29/09/2009

Escapade contemporaine à Liège

Jeudi 17 septembre, je me suis rendu à Liège pour assister au(x) concert(s) donné(s) à l’occasion de la rentrée académique 2009 de l’Université Libre de Liège.
Ce soir-là, on intronisait quelques Docteurs Honoris Causa, à savoir Henri Pousseur, Frédéric Rzewski, Avro Pärt, Anthony Braxton, Dick Annegarn, Robert Wyatt et Archie Shepp.

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Rendez-vous, donc, dans la très belle Salle Philharmonique de Liège, toute en parterre, balcons et loges de style Renaissance. Après un très court discours en guise d’introduction du Pr. Bernard Rentier, recteur de l’ULG, place à la musique.

C’est le quatuor Tana, fil rouge de cette soirée placée principalement sous le signe de la musique contemporaine, qui ouvre la séance avec trois courts morceaux d’Henri Pousseur (DHC à titre posthume). Finesse du jeu et densité des thèmes hypnotiques. Voilà une très belle mise en oreille.

Frederic Rzewski prend alors place derrière le piano. Il interprète 6 sonates tirées de ses «Nanosonatas». Le jeu est très dépouillé et très minéral et évolue rapidement vers une tension plus brute. Il fait résonner la caisse de son piano. Tape dessus, dessous, en saupoudrant le tout d’accords brefs, incisifs et rapides.

Moment splendide ensuite avec, de nouveau, le quatuor Tana qui revisite quelques œuvres d’Arvo Pärt, discrètement assis dans la salle. Le temps est suspendu. Ode à la lenteur, au recueillement, au repli sur soi. Le quatuor joue avec beaucoup de subtilité une musique très introspective. On est léger, on flotte.

Beaucoup plus ardue est la prestation de Geneviève Foccroulle qui interprète quelques thèmes d’Anthony Braxton au piano. Sous l’œil du saxophoniste, lui aussi dans la salle, la pianiste développe des mélodies qui s’adressent plus à l’intellect qu’à l’émotionnel. La musique, complexe, gicle, éclate. On y sent des impulsions fortes et une énergie contenue. Ardu et intense, certes, mais captivant.

Pour entamer la deuxième partie de la soirée, on se détend un peu avec Dick Annegarn. Le chanteur à l’univers farfelu et assez surréaliste interprète d’abord l’incontournable «Bruxelles» accompagné par le quatuor à cordes. La voix est un peu embrumée, presque mal assurée, mais fait passer une émotion sincère et touchante. Il poursuit avec 2 autres morceaux («Approche-toi» et «Lille») en s’accompagnant cette fois à la guitare. Le bonheur est dans la salle.

Retour du quatuor pour rendre hommage à l’œuvre de Robert Wyatt. Celui-ci est aussi présent. Dans son fauteuil roulant, au balcon, sourire en coin, il savoure ce très beau moment. On retrouve toute la mélancolie et les déchirures de la vie dans l’interprétation magistrale du quatuor (qui lui vaut sans doute la plus forte et la plus longue ovation de la soirée). Les arrangements de Stéphane Collin font mouche. À propos, avez-vous déjà écouté ce disque «ovni» de Stéphane Collin: «L’Enfer en trois mouvements» (sorti chez Igloo)? Non? C’est pourtant une expérience que je vous invite à faire.

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Pour terminer, Fred Delplancq, en quartette, rend hommage à Archie Shepp. On sent dans le groupe une certaine fébrilité. C’est que Archie viendra chanter un morceau avec eux. Et l’homme est visiblement exigeant. Il ne laisse rien passer. On le verra pousser, diriger (commander, presque) Laurent Delchambre à la Batterie.

Le son, dans ce très bel endroit, n’est pas optimal pour ce type d’instrumentation (amplification et percussions, c’est pas idéal.). La prestation est un peu en demi-teinte. Bien sûr, Nicolas Andreoli et Fred Delplancq (que j’ai quand même un peu de mal à associer à l’univers de Shepp) tirent leur épingle du jeu. Mais c’est surtout Janos Bruneel à la contrebasse qui s’en sort le mieux.

Quant à la voix éraillée et plus blues que jamais de Archie Shepp, elle fait merveille sur «Steam».


A+

 

Commentaires

Bob Ah tu as vu Robert Wyatt au balcon ! super !
beau moment sans doute !

Écrit par : ptilou | 30/09/2009

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