27/02/2009

Vijay Iyer Trio - De Werf - Brugge

Les dirigeants du Werf sont encore un peu grogy après avoir pris connaissance du préavis négatif du ministère de la culture de la communauté néerlandophone concernant leur «centre culturel».
De Werf a tant fait (et fait encore tant) pour le théâtre, les activités culturelles pour les enfants et pour le jazz, que cette décision reste assez incompréhensible.
Mais Rik Bevernage reprend espoir lorsqu’il m’annonce que déjà plus de 7000 signatures ont été récoltées suite à la pétition «Red De Werf».
Espérons que cette histoire ne soit qu’un vilain couac dans la vie du Werf et que ce dernier puisse continuer son activé sans problème.
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Ce samedi 14 février, les amoureux du jazz sont venus nombreux à Bruges pour écouter le concert en trio du pianiste Vijay Iyer.
Tout comme moi, ils ne voulaient pas manquer ça !

Vijay est né au States, de parents Indiens (d’Inde, pas d’Amérique), et il fait partie de cette toute première génération à avoir grandi là-bas.
Il s’est construit un univers musical aux côtés de Steve Coleman, Roscoe Mitchell, Wadada Leo Smith,… entre autres. Il forme une paire absolument époustouflante avec un autre fils d’émigré indien: Rudresh Mahanthappa (dont j’avais déjà parlé ici). Bref, des noms à retenir (et ce ne sont pas Hubert Dupont, Chander Sardjoe, David Gilmore, Mike Ladd ou encore François Moutin qui me contrediront).

Le trio de Vijay Iyer, c’est Stephan Crump à la contrebasse et le jeune Marcus Gilmore (Petit fils du grand Roy Haynes et neveu du cornettiste Graham Haynes) à la batterie.
Il n’y a pas à dire, ce groupe a trouvé une voix très personnelle et très innovante.
Entre jazz modal et polyrythmie, entre écriture serrée et modulation lâches, entre complexité et évidence. Du vrai jazz moderne.

Soudé et attentif, le trio propose un jeu souvent intense.
Marcus Gilmore redouble les rythmes et semble parfois jouer hors tempo pour accentuer les reliefs, pour mieux «revenir dedans». En toute décontraction et légèreté.
Fascinant.
Son jeu est incisif sans cependant être agressif. Il possède une frappe précise et délicate, d’une profondeur incroyable.
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Chacun des musiciens semble jouer sur une ligne imaginaire différente et pourtant la cohésion est parfaite.

La musique est dense («Aftermath»).
La musique tourbillonne aussi.
Comme sur «Macaca Please» ou «Window Text» qui procèdent par cycles, par couches rythmiques.
Sans jamais tomber dans la démonstration, Vijay Iyer utilise l’indépendance des deux mains avec une facilité déconcertante.
Ses compositions sont toujours très élaborées (peut-être complexes, mais jamais inaccessibles) et ne manquent jamais de groove ni de swing.
Elles sont pleines de rebondissements, de décalages, de temps suspendus.
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Stephan Crump, à la contrebasse, semble chanter sur le tempo du batteur tout en inventant une autre ligne mélodique.
La sienne? Celle du pianiste?
Difficile à cerner.
Et pourtant tout se tient.
Comme des fils de différentes couleurs qui tissent une étoffe riche et brillante.

Le jeu du trio est foisonnant d’idées, de changements de directions, de rythmes improbables.

Rien n’est appuyé ni forcé. Tout est fluide et naturel.
Tant dans les improvisations débridées (et cependant extrêmement maîtrisées) que dans les moments plus intimistes ou lyriques («I’m All Smiles»).

Ce samedi soir à Bruges, Vijay Iyer et son trio nous ont proposé un jazz d’exception, intelligent et neuf.

Après le concert, j’ai eu l’occasion d’interviewer Vijay pour Citizen Jazz.
À lire prochainement.

En attendant le retour du pianiste en Belgique, je ne peux que vous inviter à découvrir (si ce n’est déjà fait) ses différents albums…
Des «must» !


A bon entendeur.

A+

Commentaires

Bonjour, pourriez-vous prendre deux petites minutes pour moi svp.
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Merci et grace à vous, ça se réalisera peut-être.
Riki

Écrit par : Riki | 04/03/2009

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