28/05/2009

Fin de l'interlude?

Oui, ça fait longtemps.
Trop longtemps.

Ces derniers quinze jours ont été plutôt chargés.
Très chargés.

Conséquences?
Pas encore eu le temps de vous parler du concert d’Alegria au Sazz ‘n Jazz.
Pas eu le temps de vous parler de Jazz à Liège.
Pas eu le temps d’aller du côté d’Estaimbourg pour le Wapi Jazz Night (et dire bonjour à ma maman et mon papa par la même occasion).
Pas eu l’occasion d’aller écouter la carte blanche à Sal La Rocca au Théâtre Marni et de rencontrer Olivier Hutman comme promis (qu’il me pardonne).
Pas eu le temps d’aller ré-écouter Joona Toivanen au Sazz ’n Jazz.

Pas eu le temps de passer au Sounds, au Music Village, au Hnita Hoeve, à la Jazz Station, au Caveau du Max, à Mazy, au Pelzer, au Muze, au Hopper, etc…


À peine eu le temps d’écouter de la musique… (si, quand même, l’éblouissant «Kinsmen» de Rudresh Mahanthappa…, entre autres... )

Bref, le temps de rien.

Mais, après cet interlude forcé, on va revenir à un programme normal.
Enfin, je l’espère.

Séance de remise en forme dès ce week-end avec le Jazz Marathon.

Je me sens déjà revivre…

A+

22:30 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jazz a liege, jazz marathon, sazz n jazz |  Facebook |

20/05/2009

Jonathan Kreisberg Quartet au Sounds

 

Ouf .


Enfin, retrouver un peu de temps pour se mettre derrière l’ordinateur.
Du moins… celui qui me permet d’écrire sur le jazz.
Pas de temps perdre donc, revenons sur le concert de Jonathan Kreisberg au Sounds le 5 mai dernier.


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C’était un lundi, le soir de l’habituelle jam du club.
Mais Sergio avait fait une entorse à la règle pour accueillir un guitariste américain que je ne connaissais que vaguement de nom (j’avais seulement lu une belle critique dans Jazzman, voici quelques années).

Peter Hertmans, un des instigateurs de ce concert «surprise» avait envoyé des mails un peu partout pour signaler l’évènement.
Et le buzz a fonctionné: le public est venu nombreux.
Et je pense pouvoir dire que personne n’a regretté son déplacement.

Il y a pas mal de guitaristes dans la salle.
Dans le fond, je vois Laurent Melnyk, plus loin Lorenzo Di Maio et puis d’autres encore, venus d’Anvers ou de Gand. Moi, je m’assieds entre Fabien Degryse et Alain Pierre.

Jonathan Kreisberg, c’est d’abord une gueule. Une belle gueule.
Et une présence. Toute aussi belle.
Kreisberg est toujours prêt à rigoler avec ses musiciens malgré la fatigue (ils arrivaient directement de New York et n’avaient pas dormi depuis 24h.). Toujours prêt à en découdre avec le groove. Toujours prêt à montrer à ceux qui étaient venus qu’ils n’avaient pas eu tort.

Alors, dès les premiers accords, ça ne rigole pas.

Un tournoyant «Microcosme For Two» qui met en valeur l’excellent altiste Will Vinson, un punchy «21», ou encore une ballade très bien taillée dessinent sans ambiguïté l’univers du bonhomme.
C’est énergique, parfois hargneux et souvent mélodique.


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Les influences? Difficile à dire. Jonathan lui-même me dira avoir du mal à les définir. Il y a du Scofield, du Rosenwinkel, du Metheny, du Montgomery… du René Thomas même parfois aussi.
Mais il y a surtout du Kreisberg.
Jeu souple, rond et énergique.
Et un groove omniprésent.

Et puis, derrière, ça ne rigole pas non plus (point de vue musique seulement).

Il y a donc Will Vinson, un anglais exilé à New York qu’on a pu entendre avec Ari Hoenig sur «Rapscallion Cattle» sur l’album «Inversations»  (pour être honnête, cela m’avait échappé. J’ai réécouté le morceau et l’on y retrouve dans son phrasé cette densité et ce condensé d’énergie à la Chris Potter, peut-être).

Ce soir, au Sounds, c’était un peu ça aussi: Vinson emboîte le pas, sans se poser trop de questions, sur la pulsion imposée par le leader. Et quand ça trace (comme sur un morceau éclaté et inspiré d’un joueur de Bouzouki), il répond présent.

À la basse il y a Euan Burton, solide dans ses attaques et robuste dans le soutien du groupe.
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Et puis il y a l’étonnant Mark Ferber à la batterie. Oui, oui, Ferber qui accompagne Norah Jones. Autant dire qu’ici, le registre est assez différent.
Mais quel batteur !
Le geste ample, la frappe précise et délicate. Il possède un don certain pour injecter une dynamique supplémentaire à un ensemble déjà très groovy.
C’est le genre de batteur qui «se place dans le rebond», qui joue l’effet du ressort. Il est présent sans être envahissant. Il est indispensable… en toute discrétion.

Le quartette embrasse une multitude d’influences et propose un jazz résolument moderne. Sans intellectualisme et sans banalité.
Alors, quand il reprend généreusement un «Stella By Starlight» bien déjanté, on jubile.

Jonathan Kreisberg, un nom à retenir et un guitariste à revoir en concert sans aucune hésitation.

A+

09/05/2009

Robin Verheyen Quartet au Sounds


J’avais vu le quartette de Robin Verheyen, il y a plus ou moins deux ans au Hnita Hoeve. C’était le début de l’aventure.
La formule était toute neuve et le groupe allait enregistrer son premier album quelques jours plus tard.

On connaît le résultat: «Painting Space».
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Depuis, le groupe a pas mal tourné ('pas assez… jamais assez' me diront Dré et Robin), et, à la contrebasse, Nic Thys a remplacé Rémi Vignolo (devenu maintenant batteur à plein temps).
Et voilà notre quartette à nouveau sur les routes d’Europe avec un nouveau répertoire.
Et cette fois-ci encore, un enregistrement a eu lieu: à Munich cette foi, pour le label Pirouet, sur lequel Nic Thys et Bill Carrothers ont souvent enregistré. (Entre parenthèses, Virgo, dernier album de Nic Thys est un petit bijou).

Au Sounds, pour deux soirs de suite, Robin Verheyen, Dré Pallemaerts, Nic Thys et Bill Carrothers nous ont servi un jazz actuel de très haute qualité.

Vous en doutiez ?

Cohésion, énergie, surprises et plaisir de jouer ensemble sont les ingrédients de cette réussite. Sans oublier le talent de chaque musicien, bien sûr.

Mentirais-je si je vous dis que Robin fut, une fois de plus, éblouissant ?

Investi et toujours concentré, il est explosif au soprano sur «For E».
Il fait siffler ou trembler l’anche de son instrument.
On décèle parfois cette petite pointe d’aigreur dans le son qui rappelle un peu Steve Lacy.
Puis, il se fait plus lyrique, avec cette faculté de développer des thèmes sinueux, de dessiner des phrases tortueuses, d’inventer un langage à la fois complexe et fluide et, du coup, accessible.
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Le croirez-vous, si je vous dis que Bill Carrothers est de ceux qui inventent continuellement?
Nonchalamment assis au piano, il revisite inlassablement les fondements du jazz pour les remodeler de façon très contemporaine.
Le jeu est précis, vif et incisif. Bourré d’énergie.
Il faut l’entendre dialoguer avec Dré Pallemaerts sur «TGV», par exemple.
Il existe une telle complicité entre ces deux musiciens, qu’ils jouent les yeux fermés.
Les références et les citations parsèment chaque thème, histoire de toujours nous rappeler d’où l’on vient.

Après un «Na» très tranchant, presque déstructuré, fluctuant sur des métriques originales et exigeantes, le quartette se montre d’une tendresse et d’une délicatesse absolues sur le très mélancolique «Wherever The Parth Leads You».
C’est sur un morceau comme celui-là que l’on se rend compte du jeu très chantant et mélodieux de Nic Thys. Un phrasé court et pourtant profond. Une rigueur toute musicale qui renforce encore la cohérence des morceaux.
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Avec tout ça, le quartette n’a aucune difficulté à imposer au public le silence et une écoute attentive.
«Painting Space» est tournoyant, «New York Heights» est hypnotique, «On The House» est satanique et foutrarque.

Et puis il y a encore un long morceau évolutif et onirique joué à la flûte ou simplement sifflé ainsi qu’un «Long Island City» aux allures de charleston qui finissent de démontrer l’évidente originalité du quartette.

Robin a tout compris des arrangements, des nuances, des formes, de l’énergie et… de la présentation et de la présence sur scène.

Il n’y a pas à dire, le talent et le travail, ça paie.
 
A+

05/05/2009

Basic Borg au Sounds

 

Rappelez-vous (si vous lisez de temps en temps ce que j’écris), Manolo Cabras m’avait parlé lors d’une interview pour Citizen Jazz l’existence d’un groupe né à Den Haag: Borg Collective.
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Jeudi 23 avril, une partie de cette bande d’amis s’était donné rendez-vous au Sounds.
C’est devenu le Basic Borg.

Jazz, musique improvisée, électro, musique contemporaine… c’est tout ça Basic Borg.
Capitaine de vaisseau: Manolo Cabras à la contrebasse.
Les autres membres de l’équipage: Lynn Cassiers (voc), Matteo Carrus (p), Oriol Roca (dm) et Riccardo Luppi (st) en special guest.

Décollage tout en douceur avec un morceau très atmosphérique.
On installe le décor.
Insidieusement, la musique se mue en une sorte d’opéra contemporain.
Lynn Cassiers, à la voix fantomatique (qu’elle trafique en temps réel), amène petit à petit le groupe vers un rythme swinguant. Mais, pas question de le laisser s’installer. Matteo Carrus, de quelques notes éparses, vient briser l’élan.
Alors le jazz dérive lentement vers une musique plus torturée.
Vous connaissez Craig Taborn, Benoit Delbecq, Tim Bern et toute la bande? Alors vous pouvez vous faire une légère idée de l’ambiance dans laquelle on se trouve.
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Hypnotiques par instants, décalés par moments, virulents ou retenus, les sons s’imbriquent les uns aux autres.
La musique electro, distillée par Lynn ou Matteo se fait très minérale.

Un autre morceau très lent, aux ponctuations très espacées et à la respiration quasi léthargique, nous envoie encore ailleurs.
Lynn Cassiers découpe les phrases.
Après le mot, le silence. Après le silence, une phrase.
La basse et le piano soulignent chaque attaque, comme par surprise.
La batterie respire et le saxophone pleure doucement.

Et puis Riccardo Lippi entraîne tout le monde vers une sorte de free bop.
Son sax crie et vocifère à la façon d’un Archie Shepp. Un son gras, ample, rauque et rempli de blues.
L’ambiance devient électrique, explosive.
Sorte de magma en fusion.
Basic Borg mélange les effets électro avec retenue.
Pas d’effets faciles ni convenus.
La froideur des machines est contrebalancée par le son chaud de la contrebasse et du sax. Une chaleur qui n’a cependant rien de trop confortable.
Diable, vers quelle planète nous dirigeons-nous?

Toute la musique de Basic Borg se joue dans un spectre étrange: entre ouverture et retenue. Entre l’organique et le cérébral.
Intense, exigent… éprouvant parfois.
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Musique pour musiciens? Oui et non.
Musique d’atmosphère, parfois brutale, dans laquelle il faut se laisser enliser.
Jazz contemporain qui ne se donne aucune limite.

On a traversé quelques étranges galaxies.
L’aventure se termine bien, tout le monde est sain et sauf.
Mission accomplie, Captain Cabras…

Mais il est temps de souffler un peu…

A+

04/05/2009

Mélanie De Biasio - Jazz Is A Mess

 

Jazz Is A Mess.

Mélanie De Biasio est en résidence au Music Village jusque fin juin.
Chaque dimanche soir, vers 21 heures, le club se fait écrin idéal pour accueillir l’univers si particulier de le chanteuse.

Lumière basse.
Ambiance noire, moite, veloutée. (Vous souvenez-vous de Blue Velvet de Lynch ?)
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Sur scène, recroquevillée sur elle-même, en position quasi fœtale, Mélanie chante, fredonne, murmure…
Jamais, tout au long des deux sets, elle ne se lèvera.
Elle s’est confectionnée un nid entre le piano de Pascal Mohy, la batterie de Dré Pallemaerts et le clavinet de Pascal Paulus.

Mélanie utilise sa voix comme un instrument.
Elle laisse chanter son souffle.
Au travers du micro de sa flûte, elle entame «My Man's Gone Now» et enchaîne avec «A Stomach Is Burning».
Elle nous invite à explorer ce qu’il y a de plus profond en nous.

La voix se mêle aux soupirs de la flûte.
Elle alterne standards et compositions personnelles.
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La musique est pétrie de blues, de poussière et de nuit.
Une musique qui fait resurgir les blessures et les peines.
De Nina Simone ou de Billie Holiday, elle reprend l’âme et la douleur en s’abstenant de toute imitation.
Elle va chercher tout ça à la source, aux racines du blues.
C’est la vraie raison de son chant.

En écho au jeu tachiste de Pascal Paulus, elle fait swinguer langoureusement «I’m Gonna Leave You». Puis, en duo avec Dré Pallemaerts, qui frotte la peau de ses tambours comme un félin, elle envoûte «What’s The Deal?». Avec Pascal Mohy, au jeu économe, elle enveloppe un sensuel «Let Me Love You»…

Le groupe crée un climat improbable.
Les tempos sont ralentis.
Le temps s’est arrêté.
On aimerait que ce dimanche soir s’éternise.
Le quartette nous attire dans les abîmes d’un tourbillon sans fin, jusqu’aux silences des plus musicaux.

Mélanie met un beau désordre dans nos têtes.

Que celui qui n’a jamais osé entrer dans monde si singulier de Mélanie De Biasio soit damné à tout jamais.

Les autres iront au Music Village un dimanche soir.

Jazz is really a mess.

A+

01/05/2009

CORPO à la Jazz Station


Je ne connaissais pas CORPO, un groupe suédois qui existe pourtant depuis ’92 et qui est déjà produit en Belgique il y a deux ou trois ans.
J’avais raté ça.
Je me suis rattrapé.

Après être passé au Muze, au Pelzer et avant de jouer au Roskam, le groupe était, ce samedi 18 avril, à la Jazz Station.
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CORPO, quintette emmené par Mikael Godée (soprano et flûte), propose une musique  qui incorpore au jazz actuel pas mal de folklore suédois, une pointe de latin-jazz et une belle dose de groove venu d’Afrique.

La particularité de ce groupe réside aussi dans le fait d’ajouter à la batterie un percussionniste.
Ou plutôt une percussionniste: Ebba Westerberg.
Cela ajoute un beau relief à l’ensemble de ces musiques assez écrites.
L’interaction avec le drumming de Chris Montgomery est donc assez intéressante bien que le groupe lâche rarement prise. Il s’envole peut-être trop timidement dans des improvisations délirantes ou fiévreuses qui s’offrent pourtant à lui.

Mais il faut reconnaître que les compositions (toutes de Godée) sont joliment ciselées et efficacement arrangées. C’est à la fois enlevé et contenu.
Les morceaux sont swinguants, voire groovy, et les mélodies très chantantes.
Le jeu très maîtrisé de Godée rappelle parfois celui d’un Wayne Shorter (dans des moments plus «fusion») ou celui d’un Jan Garbarek (dans les parties plus «folk traditionnel») en moins radical cependant.
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Discret, mais pourtant indispensable, Lars-Erik Norrström, au piano, est élégant et brillant dans le toucher. Il ne s’impose pas avec force dans ses interventions, mais donne ce supplément de saveur à la musique. Lyrique et lunaire il renforce le côté «musique scandinave» du groupe, à la fois mélancolique et lumineuse.
Parfois, on le retrouve derrière le clavier électrique, donnant une réplique plus jazz-rock à Godée qui emploie alors une légère réverb’ ou une disto sur son soprano.

Avec CORPO, on se balade dans les paysages suédois balayés par le léger souffle d’un vent venu d’Afrique.
C’est original et  c’est parfois est bien agréable.

A+