06/11/2008

Daysuke Takaoka au Stekerlapatte

003

Le Stekerlapatte se situe quelque part dans les petites rues sombres qui se tortillent à l’arrière de l’imposant Palais de Justice de Bruxelles.

Le restaurant, qui a connu quelques déboires après avoir été un des hauts lieux de la vie nocturne et artistique Bruxelloise, semble retrouver une nouvelle vie.


004

En effet, depuis quelque temps, l’étage au-dessus du restaurant a été réaménagé de façon à pouvoir accueillir des concerts de musiques expérimentales, de chanson française, du blues ou du jazz.
Dans une optique «découverte» et parfois un peu «underground».
Et ça marche plutôt bien et c’est tant mieux !

Ce soir, c’est le tubiste japonais Daysuke Takaoka qui y donnait un concert.

Le musicien tire d’abord de son instrument joufflu des sons semblables à ceux d’une flûte.
Hé oui: il a retiré l’embouchure et quelques coudes.

À la manière d’un Rashaan Roland Kirk, il chante, râle, éructe en même temps qu’il souffle, respire, exhale.
Tout comme Kirk également, Daysuke est un adepte du souffle continu et il peut ainsi développer, à lui seul et sans artifice, un jeu nerveux tout en liant avec souplesse les accords.
007

Après ces moments en solo, Daysuke est rejoint sur scène par le batteur espagnol Joao Lobo, Pak Yan Lau au piano et aux effets électroniques, ainsi que par Grégoire Tirtiaux au saxophone (que l’on a vu avec la Fanfare du Belgistan ou parfois avec les Ogres de Barback - spéciale dédicace à ma nièce qui en est fan ;-) )

Sur un morceau improvisé, plaintif et évolutif, Titiaux rappelle parfois les intonations d’un Roscoe Mitchel, d’un Archie Shepp ou même d’un Coltrane époque Ascension dans les moments les plus intenses.
006

Retour ensuite au contemplatif.
La pianiste distille quelques accords d’un thème qui pourrait ressembler à du Satie.
Le groupe se le réapproprie, le démonte, l’explore et improvise. Puis il bifurque vers des rythmes plus tribaux, proche d’une excitation free.
Mais toujours, il revient vers des moments plus apaisés d’où renaît une douceur toute crépusculaire.

Le deuxième set creuse le sillon africain.
Les rythmes hypnotiques et répétitifs emmènent le quartette dans une sorte de transe ou de danse voodoo.
Comme une musique exutoire, les musiciens répètent les phrases à l’infini, comme pour les vider de leur sens.
002

La musique, très ouverte, parfois bruitiste, rebondit sur des tapis de blues ou de valse. Tout est bon pour faire de la musique: piano préparé, piano d’enfant, guimbarde, sifflet, etc…
Et chaque fois, une mélodie s’en dégage.
Une mélodie parfois bancale, parfois écorchée, mais toujours joliment ornementée.

Le travail de Daysuke est une sorte de work in progress, une expérience musicale particulière qui reprend les grands principes du jazz: spontanéité, improvisation, liberté et partage.

Soirée étonnante et stimulante.

A+

Les commentaires sont fermés.