29/11/2008

Braff - Blaser au Hot Club De Gand

La première fois que j’ai entendu parler de Malcolm Braff, c’était au début des années 2000, avec Erik Truffaz.
À l’époque, Erik préparait, avec Malcolm et le poète Joël Bastard le projet «Ecritures de concert»: mélange d’improvisations à partir de notes de piano, de trompette et de mots.

Plus tard, nous avions eu de longs échanges au travers d’un forum (toujours avec Erik Truffaz, Michel Benita et d’autres amis) à propos du «flow» (état de concentration dans lequel se trouvent les musiciens lorsqu’ils jouent), ou encore à propos du côté éphémère de la musique: «La musique est l’art du temps… on ne peut pas “l’emprisonner” dans un disque…».

Que de souvenirs.
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Malcolm était en Belgique en novembre, en duo avec le tromboniste Samuel Blaser.
Je suis donc allé les écouter à Gand, au très chaleureux et très sympathique Hot Club de Gand.

En discutant avec ces deux musiciens, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas bien la scène suisse. (Oui, Blaser est suisse et Braff – bien que né au Brésil – aussi).
Bien sûr, les noms de Susanne Abbuehl, Nik Bärtsch, Gilbert Päffgen, Patrice Moret, Sylvie Courvoisier et évidemment  Gilles Repond ne me sont pas inconnus.
Mais la scène en tant que telle là-bas, mis à part certains festivals, reste pour moi assez floue.
Il faudrait que je m’y intéresse un peu plus.

Bref.

Malcolm, carrure imposante, barbe et look d’Hagrid, s’installe devant le piano droit et plaque les premiers accords de «YaY» (titre éponyme du récent album du duo paru chez Fresh Sounds).
Rythme tournoyant, entre modal et cadences africaines.
Au trombone, Samuel Blaser alterne les phrases courtes et les longues.
Le morceau est intense et lumineux.

On passe ensuite à un thème plus ondulant, puis à un autre plus énigmatique.

La musique se rit des frontières.
Les musiciens mélangent autant les rythmes africains, que le blues ou le gospel.
On y décèle parfois même des effluves de calypso.
Le piano se fait stride par moments.
Il y a dans le jeu très affirmé et assez personnel de Braff un soupçon de Fats Waller, un nuage de Duke Ellington ou encore un parfum de Abdullah Ibrahim.
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Samuel Blaser, quant à lui, possède un son très souple et doux. Parfois sombre aussi.
Tout est dans la nuance, et ses échappées, que l’on pourrait parfois presque classer dans le free, sont pétris de tradition.
Le blues n’est jamais loin. L’esprit New-Orleans non plus («Uncle Sam»).
Pourtant, tout est d’une modernité extrême.

Le duo se réapproprie d’ailleurs dans un esprit très contemporain et avec beaucoup d’intelligence, «Mood Indigo» d’Ellington (mais très éloigné de ce qu'en fait un Gianluca Petrella) ou «Manon» de Gainsbourg.

L’interaction, la connivence et l’écoute entre les musiciens sont évidentes.
C’est amusant d’ailleurs de les voir jouer aussi rapprochés, pratiquement l’un contre l’autre, callés dans le coin de la scène du Hot Club.
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Certes, la musique de Braff et Blaser demande une attention particulière, mais elle se laisse déguster facilement car le duo a le sens de la dramaturgie. Il est capable d’emmener avec lui l’auditeur dans des histoires pourtant pas toujours simples.
Et c’est ça qui est souvent excitant: l’impression de voyager avec eux.

Samuel Blaser sera de retour en Belgique avec HuffLiGNoN : Peter Van Huffel (as), Sophie Tassignon (voc) et Michael Bates (b) avant de retourner s’installer à Berlin…
Que se passe-t-il à Berlin, pour que tant de musiciens aillent s’y établir ces derniers temps?
Il faudra également tenir ça à l’œil…

Quant à Malcolm Braff, j’espère le revoir en Belgique avec, pourquoi pas, Erik Truffaz et son «India Project» (le triple album «Rendez-vous» - Paris, Sly Johnson; Mexico, Murcof et Benares, Indrani, Apurba Mukherjee et Malcolm Braff – est une totale réussite et je vous le conseille…).

A+

Commentaires

Salut Jacques,
tu as donc craqué aussi pour Malcolm Braff... Je l'ai vu à deux reprises ces derniers mois. Avec Truffaz à Renens et l'Indian Project que j'ai adôôôré. Et à Toulouse sur le projet "écriture de concert" qui m'a moins emballé. L'écran sur lequel sont retranscrits les vers parasite, à mon sens, trop la musique. L'ouiel est attiré par cet écran et c'est difficile de s'en détacher pour goûter le duo piano-trompette. Car, entre Malcolm Braff et Erik Truffaz, que de génie.

Écrit par : Gilles | 08/12/2008

Salut Gilles,

hé oui, Malcolm est un pianiste qu'on oublie un peu trop souvent (il y en a d'autres, c'est sûr), pourtant, il a une approche, un son, un touché personnel qui ne laisse pas indifférent...
C'est le genre de pianistes (et de personnages) que j'aime beaucoup.
"Ecritures de concerts" m'avait bien plu. Je ne savais pas que le projet continuait de tourner.

A+

Écrit par : Jacques | 14/12/2008

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