30/07/2009

A chœur et à voix (Part 1)

Comme chaque trimestre, chaque blogueur du « Z Band » publie, au même moment, un texte sur un sujet décidé en commun. (Voir la liste en fin d’article)
Celui de juin était dédié aux voix.

Oui, c’était en juin…mais… malheureusement, et pour diverses raisons, je n’ai pu mettre en ligne mon article à temps. Pourtant, tout était pratiquement prêt.
Mieux vaut tard que jamais… le voici, enfin.

A chœur et à voix

Que dire sur une chanteuse de jazz ?
Que dire qui n’a jamais été dit ?

Et d’abord, de quelle chanteuse parler ?
Faire un choix. Voilà qui n’est pas simple.

Alors, j’ai écouté ma petite voix intérieure qui m’a dit : «Parle des chanteuses qui t’ont un peu, voire beaucoup, bousculées dernièrement ? Des chanteuses parfois à la marge du jazz et pourtant tellement dedans ? C’est celles que tu préfères !».

Quelques noms me sont venus en tête.
Puis, j’ai resserrer ma sélection sur la Belgique…
Mélanie, Lynn, Julie.
Voilà les prénoms qui me sont venus en tête.
Plutôt que d’en parler, j’ai pensé les faire parler.
Je les ai invitées à venir chez moi pour dénouer un peu ce sac de nœuds, de contradictions, de questions, d’interrogations.

J’avais tout préparé. J’avais imaginé faire une sélection de disques et de les laisser choisir suivant leur sensibilité, dans l’idée d’en discuter après.
Ou alors, je pensais faire écouter quelques morceaux et leur demander de réagir.
Genre «blindtest»…
Bof.
J’avais préparé des disques, de Ella Fitzgerald à Roberta Gambarini, de Abbey Lincoln à Sidsel Endresen, de Mahalia Jackson à Aretha Franklin, de Billie Holiday à ...
J’avais relevé quelques phrases, quelques témoignages…
Et puis j’ai changé d’avis.
Et puis, je ne savais franchement plus comment aborder le sujet.


Melanie DeBiasio_04

Le jour J, Lynn Cassiers ne pouvait pas venir, mais Julie Jarozsewski et Mélanie De Biasio étaient là.

Et au lieu de suivre «ma conduite» (plus floue que jamais) c’est parti en improvisation presque totale…

Ça a commencé comme ça:


Vous considérez-vous comme une chanteuse de jazz ? Y a-t-il une définition à la formule «chanteuse de jazz» ?

Julie : Je ne me considère pas comme une chanteuse de jazz. Je suis chanteuse et j’aime le jazz. J’aime le trajet qu’a eu cette musique et les sons qu’elle a posé au monde. J’ai envie d’être un vecteur qui continue à interroger le monde. Alors oui, si le rendez-vous est d’être «chanteuse de jazz» quelques soirs et me servir de ce «média-là» pour interroger et pour m’interroger, oui, je suis une chanteuse de jazz…

C’est plus le message que tu veux faire passer plutôt que d’entrer dans une catégorie…

J : De toute façon, les catégories, je trouve ça dangereux

Mélanie : On est d’accord. Mais moi, je me considère plus comme une musicienne que comme une chanteuse. De jazz ? Je ne sais pas. Je raconte un état, un mood, une intention.

Mais alors, pourquoi avoir choisi le jazz, même si cela reste une étiquette, plutôt que le rock, la pop, le rap… ?

M : parce que ce qui est chouette dans le jazz c’est d’avoir la possibilité de dire ce que tu as envies de dire au moment même. En rock ou en pop – et je dis ça en connaissance de cause - j’ai l’impression que c’est plus «travaillé», répété et proposé comme quelque chose de presque définitif. Dans le rock ou la pop, on se fout pas mal de l’état dans lequel tu es à ce moment-là… Tu joues ce qui a été travaillé. C’est assez statique, finalement. Je me sens vite coincée dans cette formule car ce qui m’intéresse est d’être juste dans ce que j’ai à dire au moment même. C’est pour ça que j’ai choisi le jazz car c’était le «lieu» où cela pouvait se passer de cette manière.

Tu as ressenti ça tout de suite ? Car tu as commencé par jouer avec Orange Kazoo

M : J’étais flûtiste dans le groupe. Ce qui n’est pas pareil. J’ai choisi le jazz parce que mes parents voulaient que je fasse une «école» et que c’était plus «classique». J’ai choisi le jazz par… dépit. Je ne savais pas ce qu’était le jazz. Moi, je voulais chanter.

C’est un peu pareil pour toi, Julie. Tu as fait du théâtre au départ.

J : Oui, mais au départ, mon rêve était d’être chanteuse de jazz. J’entendais Ella Fitzgerald, je chantais ses solos… Pour moi, c’était la joie et la liberté ! Et j’avais tellement envie de ça que… je suis entrée dans une école de théâtre (rires). J’ai fait l’INSAS, j’ai joué et puis j’ai senti que je voulais chanter. J’ai fait des erreurs de parcours… Je suis allée au conservatoire. Je n’ai pas trop aimé, ce n’était pas épanouissant pour moi, j’en ai beaucoup souffert… Et puis, je trouve que le milieu du jazz est très misogyne. Il est d’une telle cruauté par rapport à la femme.

Ha bon ? C’est peut-être dû à l’image de la chanteuse que l’on met devant un orchestre, comme un faire-valoir ?

M : Concernant le côté misogyne, personnellement je ne me suis pas trop posé la question. Je crois que les gens sont cruels en général. Ce n’est pas une question de femme ou pas femme. On a la critique facile et on aime bien mettre les gens dans des petits pots. Mais je peux comprendre, en effet, que c’est un monde très masculin. Et donc il y a certainement quelque chose que l’on doit affirmer… ou au contraire, ne pas affirmer, justement ! Car le fait de «sur-affirmer» quelque chose, c’est peut-être accepter qu’il y ait une faiblesse quelque part.

J : Moi, c’est plutôt le rendez-vous qui est donné à la femme dans cette musique auquel je veux pas réponde. Pour moi, le jazz, c’est la musique du manque. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est Kofi Kwahulé. C’est le cri de l’esclave à sa terre. La musique de l’esclave d’Afrique hors de sa terre. C’est une musique qui porte une part du manque. C’est une musique profondément politique pour moi. Quand je vois un standard et les paroles qui sont proposées, ce sont souvent des textes sur le manque qu’il serait réducteur de ne voir qu’en discours de manque de la femme par rapport à l’homme. C’est une manière de poétiser la chose, mais on oublie la source de ces textes, il me semble. Et du coup, c’est ce que l’on propose souvent comme image : une blonde dans une robe noire…. Et moi, ce n’est pas là que j’ai envie d’être.

M : Moi j’ai envie d’être là aussi. J’ai envie d’être partout.


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C’est peut-être pour cela que certaines personnes sont perturbées lorsque l’on sort de cette image  «fabriquée». Alors que c’est cela que vous défendez un peu : actualiser l’image, la dépoussiérer. Et quand vous chantez des standards il faut, non seulement bien les choisir, mais aussi bien les comprendre.

M : Oui, il faut bien le choisir. Le texte, soit tu le vis, soit tu ne le chantes pas. Il n’y a pas d’entre  deux. Si tu ne t’y retrouves pas dedans, tu ne le fais pas. Chanter «Bye Bye Blackbird», si je n’ai rien à dire sur ce texte, hé bien je ne le chante pas.

J : Ce que je cherche, quand je chante des standards, c’est d’essayer d’avoir l’impudeur de laisser voir comment cela agit sur moi. J’ai envie que ça se voit. Si je n’arrive pas avec les mots, je le fais avec les sons. J’ai envie qu’on voit les charpentes du son… même si j’en suis encore très loin pour l’instant. Mais c’est le chemin que je me trace. J’ai aussi envie de chanter des textes avec lesquels je suis en désaccord, pour les décortiquer.

Et quand tu écris tes propres chansons ?

J : Je n’ai encore jamais chanté mes mots. Je n’arrive pas à écrire mes chansons pour l’instant.

Ça te manque ?

J : Pour l’instant, je me laisse faire par les autres…

Toi, par contre, tu écris ?

M : Oui, j’écris. Mais j’adore interpréter aussi. Je pense avoir cette facilité de prendre les choses qui ne sont pas à moi, et les faire mienne. Si le déclic est instantané, c’est comme si c’était moi qui les avais écrites. Mais c’est vrai que j’ai un besoin d’écrire, car il y a des choses que je dois dire…. C’est bizarre car si tu me demandes de chanter en français, ce serait encore différent. Avec l’anglais, j’ai un certain recul qui fait que je peux dire des choses. Pour trouver la formule et être juste en français, c’est difficile. L’anglais n’est pas ma langue et étrangement, ça facilite les choses. Je n’ai pas encore trouvé le chemin pour dire des choses en français que j’arrive à dire en anglais. La difficulté dans l’écriture est de s’inclure soi-même mais d’y inclure aussi les autres. Sans dire obligatoirement «tu» ou «je». Dire des choses universelles et pas impersonnelles. C’est la difficulté de l’écriture. C’est pourquoi il faut aussi pouvoir dire des choses dans l’interprétation aussi. Et puis, ce n’est pas parce que tu n’écris pas que tu n’as rien à dire. Dans l’interprétation, tu peux dire beaucoup de choses, faire passer une énergie…

J : Oui, l’interprète est un créateur en soi.

Comment travailles-tu cela avec tes musiciens ? Comment te crées-tu ton univers ? Chaque fois que je t’entends chanter, j’entends toujours une histoire, un nouveau discours. C’est souvent bien plus fort que le simple fait de «chanter» une chanson.

J : Justement, j’essaie que ce soit la chanson qui parle. J’essaie de disparaître, de m’abandonner à la chanson pour en souligner le message. Me laisser surprendre par les endroits où elle me mène.

INFLUENCES ?

Quelles ont été vos influences au niveau du jazz ?

J : Bizarrement, j’ai écouté peu de musique jusqu’à mes 18 ans… à part Ella… et Betty Carter.

C’est déjà pas si mal ! (rires) Qu’est ce qui te plaisait là-dedans ?

J : La liberté et l’humour chez Ella. C’était fort ! Elle réinvente à chaque instant, elle cherche. Elle découvre le son en même temps que la personne en face d’elle. C’est cet instant qu’il faut trouver chaque fois. Être autant spectateur de ce qui vient que le spectateur lui-même.
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Et toi, ton initiation musicale s’est faite comment ?

M : Moi, je ne connaissais rien en jazz, je n’en écoutais pas. Je connaissais deux noms : Armstrong et Miles. Donc, quand j’ai passé mon examen au Lemmensinstituut, je ne savais rien. Je ne savais pas ce qu’était un « f » ou un « d ». Je venais du classique, donc : harmonie, cours de petits ensembles de musique de chambre, etc. Je n’avais jamais fait de chant classique non plus, je faisais du rock. J’écoutais Goldman quand j’avais douze ans. Ou alors j’écoutais ce que mes parents écoutaient : Bowie, Pink Floyd, Michael Jackson ! Ensuite, à cause de potes qui cherchaient une flûtiste pour leur groupe, j’ai découvert Jeff Buckley, Nirvana… Alors j’ai créé mon petit groupe de rock où je chantais avec ma sœur. Et je prenais du plaisir à faire de la musique avec les autres. Car l’académie était aussi oppressant que l’école, finalement. Et les seuls moments où je m’amusais étaient lorsque je pouvais improviser à la flûte. Ou prendre les partitions et les interpréter comme je voulais, sans être obligé d’avoir 70%… C’est là que j’ai pris plaisir à faire de la musique. J’étais éteinte à l’école. Et c’est mon père, qui m’entendait toujours chanter et à qui je cassais les oreilles qui m’a proposé de suivre des cours. Classique ou jazz ? J’avais l’expérience du classique à l’académie, alors, j’ai opté pour le jazz. C’est un hasard, finalement.

Toi tu as suivi des cours aussi ?

J : J’ai fait quelques tentatives. Mais l’enseignement n’est pas terrible. Ou alors, je ne suis pas tombée sur les bonnes personnes. Alors, je me suis inscrite à l’INSAS (école de cinéma et théâtre), où j’ai beaucoup appris. Et puis, ça marchait bien. J’étais un peu détachée, car ça n’avait pas trop d’importance, j’étais libérée. Alors, j’ai pu jouer la comédie pendant plusieurs années. C’était super.

Mais alors, quand es-tu montée sur scène la première fois, pour chanter ?

J : C’est lorsque j’ai eu trois mois de pose au théâtre. Je suis partie en Angleterre, car je ne supporte pas ne rien faire.  Comme j’avais besoin d’argent, j’ai trouvé un job de serveuse… et je ne connaissais pas un mot d’anglais. C’était dans un club de jazz. Et il se fait qu’un des guitaristes qui jouait ce soir-là connaissait Alexandre Cavalière avec qui il venait de jouer en Australie. Et il m’a invité à venir chanter un morceau sur scène ! Et la patronne m’a proposé de chanter chaque vendredi ! Je ne connaissais à peine que 10 standards ! (rires) Alors, j’ai foncé ! Je ne connaissais pas les grilles, je prenais de longs solos inspirés… et je retombais sur mes pattes, sans connaître les codes de fin ! Alors, quand je suis rentrée en Belgique, j’ai annulé le théâtre et je me suis inscrite au conservatoire… mais j’ai surtout appris avec Anca Parghel.


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M : Ceux qui m’ont fait du bien au conservatoire, c’étaient les élèves ou les autres profs, mais pas nécessairement mon prof de chant. La meilleure école à été les concerts et le fait de jouer avec d’autres musiciens, de capter leur sensibilité, de comprendre comment ils travaillaient. C’est comme ça que j’ai rencontré Steve Houben et Pascal Mohy. Mais ça  n’a pas «donné» tout de suite, c’est après le conservatoire qu’on s’est vraiment trouvé.

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(A Suivre...)


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A chœur et à voix et le "Z Band"

Belette : Musica Nuda

Jazz Frisson: Karen Young

Jazz à Paris: Jazz Divas

Jazz-O-Centre : Patricia Barber

L'Ivre D'Images : Anthony Joseph

Maîter Chronique : Kurt Elling

Mysteriojazz : Jeanne Lee

Ptilou'Blog : Elisabeth Kontomanou


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Merci à Jos L. Knaepen et  Jempi Samyn pour les photos.

A+

26/07/2009

Brosella 2009


Brosella 2009

33ème édition de ce rafraîchissant festival folk (le samedi) et jazz (le dimanche).

Cette année, il fait beau et le public est nombreux (notez que lorsqu’il ne fait pas beau, le public est pratiquement tout aussi nombreux).
Il faut dire que l’endroit est merveilleux, l’ambiance familiale est toujours aussi décontractée et l’affiche toujours aussi alléchante.

Ce dimanche, je ne pouvais malheureusement pas y être dès le début et j’ai donc raté les trois premiers concerts (Eve Beuvens, dont je vous recommande chaudement le premier album «Noordzee» sorti récemment chez Igloo, le Jazz Orchestra of The Concertgebouw ainsi que Tutu Puoane qui vient également de sortir un album chez Saphrane, «Quiet Now», que je n’ai pas encore entendu).


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J’arrive donc pendant le concert d’Anouar Brahem Trio.
Pari assez osé que de proposer cette musique d’une douceur et d’une délicatesse rares au beau milieu de l’après-midi et en plein air.
Mais le public sait pourquoi il est venu. Il est connaisseur et respectueux.
Il règne sur le site un silence apaisant et une mélancolie retenue.

Anouar Brahem et le clarinettiste turc Barbaros Erköse égrènent les mélodies ondulantes et soyeuses sous la frappe sensible du percussionniste libanais Khaled Yassine.
Le trio revisite quelques-uns des plus beaux morceaux de «Astrakan Café» ou «Contes de l’incroyable amour».
 
L’air est doux et parfumé de poésies musicales.


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Plus haut, sur la petite scène, le quartette de Free Desmyter augmenté de l’Irakien Bassem Hawar au djoza (sorte de petit luth oriental qui se joue verticalement à l’archet) et du Néerlandais Dick Van Der Harst à la chalémie (sorte de flûte maghrébine).

Ce projet, spécialement monté pour le Brosella, propose donc une belle fusion entre jazz et musique orientale.

La clarinette de John Ruocco s’infiltre avec aisance dans ce jeu de modes.
Free joue avec les silences, laisse parler les autres, intervient pour indiquer la couleur.
Manolo Cabras et Marek Patrman toujours attentifs brodent des coutures solides, mais quasi invisibles, entre ces différents mondes musicaux.


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On improvise sur de nouveaux morceaux, on revisite «Indulgence» ou l’on s’inspire de «Bemsha Swing» pour créer un «Judge The Judge» jubilatoire.

Quelle belle réussite.


Retour sur la grande scène pour le toujours jeune et explosif Henri Texier.


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Démarrage sur les chapeaux de roues, à la manière d’une fantasia dans le désert.
Texier se lève, saute, danse et relance inlassablement la musique avec une énergie époustouflante.
Le trompettiste belge Carlo Nardozza, qui devient un habitué du groupe depuis sa première rencontre avec le contrebassiste français lors du Genk Motives Festival 2006, possède une puissance, une clarté dans l’exposé et une brillance dans le son qui n’a rien à envier aux meilleurs neo hard-boppers américains.
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À la guitare, Manu Codjia (dont le fascinant et intriguant deuxième album, dans un tout autre style, vient de sortir chez Bee Jazz) est un formidable tueur!
Il triture sa guitare et en sort des sons incroyables, comme autant de déflagrations.

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Christophe Marguet est infatigable derrière sa batterie, volubile, nerveux, fin et précis, tandis que Sébastien Texier enfile les arabesques musicales en un jeu félin, rebondissant et sensuel.

«Mosaïk Man», «Old Delhi», «Sommeil Cailloux», «Y'a des vautours au Cambodge»…
Tout est tendu et chauffé à blanc.
Et même dans les ballades, on perçoit toujours ce groove brûlant.


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Voilà qui fait un bien fou.


Juste le temps de discuter un peu avec Manu Codjia et malheureusement je dois filer… Je n’aurai pas donc l’occasion d’assister aux deux derniers concerts (Raphaël Fays et le sextette de David Linx avec Maria Joao…)

Rendez-vous sans faute l’année prochaine.

A+

22/07/2009

Pascal Mohy Trio à l'F

 

Après la conférence de presse présentant les Dinant Jazz Nights 2009 (vous voyez, je ne suis pas à l’avance dans mes comptes rendus) avait lieu à l’F un concert du trio de Pascal Mohy.


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Déjà écouté son merveilleux «Automne 08» sorti chez Igloo il y a peu? Non? Hé bien vous devriez le faire.

Ce soir, c’est Lieven Venken qui «remplace» Joost Van Schaik aux drums.
À la contrebasse, par contre, c’est bien Sal La Rocca, le pirate au grand coeur.

Après un «All Of You» délicat, Pascal Mohy «lâche» un jubilatoire «12 Huîtres Boogie» (ne me demandez pas la signification de ce titre, je ne la connais pas et je ne sais même pas si Pascal peut lui-même fournir une explication…) aux accents italiens d’un motif court et répétitif qui rappelle un peu Nino Rota (la musique de «Il ne faut pas parier sa tête avec le diable» de Fellini, par exemple).
Quelle aisance dans le toucher.


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Le jeu de Lieven Venken est feutré avec juste cette petite touche abrasive qui donne un peu de sel, un peu de poivre au thème.
Le sourire en coin, il frotte les balais sur la peau de sa caisse claire et respire le tempo.

On dit toujours - et moi le premier - qu’il y a un côté mélancolique et nonchalant chez Mohy, mais il faut aussi y lire chez lui le second degré, la légèreté et la prise de recul face à sa musique qui l’empêche de tomber dans la démonstration ou le maniérisme.

Il suffit pour cela d’écouter «Jojo» ou «If I Were A Bell» pour s’en convaincre. Clin d’œil amusé, sourire complice avec Sal et Lieven… un goût pour la fête simple.


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Avant «‘Round Midnight» et un «Just In Time» que n’aurait pas renié un Ahmad Jamal, le trio nous offre cette perle: «6.4.2», un morceau langoureux et sensuel qui imite le ressac fatigué d’une mer chaude.

On était à Dinant… ou bien plus loin, peut-être…

A+

22:56 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pascal mohy, sal la rocca, lieven venken, l f |  Facebook |

21/07/2009

Brussels Jazz Marathon 2008... (Never too late...)

Mon Jazz Marathon, c’était aussi le concert du vendredi soir (le 29) sur la Grand Place de «The Groove Thing» avec Jef Neve (Orgue Hammond), Nicolas Kummert (ts), Lieven Venken (dm) et Nic Thys (eb).

Je les avais vu l’année dernière lors du même Jazz Marathon (Place Ste Catherine) et j’avais manqué leur enregistrement «live» à l’AB en avril. On attend le disque avec impatience, même si c’est assurément sur scène qu’il faut profiter de ce moment de bonheur. Car cette énergie débordante et ces groove font un bien fou.

Ce soir, The Groove Thing n’a pas failli à sa réputation malgré un son un peu moyen qui étouffait un peu cette explosivité.
Car sur scène, nos quatre jazzmen se dépensent sans compter.

Jef est intenable à l’orgue, il se lève, se déhanche, grimace et s’évade dans des solos démentiels.
Et il est soutenu par une sacrée rythmique: Nic Thys, impérial dans la «pulse» - qui intervient également dans des solos d’une musicalité et d’une puissance fabuleuses - et Lieven Venken, frappe sèche et sûre, toujours prêt à sauter dans le bon wagon.

Et puis, il y a Nicolas Kummert qui fait hurler son sax entre deux hoquets et éclats de voix. Il chante de plus en plus dans son sax (un peu comme le faisait Roland Kirk) et donne ainsi une couleur toute personnelle à son jeu. 

Vivifiant.

Trop crevé toutefois pour aller écouter Egon. Ce sera pour la prochaine fois, car, ici aussi, c’est un groupe qu’il faut absolument tenir à l’oreille !


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Le samedi (30) après le concours des jeunes talents, je reste sur la place Fernand Cocq pour écouter Greg Lamy (eg).
Je n’avais plus entendu ce quartette depuis pas mal de temps et je dois dire qu’il gagne en cohésion et en force.
Le groupe (Gautier Laurent, cb - Jean-Marc Robin, dm - Johannes Müller, ts) a pas mal tourné ces derniers temps et cela s’entend.
Il vient même d’enregistrer (à Cologne) un album qui devrait sortir début septembre. Il faudra y être attentif, car avec ce que le quartette nous a montré sur scène, on ne peut qu’espérer le meilleur.

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Le saxophoniste allemand Johannes Müller n’est sans nul doute pas étranger à cette réussite. Un jeu musclé et souple à la fois, des solos riches, un son gras et fort. Un son ample, à la manière de ces bons vieux hard boppers, qu’il contamine d’accents bien modernes.

Pour l’occasion, le quartette invite Brenda Mada, une toute jeune chanteuse de 12 ans éblouissante de maturité.
Elle vous scatte Ella avec une facilité déconcertante.
Le plus étonnant pour son age est, au-delà d’une présence merveilleuse, une voix extraordinaire.
Prions pour qu’elle garde cette fraîcheur et cette spontanéité le plus longtemps possible, cela fera d’elle une superbe et grande chanteuse de jazz.

Le dimanche (31) après-midi, l’affiche concoctée par les Lundis d’Hortense était très alléchante.


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Take The Duck d’abord, toujours aussi énergique et sans compromis.
Entre Daniel Noesig (tp) et Toine Thys (ts) l’entente est évidente et nos deux soufflants sont soutenus (propulsés ?) par un  Robert Jukic (cb) plein de ferveur et un Sean Carpio (dm - vu avec Mikkel Ploug) au jeu claquant.
Ajoutez à cela l’inimitable sens de la communication et de la dérision de Toine et votre bonheur est total.
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C’est ensuite au tour du toujours fantastique Trio Grande de faire danser la Grand Place noire de monde, au son de leur jazz très festif.
Et ce n’est pas les quelques problèmes de son qui empêcheront leurs délires.


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On reste dans le «dansant» avec Charlier-Sourisse.
Avec eux (Benoît Sourisse à l’orgue Hammond, André Charlier aux drums, Pierre Perchaud à la guitare et au banjo et Emile Parisien au sax) on traverse une bonne partie de la Nouvelle-Orléans.
On passe en revue les fabuleux thèmes («At The Junk Joint», «Trompe-Oreille», «Celebration Station», «Congo Square» et d’autres) de leurs deux derniers albums («Eleven Blues» et «Heritage»).
Un groove d’enfer, un jeu explosif, un enthousiasme débordant, comment ne pas aimer le jazz après ça ?
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Et pour finir ce marathon dans un tout autre style: Darwin Case.
Jazz électrique et électro.
La bande à Xavier Rogé donne dans le gros son et la puissance.
Sur le fond de la scène sont projetés les dessins (improvisés en temps réel) de Sébastien Lucas. Ceux-ci accompagnent la musique très tendue et souvent très ouverte du quartette.
Spectacle total.
Rogé impose son drumming tellurique et polyrythmique sur lequel Alexandre Cavalière déchire des accords et des phrases improbables sur son violon plus électrique que jamais. Les claviers des Benoît Caudron et la basse électrique de Jean-Luc Lehr (en remplacement d’Olivier Stalon) font le reste.
Explosif !
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Mais, l’heure, c’est l’heure et il faut arrêter la fête.
Déçu, Cavalière restera encore longtemps sur scène, prostré et muet alors que le public en redemandait encore.

L’année prochaine, on ne pourrait pas éteindre les lumières un tout petit peu plus tard ?

A+

17/07/2009

Les jeunes talents du Brussels Jazz Marathon

Ce qui est bien avec le Brussels Jazz Marathon, outre le fait que tous les concerts soient gratuits et qu’il y en ait plein, c’est que l’on peut aussi découvrir de jeunes groupes.
Surtout lors du concours des jeunes talents.

Je faisais partie du jury en compagnie de Fabien Degryse, Nathalie Loriers, Jan De Hass et Jempi.
Nous nous étions réunis quelques semaines auparavant avec Jacobien Tamsma (principale cheville ouvrière de ce Jazz Marathon) pour sélectionner les trois finalistes parmi plus de 25 groupes.
Croyez-le ou non, pour la moitié des candidats, le choix ne fut pas facile du tout.


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Samedi 30 mai, sur le podium de la Place Fernand Cocq, c’est Triple Eight qui ouvrit le concours.
Ce jeune trio sonne très ’60, dans un esprit qui oscille entre soul et boogaloo.
On sent un peu les influences de Dr. Lonnie Smith ou de Jimmy Smith par exemples…
Un peu normal quand on voit comment est constitué le groupe: Nick Puylaert à l’orgue Hammond, Tim Finoulst à la guitare électrique et Jelle Van Giel aux drums.
Ces jeunes gars ont assurément du talent.
Ça swingue parfaitement.
Quand le guitariste se lâche un peu, on peut sentir chez lui une belle fluidité dans le jeu.
On pourrait en dire autant de l’excellent et très accrocheur batteur.
Certes, le groupe doit sans doute encore un peu affirmer sa personnalité, mais… ça promet !


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Question personnalité, il faut bien admettre que le Baron Fauteuil en possède une solide.
Le trio est composé de Lara Rosseel (cb), David Broeders (dm) – vus précédemment aux côtés d’Hevé Samb et du regretté Pierre Van Dormael– et de Joppe Bestevaar (sax baryton).
Ici, l’ambiance est un peu plus cérébrale, plus feutrée.
Tout se joue dans la subtilité de compositions complexes qui ne manquent pas de swing pour autant.
L’interaction entre le batteur, d’une élégance extrême, et la contrebasse, sensuelle, est un délice.
Bestevaar, n’hésite pas à venir jouer le trouble-fête - avec un bel à propos - en proposant des accords chauds et des rythmes plus chaloupés.

Très beau groupe à revoir avec plaisir.

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Mais sans conteste, le vainqueur de ce concours de très haut niveau fut LABtrio.

Ce dernier groupe est clairement le plus jeune de tous les participants… mais il possède déjà une aisance et une maturité étonnantes !
On pouvait pourtant être un peu sceptique face à la formule très classique du triangle piano, basse, batterie… Mais ces trois jeunes jazzmen nous ont apporté une sacrée dose de fraîcheur.
Anneleen Boehme (cb), Bram de Looze (p) et Lander Gyselinck (dm), voilà assurément des noms à retenir.

Difficile d’expliquer ce qui fait de leur musique quelque chose d’un peu plus «magique» que celle des autres.
Une mise en place parfaite? Un équilibre habile? Une souplesse dans l’exécution?
Le touché de Bram De Looze (à peine 18 ans) au piano sur «Lennie’s Pennies» de Tristano est éblouissant de luminosité.
Il déroule tout cela avec facilité et sans complexe.
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Tandis que Lander innerve un jeu sobre et tendu à la fois, Anneleen démontre une grande musicalité à la contrebasse.

L’écoute et l’échange sont sans doute aussi l’une des clés de ce très beau trio.
La musique évoque parfois Herbie, parfois Bill ou Brad… mais avec cette petite pointe d’originalité qui la rend personnelle.

LABtrio a remporté le prix du jury ainsi que le prix du public.
Grâce à cela, ils ont pu aller jouer au Jamboree à Barcelone et, d’après les échos qui me sont parvenus, ils se sont fait joliment remarquer là-bas aussi.

Normal, le bon jazz, on le reconnaît partout.

La suite du Jazz Marathon, c’est pour plus tard, laissez-moi le temps de retrouver le tempo…

A+