14/03/2009

Pierre de Surgères et les Anacoluthes - Sounds

Après le concert d’Octurn au KVS, j’arrive au Sounds pour écouter le deuxième set de Pierre de Surgères et ses Anacoluthes.

Je ne savais franchement pas à quoi m’attendre même si le mot «anacoluthe» aurait dû me mettre sur la voie.

s000
(L’anacoluthe n’est pas qu’une insulte du Capitaine Haddock, c’est aussi et avant tout une rupture syntaxique, une sorte de mélange de phrases, qui la rend parfois complexe mais qui ajoute au style.)

Et Pierre de Surgères s’est mis dans la tête de jouer avec la grammaire jazzique.

Il propose donc une musique qui demande autant d’attention de la part du public que de la part des musiciens.

Nicolas Kummert au sax, Pierre Bernard à la flûte, Boris Schmidt à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie: autant d’excellents musiciens capables de faire vivre ce jazz complexe avec beaucoup d’émotion et d’intensité.
Pas facile pourtant, quand on sait que le groupe s’est formé très récemment et qu’il a peu répété.
Mais c’est ça aussi la magie du jazz…
s001
Capable d’une délicatesse extrême, qu’il délaisse un peu ce soir, Pierre de Surgères insiste souvent sur les motifs harmoniques, souligne fortement les contrastes, accentue les dissonances, joue souvent rubato.
Il brouille les pistes.
Il joue aussi la jachère ou la terre brûlée. Il abandonne ce qu’il a initié laissant le soin aux autres de reconstruire en toute liberté.

Pierre Bernard, à la flûte, apporte une couleur parfois en rupture avec l’ensemble. Une rupture qui donne du relief et qui ajoute un supplément d’émoi.

À ses côtés, Nicolas Kummert tranche les thèmes autant qu’il les adoucit.
Il est toujours sur le fil, toujours prêt à rebondir, à renforcer un point de vue… ou à prendre le contre-pied.
s003
Boris Schmidt, à la contrebasse, soutient l’ensemble, retient, replace, prend de l’avance, s’enfuit et revient.
Teun Verbruggen, lui, est dans son élément.
Il sculpte les tempos, brise les rythmes, façonne les phrases… une fois à l’endroit, une fois à l’envers.

Et le plus incroyable, c’est que tout cela tient debout.
s002
La musique est complexe («Paloma», «Nautilus») et parfois énigmatique (on pense de temps en temps au travail d’un Tim Berne, par exemple), mais elle sait aussi se faire plus accessible («Neige») qui rappelle un peu plus le lyrisme particulier d’un John Taylor, peut-être.

Pas toujours simple donc, mais toujours intéressante, la musique de Surgères sait nous titiller, nous provoquer et nous pousser à réfléchir – comme le pianiste le fait avec ses musiciens – sur les structures, les sons, le sens et les histoires qui en découlent…

Les Anacoluthes portent décidemment bien leur nom.

A+

Les commentaires sont fermés.