20/05/2009

Jonathan Kreisberg Quartet au Sounds

 

Ouf .


Enfin, retrouver un peu de temps pour se mettre derrière l’ordinateur.
Du moins… celui qui me permet d’écrire sur le jazz.
Pas de temps perdre donc, revenons sur le concert de Jonathan Kreisberg au Sounds le 5 mai dernier.


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C’était un lundi, le soir de l’habituelle jam du club.
Mais Sergio avait fait une entorse à la règle pour accueillir un guitariste américain que je ne connaissais que vaguement de nom (j’avais seulement lu une belle critique dans Jazzman, voici quelques années).

Peter Hertmans, un des instigateurs de ce concert «surprise» avait envoyé des mails un peu partout pour signaler l’évènement.
Et le buzz a fonctionné: le public est venu nombreux.
Et je pense pouvoir dire que personne n’a regretté son déplacement.

Il y a pas mal de guitaristes dans la salle.
Dans le fond, je vois Laurent Melnyk, plus loin Lorenzo Di Maio et puis d’autres encore, venus d’Anvers ou de Gand. Moi, je m’assieds entre Fabien Degryse et Alain Pierre.

Jonathan Kreisberg, c’est d’abord une gueule. Une belle gueule.
Et une présence. Toute aussi belle.
Kreisberg est toujours prêt à rigoler avec ses musiciens malgré la fatigue (ils arrivaient directement de New York et n’avaient pas dormi depuis 24h.). Toujours prêt à en découdre avec le groove. Toujours prêt à montrer à ceux qui étaient venus qu’ils n’avaient pas eu tort.

Alors, dès les premiers accords, ça ne rigole pas.

Un tournoyant «Microcosme For Two» qui met en valeur l’excellent altiste Will Vinson, un punchy «21», ou encore une ballade très bien taillée dessinent sans ambiguïté l’univers du bonhomme.
C’est énergique, parfois hargneux et souvent mélodique.


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Les influences? Difficile à dire. Jonathan lui-même me dira avoir du mal à les définir. Il y a du Scofield, du Rosenwinkel, du Metheny, du Montgomery… du René Thomas même parfois aussi.
Mais il y a surtout du Kreisberg.
Jeu souple, rond et énergique.
Et un groove omniprésent.

Et puis, derrière, ça ne rigole pas non plus (point de vue musique seulement).

Il y a donc Will Vinson, un anglais exilé à New York qu’on a pu entendre avec Ari Hoenig sur «Rapscallion Cattle» sur l’album «Inversations»  (pour être honnête, cela m’avait échappé. J’ai réécouté le morceau et l’on y retrouve dans son phrasé cette densité et ce condensé d’énergie à la Chris Potter, peut-être).

Ce soir, au Sounds, c’était un peu ça aussi: Vinson emboîte le pas, sans se poser trop de questions, sur la pulsion imposée par le leader. Et quand ça trace (comme sur un morceau éclaté et inspiré d’un joueur de Bouzouki), il répond présent.

À la basse il y a Euan Burton, solide dans ses attaques et robuste dans le soutien du groupe.
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Et puis il y a l’étonnant Mark Ferber à la batterie. Oui, oui, Ferber qui accompagne Norah Jones. Autant dire qu’ici, le registre est assez différent.
Mais quel batteur !
Le geste ample, la frappe précise et délicate. Il possède un don certain pour injecter une dynamique supplémentaire à un ensemble déjà très groovy.
C’est le genre de batteur qui «se place dans le rebond», qui joue l’effet du ressort. Il est présent sans être envahissant. Il est indispensable… en toute discrétion.

Le quartette embrasse une multitude d’influences et propose un jazz résolument moderne. Sans intellectualisme et sans banalité.
Alors, quand il reprend généreusement un «Stella By Starlight» bien déjanté, on jubile.

Jonathan Kreisberg, un nom à retenir et un guitariste à revoir en concert sans aucune hésitation.

A+

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