20/02/2009

Jereon Van Herzeele / Jörg Brinkman au Beursschouwburg

Rattrapons le temps perdu ! (Deuxième épisode)

5 février.

En plus de présenter d’excellents groupes belges sur les scènes de Flandre et de Bruxelles, d’être associé à Jazz Unlimited (Nord Pas-de-Calais) et aux Lundis D’Hortense, JazzLab Series s’est intégré également dans Jazzwerkruhr (Jazz Plays Europe) afin de nous proposer quelques groupes d’outre-Rhin.

Ce soir, au Beursschouwburg, avant le concert de Jereon Van Herzeele, j’ai découvert un intéressant trio allemand: Jörg Brinkmann Trio, qui vient de sortir un premier album chez ACT: «Ha!».
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Ce jeune groupe allie jazz post-bop et jazz contemporain avec une belle énergie.
Le leader utilise son violoncelle - hé oui - en pizzicato, comme on le fait avec une contrebasse, ou alors avec l’archet comme on le fait avec un… violoncelle.

Les ambiances sont tantôt nerveuses, tantôt contemplatives («Kleinod»).

Le trio s’aventure parfois aussi dans des musiques de factures plus classiques ou au contraire plus pop («Live in Hamburg»).

Continuant dans le mélange des genres, le trio joue aussi les effets bruitistes avec Oliver Maas au Rhodes (façon Bojan Z), tandis que le batteur Dirk-Peter Kölsch joue de la trompette d’enfant, du megaphone, ou maltraite sa batterie avec plaisir…
Puis on passe à la valse («Hühner-Walzer»), on enchaîne sur une sorte de danse folklorique, puis un quadrille, puis un jazz plus rock.
Tout cela avec une belle cohérence qui donne une certaine personnalité au groupe.


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Jereon Van Herzeele
, lui, s’est entouré de Fabian Fiorini (p), Giovanni Barcella (dm) et Jean-Jacques Avenel (cb) pour former son nouveau quartette.

Son travail est basé sur les préceptes de la musique Coltranienne.
Sur le Coltrane ultime, celui qui est à la lisière du free, celui qui monte de façon incantatoire vers les cieux, celui qui se perd dans les astres.

Alors, tout le monde y va à fond dès le départ.
La fusée décolle à la verticale.
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Barcella fait bouillonner la batterie, Fiorini incendie le piano, Avenel pétri avec rage sa contrebasse et Van Herzeele souffle comme un fou - aigu ou grave - pour tenter de percer la voûte céleste en un jeu orgasmique.
C’est intense. Solaire. Cosmique.

Il n’y a pratiquement pas de palier, on est catapulté d’un seul coup très haut et très loin. Sans option de retour.

Le quartette atteint rapidement un niveau très élevé et s’y maintien.
Difficile d’aller au-delà d’une telle intensité.
Le groupe alterne les compositions originales (Mode3, Mode 7, Song For Xero) avec les morceaux les plus radicaux de Coltrane (Leo, Venus) et de Steve Lacy (As Usual).
Il se donne à fond.
Jamais la tension ne baisse.
Chacun pousse toujours la machine plus loin.
La musique s’embrase. On joue la polyrythmie, les modes cycliques, les intervalles très marqués.

«C’est épuisant», me dira Jereon en sortant de scène.
Tu m’étonnes !

C’est épuisant, mais c’est ça qui fait du bien.
C’est comme si la musique nous débarrassait des toxines.
Ça lave la tête et fait de la place aux idées nouvelles.

Et surtout, ça se vit en live.

C’est du jazz, quoi !
Du bon jazz.


A+

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