-t-il un suivi de l’artiste? L’organisation de concerts, de gigs ou autres…?

Au début, nous nous en occupions peu. Mais c’est un axe sur lequel nous travaillons actuellement. Il faut dire qu’il y a un manque d’agents pour les jazzmen. Les rares qui sont sur le marché sont submergés de demandes et ne peuvent pas tout assumer. C’est un énorme boulot et il est très difficile d’en vivre. Quant aux groupes qui se gèrent eux-mêmes, ils n’ont pas toujours le temps de faire toutes les démarches non plus. Les jazzmen sont impliqués dans bon nombre de groupes différents, et adapter les calendriers de chacun est souvent difficile. Alors, nous les aidons de plus en plus au niveau de la promo, de la recherche de concerts. Nous essayons aussi de mieux gérer les sorties d’albums en organisant simultanément des concerts, comme nous l’avons fait à Paris pour Mélanie De Biasio.

Igloo est une ASBL subventionnée par la Communauté Française de Belgique. Impose-t-elle des choses?

Nous avons un cahier des charges avec un nombre d’albums à produire pour une période de cinq ans. Chaque année nous rentrons un rapport qui pourrait nous amener à «justifier» nos choix. Mais jusqu’à présent, nous n’avons jamais eu à le faire. Artistiquement, ils n’interviennent absolument pas et nous font totalement confiance.

En 30 ans, le jazz a évolué. Des «styles» ont été abandonnés au profit d’autres? Y a-t-il un «style» Igloo?

Un style «maison», je ne sais pas. Je dirais peut-être que nous sommes devenu un peu plus sage…

Sage? Pourtant, un album comme celui de Cécile Broché et Etienne Bouyer n’est pas simple ni sage.

Oh oui, bien sûr ! Mais, je parle en général. Si je prends des groupes du début, comme Trio Bravo ou Julverne, c’était osé. C’est normal, ou dommage, mais lorsqu’on rentre dans des circuits de distribution dits «commerciaux», on nous demande d’essayer de définir les genres. Ceux qui ne sont pas clairement définis sont difficiles à «travailler».

Oui, mais c’est ce qui fait aussi l’originalité du jazz. Souvent, les gens se posent la question: «Est-ce du jazz?» Cette musique est tellement «large»…

Tout à fait. Mais on remarque ce phénomène en radio également. Tout ce qui est «entre-deux» a du mal à trouver sa place. C’était plus «ouvert» avant. Il y a eu une période dorée qui s’est un peu perdue depuis que les radios nationales se sont restructurées, thématisées et que les autres radios sont exclusivement «commerciales». Tout ce qui est «jazz» se retrouve dans un créneau de plus en plus étroit.

Est-ce que ce cloisonnement s’est fait aussi entre la Flandre et la Wallonie?  Igloo a peut-être une image assez francophone?

Nous n’avons jamais fait d’exclusive. En jazz belge, les groupes sont souvent mélangés entre flamands et francophones. En plus, pendant longtemps, il n’y avait pas d’équivalent à Igloo en Flandre. De Werf a ouvert une brèche dans les années ’90 et depuis, d’autres labels s’y sont engouffrés.  Nous avons toujours gardé de bons contacts avec la presse, les radios, la distribution. Le projet «Al Funduq» de Pierre Vaiana a été sélectionné par Klara. Non, vraiment, il n’y a pas de problème de ce côté-là, Dieu nous en garde…


Le 24 octobre, le quartette de Manu Hermia, le trio de Steve Houben et le duo Pascal Mohy et Mélanie de Biasio joueront à Toulouse.

 

Pour tous les autres rendez-vous jazz (en Belgique) voyez l’agenda Jazz In Belgium

 

A+

 

Commentaires

Intéressante interview. Bravo.

Écrit par : ptilou | 12/10/2009

Merci Ptilou :-)

Écrit par : jacques | 12/10/2009

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