28/04/2009

Vijay Iyer - Interview sur Citizen Jazz

Je ne sais pas si vous avez la même impression que moi, mais il me semble que le temps s’accélère.

Y a-t-il vraiment 24h. dans une journée?
Ne serait-on pas en train de nous raboter insidieusement quelques minutes par jour?

Chaque Jour?

Bref (car il n’y a pas de temps à perdre), je suis très en retard dans mes comptes-rendus de concerts (et le reste).
Alors, en attendant (si c’est possible), vous pouvez lire l’
interview que j’ai faite de Vijay Iyer pour Citizen Jazz.


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Excellent pianiste à l’univers assez personnel qui risque fort – si ce n’est déjà fait – d’influencer pas mal de monde.

Outre cette interview, je vous conseille vivement ses disques et, si vous en avait l’occasion, ses concerts.


A+

22:38 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : interview, citizen jazz, vijay iyer |  Facebook |

25/04/2009

Manu Hermia Quartet à la Jazz Station

Allez hop, un petit passage éclair (comme je l’ai promis à mes deux filles qui m’accompagnent) à la Jazz Station samedi 11 avril en fin de journée.

Comme d’habitude, il y a pas mal de monde.

Sur scène, c’est Manu Hermia est son quartette Rajazz.
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Pas de nouvelles compos au répertoire pour l’instant (Manu travaille sur différents projets qui vaudront la peine d’être entendus. On en reparlera l’un de ces quatre).
Pas de nouvelles compos, donc, mais toujours un plaisir immense à écouter «Contemplation» de McCoy Tyner ou «Internal Sigh», avec cette fabuleuse progression rythmique.

Pas de nouvelles compos, mais une terrible relecture de «I’m Just Me» introduit au Bansuri par Manu et propulsé par un Erik Vermeulen survolté et contenu à la fois.
Avec aussi un Lieven Venken subtilement énergique aux drums. Ça claque juste et ça caresse quand il faut.

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Manu poursuit au soprano avec exaltation tandis que Sam Gerstmans (qu’on avait plus vu depuis un bout de temps) fait résonner la contrebasse.
Quel son !
C’est encore plus flagrant sur «Awakening»: rondeur, profondeur, attaques franches et puissance…

C’était un passage éclair.
Un seul set.
Je l’avais promis à mes filles.
Pour une fois que j’ai l’occasion de passer un peu de temps avec elles, il faut savoir aussi en profiter.

A+

22/04/2009

Eric Legnini - Trippin' sur Citizen Jazz

 

On dit de «Trippin’» que c’est le dernier album d’une trilogie.
Eric Legnini, que j’ai rencontré dernièrement, nuançait cependant un peu le propos.


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«Trippin’» est le troisième album du trio, certes.
Et c’est sans doute le dernier dans cette formule… Pour l’instant.
De là à dire qu’il s’agissait d’une trilogie…

Mais il est vrai qu’Eric a d’autres idées en tête.
Par exemple, il a fortement envie d’accueillir une chanteuse dans son groupe.
Mais pas n’importe quelle chanteuse. Et pas pour en faire un disque de «chanteuse».

Si vous connaissez un peu Legnini, vous devez savoir qu’il est très attaché aux racines, à la soul, au gospel, à l’afro jazz.
Alors, d’où viendra cette voix? Rien n’est confirmé pour l’instant, mais il faudra chercher du côté du Mali.

Interview à suivre sur Citizen Jazz prochainement.

En attendant, ne vous privez pas de ce merveilleux album.

Vous voulez savoir ce que j’en pense ?
Lisez ma chronique ici.

A+

23:13 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : citizen jazz, eric legnini, chronique |  Facebook |

20/04/2009

Erik Vermeulen Trio - "Live Chroma" De Werf

Vendredi 10 avril, week-end de Pâques.
Direction De Werf à Bruges.
Du monde sur l’autoroute de la mer? Pas vraiment, finalement.
Et c’est pas plus mal.
Du monde à De Werf? Pas mal, finalement.
Même si il y aurait pu en avoir plus.
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Le trio d’Erik Vermeulen, ce n’est pas si souvent qu’on peut l’entendre.
Bien sûr, il y a eu la belle tournée des JazzLab Series, qui a précisément servi à l’enregistrement «live» du nouvel album que le pianiste présentait ce soir.
En effet, certains morceaux ont été enregistrés à Grimbergen, d’autres au Meent ou au Beurs… et quelques solos chez Erik même.

Et comme c’est la présentation de «Live Chroma», Erik a décidé de respecter la set-list et de jouer la plupart des morceaux du disque.

«Three Colors and More», puis «Morphos» pour débuter.
Intimistes et légèrement romantiques, ces deux morceaux me font penser que si Bill Evans avait été encore vivant, il aurait peut-être pu jouer comme cela… avec cette touche contemporaine en plus. Celle qui rend le jeu de Vermeulen unique.
Ce qui laisse un peu dubitatif Erik, quand je lui en parle… mais je persiste.
Sur d’autres morceaux, on entend d’autres influences (Monk ou Tristano, par exemple). Mais le pianiste possède un jeu tellement personnel qu’il serait vain de lui trouver des similitudes avec ses illustres prédécesseurs.

Et puis, que dire de la rythmique?
L’interaction entre Manolo Cabras (cd) et Marek Patrman (dm) est en tout point idéale. Avec eux, Vermeulen est comme un poisson dans l’eau.
L’entente, l’écoute et la compréhension sont parfaites.

Cela permet au trio d’explorer continuellement les espaces ouverts.
Sur «Broken», qui porte bien son nom, le groupe joue les cassures rythmiques accentuant parfois un peu les dissonances. Sur «Three For A Ballad» (qui n’est pas sur l’album), la batterie marque le contrepoint plutôt que de se contenter de jouer un rôle plus conventionnel.
En reprenant «Proposal N°1» (de l’album précédent «Inner City») Manolo Cabras impose un groove qui prend soin d’éviter tout le temps l’ordinaire.
Nous voilà toujours en alerte.
C’est de la musique en trois dimensions qui se crée perpétuellement devant nous.
Une musique intelligente et toujours accessible.
Car si elle parle à l’esprit, elle touche aussi le cœur.
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Alors, il y a aussi cette belle ballade triste «The Old Century», ou ce «2/8» en forme de bop aux virages en épingles, qui nous emmènent obligatoirement hors des sentiers battus.
Du Vermeulen, quoi.

Pour conclure, le trio nous offre «Everything I Love» (de Cole Porter) et en rappel «Re:Person I Knew» de… Bill Evans.
Quand je vous disais que Bill n’était pas loin…

Dois-je vous dire aussi que «Live Chroma» est un must ?

A+

18/04/2009

Seb Llado Quartet au Théâtre Marni

Seb Llado, je l’avais vu avec l’ONJ de Claude Barthélémy, il y a quelques années de cela.
Au Théâtre Marni, déjà.

Seb llado n’a jamais enregistré sous son nom (oui, bien sûr il y eu le mythique «Spice ‘Bones» avec Manu Codjia, Daniel Zimmermann, Julien Chirol, etc…), mais on l’a plutôt entendu avec Wise, David Patrois, Mederic Collignon et d’autres.
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Seb Llado, je le connais depuis longtemps (merci le mail, merci internet! Qu’est ce que ce sera quand j’aurai mon Myspace!).

Mais vous aussi vous le connaissez !
Mais si! Allons voyons…! Le fameux motif mélodique au trombone sur le méga hit «New Soul» de Yael Naïm: c’est lui !

Seb Llado était de retour au Théâtre Marni, tout sourire, ce jeudi 7 avril avec son quartette.

«Lady’ First», pour commencer le concert.
Normal, Seb est un garçon galant.
Mais surtout, il est entouré de trois excellentes musiciennes: Julie Saury (dm), Thérèse Henry (eb) et Leila Olivesi (Fender Rhodes).

Avec ce quartette, il explore un jazz quelque peu fusion où se mêlent le funk, la pop et la soul. La basse électrique de Thérèse Henry n’est pas pour rien dans cet esprit parfois un tantinet jazz-rock (habituellement c’est Hélène SzantoMiss Legnini - qui tient la… contrebasse). Alors, si en plus il y a quelques thèmes de Hancock ou Shorter au programme…
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Leila Olivesi alimente également cet esprit en passant avec habileté du Fender au clavier digital. Ses attaques sont franches et possèdent toujours cette petite pointe de moelleux, toute féminine, qui enrobe des impros très mélodiques et hyper groovy. Elle chante les notes et invente de très belles phrases, pleines de punch.

Llado, qui aime parler et blaguer entre les morceaux, possède un jeu clair, vif et tranchant. Il délaisse parfois le trombone pour jouer des conques !
Un «instrument» qu’il a beaucoup étudié, à l’instar d’un Steve Turre (autre tromboniste qui aime les coquillages).
C’est amusant mais pas si iconoclaste que ça.
Il s’en sert avec intelligence. Il en a de différents calibres qui lui permettent de jouer dans différentes tonalités.
Quoi de plus normal, avec cela, de revisiter «La Madrague» de Brigitte Bardot.
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Entre les compositions personnelles («Le Miroir aux alouettes» ou «Attentat suicide Rue des Lombards» - on se demande ce que cela veut bien dire ;-))  ), qui laissent entendre un jeu parfois plus ouvert, un peu plus déstructuré ou rageur, Llado glisse un «Too High» de Stevie Wonder.

Le groupe peut se laisser aller à de belles improvisations – Llado laisse pas mal de place à ses compagnes de jeu – où l’interaction et la complicité sont évidentes.
Glissandos brefs et incisifs se partagent avec des amorces de growl ou des phrases ondulantes.
L’ensemble est rehaussé par le drumming ensoleillé et charnu de Julie Saury qui n’hésite pas à y inclure de temps à autre des accents jungle.

Allez mettre une étiquette sur ce jazz après tout ça…
Je tente ?
Alors, je dirais: plaisir sans complexe. C’est pas si fréquent.

A+

13/04/2009

Radoni's Tribe - CD Release au Sound

Voilà plus d’un an, Paolo Radoni nous quittait.
Brutalement.

Paolo était guitariste mais aussi un superbe compositeur.
On s’en rend encore mieux compte à l’écoute de ce très bel album qui lui rend hommage: «Let Me Hear A Simple Song».

Radoni’s Tribe !
La belle idée.
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Cette tribu, dont les membres ont bien connu Paolo, s’est formée simplement, facilement, naturellement. Comme l’aurait aimé Paolo.

C’est Brigitte, son épouse, qui eut l’idée avec Paolo Loveri de réunir Gino Lattuca, Ben Sluijs, Charles Loos, Bart De Nolf, Alex Furnelle et Bruno Castellucci pour revisiter quelques unes des plus belles compositions du guitariste.
Dans cette tribu, on y retrouve aussi Chrystel Wautier, Christine Schaller, Frank Wuyts, Denis Van Hecke, Fanny Wuyts, Peter Hertmans et Philip Catherine… Excusez du peu…

La belle idée, c’est aussi d’avoir demandé à Michel Herr d’en faire les arrangements.
Le résultat est en tout point merveilleux et les mélodies en sont magnifiées.
Quel superbe travail.

Su ce disque, il y a beaucoup de ballades – mais quelles ballades ! – et peu de morceaux rapides («Touch Of Silver» et «My Li’l Angel»). Pourtant, l’album est très varié, car les thèmes et les mélodies sont riches.

Au Sounds, ce vendredi 3 avril, la troupe au grand complet présentait officiellement la sortie du disque.

Il y avait beaucoup de monde, bien sûr, et l’ambiance était chaude et amicale.
Pas trop de nostalgie mais plutôt une envie de faire la fête à Paolo. Sobrement.
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Plutôt que de vous faire le concert dans le détail, je préfère vous conseiller de vous procurer cet album au plus vite.
C’est un petit bijou, je vous dis.

Mes coups de cœur ?
«Let Me Hear A Simple Song» bien sûr, pour les superbes arrangements, pour la voix de Chrystel, pour les interventions de Gino.
Comment ne pourrais-je pas avoir la gorge serrée à l’écoute de ce morceau? Pas qu’il soit triste, au contraire, mais parce que je me souviens l’avoir entendu chanté par Chrystel pour la toute première fois au Sounds en compagnie de…Paolo lui-même.

«Levante», pour son aspect modal, pour cette mélodie mystérieuse et sensuelle. Pour le sax de Ben Sluijs (extraordinaire tout au long de l’album!).

«Chove sol» pour le duo de guitares ente Philip Catherine et Paolo Loveri.

«Cupid’s Wings» pour Charles Loos…

«Trapèze» pour cette ritournelle entre Loveri et Loos qui vous fait siffloter le reste de la journée.

«Milano Per Caso», pour son petit côté «Nino Rota», avec des arrangements décalés de Frank Wuyts…

Et puis, «Ballad For One» pour Peter Hertmans… et le jeu de Castellucci aux balais…

Et puis «Vento»…spectral.

Oh… et puis, tous les autres morceaux aussi…

A+

12/04/2009

Pascal Niggenkemper Trio à L'Archiduc

Samedi 28 mars, c’était un peu de New York à Bruxelles.
On se serrait à l’Archiduc pour voir et écouter le trio du contrebassiste Pascal Niggenkemper avec Robin Verheyen (ts & ss) et Tyshawn Sorey (dm).
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Ok, il y a un Américain, un Allemand et un Belge, mais c’est à New York que ces trois-là se sont rencontrés.
Et ils nous ont ramené une belle dose d’énergie de la Grosse Pomme.

Dès les premières notes, le ton est donné: le curseur «puissance» est positionné sur «maximum».
Il faut dire qu’il y avait du monde et du bruit… beaucoup trop de bruit.

Alors, plutôt que de nous la jouer «modéré», nos trois musiciens décident d’y aller à fond. Ce qui eut pour conséquence d’augmenter encore un peu plus le brouhaha ambiant.
Mauvais choix… Ce fut le seul.

Et donc, comme un volcan qui entre subitement en éruption, le trio fait éclater les sons!
La frappe de Tyshawn Sorey est sèche et ultra-puissante.
Le batteur est véloce et son tempo très soutenu.
Il tape avec tellement de véhémence que sa batterie se démantèle presque. À plusieurs reprises, il doit ramener à lui la grosse-caisse qui tente de se défile sous ses coups.

Niggenkemper cravache sa contrebasse.
Il tire les cordes avec une ferveur incroyable et soutient un rythme haletant.

Et puis, il y a Robin Verheyen, à chaque concert toujours un peu plus surprenant. Il fait brûler son ténor, se balance dans tous les sens, accompagne sa musique dans une danse erratique.

On est proche de la New Thing et «Rush Hours In The Bathroom» porte bien son nom.

Les autres thèmes, souvent joués avec force, sont pourtant très nuancés, complexes et bourrés de variations.
«Brother» ou «La maison d’été», par exemples, sont très ouverts, très évolutifs.
Les compositions de Niggenkemper laissent beaucoup de place aux improvisations et Verheyen, déchaîné, plonge dedans avec jubilation.
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Tyshawn est capable d’un jeu éblouissant de musicalité et d’écoute.
Car ce soir, même si la frappe est sèche et puissante, elle est surtout d’une justesse époustouflante. Il distribue précisément les sons : entre deux notes, deux intervalles, deux accords.
C’est brillant.
Et puis, il impose un tempo et un groove qui empêchent Robin et Pascal de baisser d’intensité.

Sûr que si le public avait été moins bruyant, le trio aurait proposé plus de morceaux où les silences jouent un rôle important (comme sur le superbe «Tree Free» par exemple).
Car après tout, il ne faudrait surtout pas occulter la musicalité ni le sens des harmonies de toutes ces compositions.

Pour s’en convaincre, et en attendant un prochain passage en Belgique dans des conditions moins extrêmes, il suffit d’écouter l’album «Pasàpas»… surprenant et de très haute tenue.

À tenir à l’œil et à l’oreille !

A+

08/04/2009

Al Orkesta à la Jazz Station

 

Un petit retour à la Jazz Station.
Mercredi 25 mars c’était  pour la session Gare Au Jazz, organisée par les Lundis D’Hortense (et enregistrée par Musiq3).
Au programme: Al Orkesta de Joe Higham.
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Joe est un saxophoniste influencé par diverses courants dont les musiques orientales, (qu’il a minutieusement étudié), juives, africaines, le rock et bien sûr le jazz.
Il a d’ailleurs beaucoup joué avec des formations klezmer ou arabes (mais aussi avec Chris Mentens, François Decamps, etc…).

Comme il le dit lui-même, il n’est pas puriste (mais qui est pur?) et s’est nourri de tous ces chants durant toute sa vie.
Riche de tout cela, il a créé sa propre musique après avoir longtemps cherché la bonne formule et les musiciens pour la faire.

Les musiques d’Al Orkesta (c’est le nom du groupe), sont souvent festives et dansantes. Elles sont souvent chaudes et possèdent toujours cette petite pointe d’amertume que l'on retrouve dans les musiques orientales ou slaves (ha oui, la musique des Balkans fait aussi partie du projet).
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«House Of The Mariage» est un traditionnel Turc, revu par le groupe et «Sal fi-na al-landha» est basé sur un traditionnel Syrien.
C’est enlevé et rythmé à souhait.

Jean-Paul Estiévenart (qui a l’habitude de ce genre de musiques et de formations puisqu’il joue aussi avec le Marockin’ Brass) et Jacques Pirotton colorient l’ensemble de façon étonnante.
Assez typée pour le trompettiste et plutôt rock pour le guitariste.
Étonnant et excitant.

Après un intermède intime et nocturne («Valse Immonde»), le groupe repart sur des morceaux plus fougueux, toujours présentés avec beaucoup d’humour par le leader.
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«Maflouz» se gorge de soleil petit à petit et «Saz Samai» laisse entendre un Pirotton assez rockeur tandis qu’Olivier Stalon (eb) s’embarque dans un solo fiévreux. Puis, le bassiste «enfonce» profondément une cadence hypnotique. Une sorte de transe s’installe.

Stephan Pougin (dm) rythme les thèmes avec beaucoup de sensualité.
Avec ses baguettes ou avec la paume des mains, les sons brillent ou se font mats. On dirait une fine pellicule de sable qui se dépose délicatement sur les mélodies.

Le sax est voluptueux et il serpente autour des attaques de la guitare ou des volutes de la trompette.

Al Orkestra nous fait voyager tout en rythme, avec humour et légèreté, de la Méditerranée aux Balkans.
Un peu à cloche-pied.
Une fois sur le droit, une fois sur le gauche.
Finalement, c’est plus amusant comme cela… et ça nous emmène peut-être même plus loin.

A+

05/04/2009

Michael Musillami Trio à Brassages

En allant à Brassages le dimanche 22 avril au soir, j’étais intrigué à l’idée de savoir ce que j’allais découvrir sur scène.

Joe Fonda et George Schuller ne m’étaient pas inconnus.
Le premier a longtemps travaillé avec Anthony Braxton, a enregistré avec Bruno Angelini et Ramon Lopez et a également enregistré en Belgique (avec André Goudbeek ou Gibert Isbin, par exemples).
Le second n’est autre que le fils de Gunther Schuller (qui fut à la base du Third Stream et joua avec Dolphy, entre autres), et est un excellent batteur trop peu visible chez nous.
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Quant à Michael Musillami, guitariste et leader du groupe, il m’était totalement inconnu…
Mais mon déplacement dans la campagne brabançonne fut hautement récompensé.

Indéniablement, ce trio possède une sacrée personnalité.
Il trouve sa force dans l’alternance de pièces assez hermétiques (ou du moins complexes et nébuleuses) et des thèmes construits sur un blues ou un jazz des plus roots.

Il y a chez ces trois-là une énergie peu commune, un sens du groove et une connaissance incontestable de l’histoire du jazz.
Le résultat? Une musique sophistiquée qui, jamais, ne se prend la tête et reste à tout moment accessible.
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On est d’ailleurs rapidement tenu en haleine par la richesse du jeu des trois jazzmen.
Il y a d’abord Joe Fonda qui se bat avec sa contrebasse, il l’enveloppe, tourne autour, danse avec elle. Il se retire avec elle pour laisser les autres jouer. Puis, il revient la planter au milieu de la scène. Il en fait sortir des sons incroyables, vibrants, puissants et parfois sales. Les cordes claquent sur le bois, elles résonnent sous ses doigts.
C’est rauque et bouillonnant.
Parfois, il utilise l’archet pour faire glisser la musique vers des contrées plus mystérieuses.

Musillami invente des phrases toujours différentes, très créatives.
Il rebondit sur toutes les impros et en propose de nouvelles. Il joue sur tous les registres, il passe du blues au gospel sans oublier un jazz plus «européen».
Le guitariste y va à fond. Il joue «dedans».
Sans aucun artifice, sans pédale ni effets quelconques.
Le jeu est virtuose et brut. À l’américaine.

Tout est découpé avec précision et nervosité.
Le trio joue la tension et la détente.
Et l’humour aussi, parfois, comme sur «Beijing» où Fonda esquisse quelques notes de «St Thomas», ou lorsqu’il introduit à l’archet un «Swedish Fish» plein de vitalité.
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La vitalité, on la retrouve aussi dans le jeu d’une qualité exceptionnelle de Schuller.
Le batteur manie avec élégance les polyrythmies complexes et le swing, l’éclat et le murmure, la puissance et la douceur.
Toujours à l’écoute et au service de la musique.

Le trio mélange les genres avec une rare intelligence et le groove est omniprésent.

Une heure et demie de jazz intense!
Mais pourquoi étions-nous si peu nombreux ce soir-là?

À revoir absolument devant une salle comble. Ce trio en vaut vraiment la peine!

A+