29/12/2008

Hommage à Pierre van Dormael au Sounds


Plus frustrant encore que de ne pas avoir le temps d’écrire, c’est de ne pas avoir le temps d’aller aux concerts.
Imaginez-vous que le dernier auquel j’ai assisté, c’était le 18 décembre au Sounds : l’hommage à Pierre Van Dormael.
Mais il était mémorable.
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C’est bien sûr une majorité de guitaristes qui s’étaient donnés rendez-vous au club (Alain Pierre, Peter Hertmans, Serge Lazarevitch, Marc Lelangue, Marco Locurcio, Victor Da Costa, Philip Catherine, Alain Pierre et j’en oublie… qu’ils me pardonnent).
Tous les musiciens qui ont compté ou qui ont sans doute beaucoup appris aux côtés de Pierre.
Il y a des guitaristes, bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres instrumentistes. Et des amis. Et la famille de Pierre, dont son frère, Jaco.

Le club est quasi comble et les bénéfices de la soirée serviront à financer l’édition d’un ouvrage écrit par Pierre « Four Principles to Understand Music » (asbl Art Public).

Christine Rygaert nous a concocté un programme de choix.

Pour l’occasion, Atachin s’était reformé. Le temps d’un soir.
La musique de Pierre flotte instantanément dans la salle.
Et tout au long de la soirée il y régnera un profond respect.

Le public est d’ailleurs très attentif à l’écoute du duo d’Alain Pierre et Peter Hertmans sur un morceau d’Abercrombie.
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Puis, Barbara Wiernik (voc) et Olivier Stalon (el.b) rejoignent Alain Pierre pour interpréter un morceau de Joni Mitchell et aussi «Time After Time».
Deux chansons que Pierre aimait beaucoup.

Avec Charles Loos (p), Nic Thys (b) et Serge Lazarevitch, Barbara enchaîne sur une superbe interprétation de «The Art Of Love» (que l’on retrouve sur l’album incontournable que Pierre avait enregistré avec David Linx et James Baldwin : «A Lover's Question»).
Frissons de plaisir.
Le pianiste dialogue ensuite avec le contrebassiste et le guitariste sur «Le temps qui grandit» et «La voie lactée», celle où Pierre, qui a toujours été très mystique, doit sans doute y briller à l’heure qu’il est.

Marc Lelangue (voc, g), avec Laurent Doumont (s), Nic Thys et Jan De Haas (dm), vient nous rappeler que Pierre connaissait aussi toutes les chansons de Bob Dylan.
Entre folk et blues, la voix profonde de Lelangue se fait vibrante.

On a décidé de ne pas faire de break. Il n’y aura pas de premier, de deuxième ni troisième set. Tout s’enchaînera et la soirée sera très longue.
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Anne Wolf prend place au piano.
Nicolas Kummert, Manu Hermia et Michel Seba (perc) l’accompagnent.
C’est «Estelle sous les étoiles», extrait d’un autre album incontournable de Pierre : «Vivaces», dans lequel jouaient tous ces musiciens.
Avant de continuer sur un air brésilien où l’on retrouve Victor Da Costa à la guitare et un Nicolas Thys dans un solo de basse extraordinaire, le groupe laisse la place à Ivan Paduart et Philip Catherine.
«Between Us» est sobre, sensible, magique.

Olivier Colette s’installe aussi au piano pour jouer (toujours avec Seba, Thys et Hermia) un «Undercover» intensément bluesy et riche. Ici aussi Thys est impérial, bien que ce soit la toute première fois qu’il joue ce morceau.
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C’est la première fois aussi que j’entends Jennifer Scavuzzo en live.
Elle est accompagnée par Marco Locurcio et Nicolas Kummert et «Love Me Always» penche un peu vers la soul music.
La voix de Jennifer est belle, légèrement graineuse et remplie d’émotion.
Superbe moment.
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Nathalie Loriers propose alors deux de ses propres compositions.
D’abord un très lyrique « Plus près des étoiles » et ensuite un swinguant et très «bopish» (comme disent les Américains) «Intuitions & Illusions».
Philippe Aerts est à la contrebasse, Kurt Van Herck au sax et Jan De Haas à la batterie.
Je le répète, et je n’arrête pas de le lui dire chaque fois que je la vois, Nathalie doit refaire un projet en trio ou quartette, c’est vraiment trop bien ! Qu’attend-elle ?
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Après «Mon ami Georgio» joué au piano par Michael Blass, on a droit à un quatuor vocal éblouissant.
Je n’ai pas retenu les noms de ces quatre vocalistes présentées par Kate Mayne, et je le regrette, car elles m’ont littéralement bluffé !
L’ensemble est d’une justesse et d’une maîtrise imparable.
«If I Were A Giant» et «My Little Elephant» subjuguent l’audience autant que moi.
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On change de registre, mais on reste toujours dans l’émotion, avec Chris Joris, au Bérimbau d’abord et avec Toine Thys à la clarinette basse (!!), et ensuite en trio de percussions avec Fred Malempré et Michel Seba.
L’ambiance est bouillante!

Barbara Wiernik revient alors sur scène avec Alain Pierre, Pierre Bernard (fl) et Olivier Stallon.
Puis c’est à nouveau Manu Hermia, et Nicolas Kummert et Pierre Lazarevitch, et puis encore d’autres prennent la place, et puis d’autres… etc.. etc…
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Il est déjà plus de deux heures trente du matin.
La fête à Pierre continue.
Je rentre.

On remettra ça le 28 janvier 2009 au Théâtre Marni, cette fois-ci.
Avec Octurn, Hervé Samb (avec qui Pierre venait d’enregistrer un dernier et merveilleux album), David Linx ou encore Aka Moon
Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous-là non plus.

A+

20/12/2008

aRTET - au Sounds

Le boulot, la crise, le rush perpétuel…

Avec tout ça, je ne suis plus «à jour» avec mes comptes-rendus de concerts (du moins ceux que j’ai vu, car j’ai raté Yaron Herman et Avishaï Cohen à Flagey, le concours «International Young Singers» au Music Village - juste eu l’occasion de passer en fin de soirée et de discuter avec David Linx et Diederik Wissels - Saxkartel à la Jazz Station,  ou encore l’
European Saxophone Ensemble au Kaaitheater).

Retour en arrière.
Fin novembre (déjà!) avec aRTET.
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ARTET joue tout acoustique.
C’est peut-être banal, mais ça m’a frappé lors de leur concert au Sounds.

Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à voir François Delporte devant une série de pédales étalées à ses pieds et Tom Callens amplifiant le son de son saxophone…
Hé bien non.
Formule résolument «jazz».

Sans effets  de distos, de pédales wha wha ou de cry baby, Delporte ne s’empêche pas de tirer des sons «biscornus» de sa Fender. Ainsi, sa guitare se fait presque sitar lorsqu’il nous entraîne, par exemple, aux portes de l’Orient avec «Madrid-Instambul»…

Puis, on flâne en cours de route sur des balades jouées cette fois-ci à la guitare sèche («Rain»).
La plupart des morceaux se donnent d’ailleurs le temps de se développer: aRTET soigne la ligne mélodique.
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Parfois, Tom Callens se fait plus incisif, tout comme le batteur Lionel Beuvens (décidément à l’aise dans beaucoup de registres), même si les structures restent assez claires.
Et Ben Ramos soutient parfaitement l’ensemble au son d’un jeu de basse très moelleux.

Avec «Watt’s Up» (morceau-titre de l’album paru chez De Werf) on sent un petit clin d’œil à Wes. C’est nerveux et pêchu en diable. Tout comme «The Rope», qui lui, fait référence à Hitchcock et se permet, du coup, quelques surprises rythmiques.
«Smoke» est plus «swing», «You Said?», assez langoureux et «Santa’s Funeral» joue la mélancolie parsemée de petites phrases simples et plus optimistes.
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On sent vraiment aRTET à la recherche d’un son de groupe et d’une envie de délivrer un jazz actuel influencé par mille et une musiques. Difficile de les situer dans un courant bien précis.
On y entend aussi bien du rock que des ambiances un peu «ECM» ou encore des rythmes venus des Balkans… Tout ça, enveloppé dans un jazz plutôt traditionnel.
C’est tout l’art d’aRTET.

À suivre.

A+

14/12/2008

Igloo, trente ans, rien que du bonheur.

On avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 30 ans d’Igloo.
Le Théâtre Marni avait fait le plein et l’on y croisait du joli monde.

En attendant l’article à paraître sur Citizen Jazz bientôt, je vous fais part de mes coups de cœur de la soirée…
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J’ai bien aimé le sourire de Greg Houben quand il m’a vu au bord de la scène.
Et puis, j’ai bien aimé son nouveau trio, sa manière d’intégrer la pop dans le jazz.
«For No One» des Beatles, par exemple, est une belle réussite.
Tant mieux, parce que les Beatles, pour moi, c’est sacré !

J’ai bien aimé le sourire et l’accueil de Christine Jottard, attentive à ce que tout le monde soit content.
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J’ai bien aimé les sourires et la complicité entre Etienne Bouyer et Cécile Broché.
L’album «Soundscapes» est passionnant de bout en bout et leur mini-concert de ce soir était subjuguant. Cette musique que l’on pourrait croire «difficile» est en fait très accessible  tellement elle est intelligemment composée, arrangée et jouée.
Le résultat est éblouissant.
Et bien sûr, j’ai bien aimé aussi la conversation avec Cécile en fin de soirée.
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J’ai bien aimé le concert solo de Mathilde Renault.
Son univers un peu baba…
Son envie de chanter malgré sa voix cassée.
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Je n’ai pas aimé, mais j’ai adoré, les quelques morceaux qu’Eve Beuvens nous a présenté ce soir.
Je pense qu’elle a vraiment trouvé un son et une voix particulière avec son trio.
Et ce n’est pas facile de se distinguer avec une telle formule.
Les compositions sont inspirées, subtiles et d’une telle fraîcheur !
La connivence entre Eve, Lionel et Yannick se ressent tellement dans cette musique que celle-ci en ressort plus forte encore.
Magnifique.
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J’ai bien aimé l’attitude cool de Joost van Schaik, préparant sa batterie pendant que Jules meublait.
Et bien sûr, j’ai bien aimé le trio de Pascal Mohy.
Musique de velours aux reflets brillants. La classe.
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Et puis, j’ai beaucoup aimé le trio de Thomas Champagne.
Ça cogne, ça trace, c’est terriblement actuel.
Et l’album tient toutes ses promesses.

Et puis, j’ai aimé revoir Jos Knaepen ! Et Christine et Jean-Pierre et Laurent et Philip et André et Babila et Uxia et Georges et Morgane et Nicolas et Fabrice et Mélanie et Jacobien et… et… et…
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Quel bel anniversaire.

A+

08/12/2008

En attendant la suite... Robin Verheyen

Tout se bouscule ces derniers temps.
Difficile de suivre le rythme.
Je dois encore vous parler du concert des 30 ans d’Igloo (vraiment une très belle soirée au Marni), du concert de «aRtet» au Sounds, de ma discussion avec le trompettiste bulgare Alexander Wladigeroff (son album «Wanderer In Love» est une
étonnante et belle surpise!) et de l’accordéoniste serbe Marko Marusic, de l’émouvant concert-hommage à Pierre Van Dormael au Sounds…

Et puis, j’ai écouté plein de bons disques aussi…
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Oui, oui, il y en a des choses à raconter et à faire.

Sans compter les prochains rendez-vous «clubs de jazz» pour Jazz In Belgium et un max de choses (interview, chroniques et comptes-rendus) pour Citizen Jazz

Tiens, puisqu’on en parle, pour vous faire patienter et pour me laisser le temps de mettre en ligne tous les sujets évoqués plus haut, allez jeter un œil sur Citizen Jazz.
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Vous pourrez y lire mon interview avec Robin Verheyen ainsi que la chronique de son dernier cd : «Painting Space».

A+

21:29 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citizen jazz, robin verheyen, chronique |  Facebook |

02/12/2008

Galliano et le BJO au Singel - Antwerpen

Quand le Brussels Jazz Orchestra donne un concert dans votre ville et qu’il vous est impossible d’y assister, que faites-vous ?
Hé bien vous allez le voir, la veille, dans une autre ville: à Antwerpen.
Au Singel.

Dans la très belle «Blauwe Zaal», les pupitres sont prêts, le piano est accordé et l’accordéon attend.
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L’accordéon, c’est celui de Richard Galliano, dernier invité d’un des meilleurs Big Band du monde qui fête cette année ses 15 ans d’existence.

20 heures tapantes, le BJO, sous la houlette de l’infatigable Frank Vaganée, entonne un swinguant et rugissant «Hoping Around».
Galliano reste en coulisse et l’orchestre enchaîne avec «Café Sieste» qui met en valeur un Pierre Devret crépusculaire au bugle.
Et puis, honneur à Nathalie Loriers avec une magnifique (et le mot n’est pas usurpé) adaptation de «Neige», écrit par la pianiste pour son quintet et arrangé somptueusement par Lode Mertens (tb).

Et Galliano arrive.
Il entre tout de suite dans le vif du sujet avec «Michelangelo ’70».
Intense, rapide, nerveux et puissant.
Le BJO et l’accordéoniste poursuivent avec un autre thème tout aussi brûlant, où Vaganée et Galliano rivalisent de vigueur et de fougue: «Teulada».
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On se calme ensuite avec «Ten Years Ago» (titre du nouvel album), dédié à Barbara.
La balade, sombre et mélancolique, ressemble bien à l’esprit de la grande dame en noir.

Un clin d’œil à Nougaro («Tango Pour Claude / Vie Violence»), un détour swing du côté de la «Rue de Maubeuge» (avec un Nico Schepers éblouissant à la trompette) et un bonjour à «Giselle»… on a fait la visite du propriétaire.
Et Galliano s’amuse avec ce grand orchestre.
Et les musiciens s’amusent avec lui.
Cela doit être aussi l’un des secrets de la qualité du BJO: le bonheur de jouer ensemble.
Il faut les voir sourire entre eux, se faire des clins d’yeux, de contenir un fou rire.
Normal que cela dure depuis quinze ans!

Alors, Galliano rappelle Nathalie Loriers, qui avait laissé la place de soliste au musicien marseillais, pour «Take Eleven» (avec une main gauche fantastique de la pianiste sur un motif qui rappelle un peu «All Blue» et un éclatant Kurt Van Herck au soprano).
Et puis, c’est «Taraf» aux rythmes complexes des Balkans (arrangé par Bert Joris) et finalement «Coloriage»… Avant la standing ovation…

Anniversaire magique, musique formidable, soirée réussie…
Vous auriez manqué ça vous?
Pas moi.

A+