30/10/2008

Fada à la Jazz Station - Jazz Now

 

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Jazz Now est une initiative récente qui a pour but de créer un circuit entre quatre lieux (L’Os à Moelle, la Jazz Station, le Sasasa et le Caveau du Max) où sont programmés chaque mois quatre groupes différents, à quatre moments différents, suivant un thème commun (manouche, chant, contemporain, be-bop etc…).

Ce soir, à la Jazz Station, il y avait Fada.

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Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Fada n’est pas de Marseille, mais vient de Bordeaux.
Fada est la contraction de leur ancien nom de groupe «Fat Daddy» qui se voulait être électro-jazz.

On en est assez loin.

Fada ne fait pas de jazz «traditionnel» non plus.
On serait plus proche d’une certaine idée de fusion.
Celle du jazz avec le slam ou le spoken word.

Au «chant» (entre guillemets), Marco Codjia possède non seulement un charisme qu’il distille avec beaucoup d’humilité, mais surtout un flow parfait et un timbre chaud et ensoleillé qui font passer plus facilement des textes souvent sombres et engagés.

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Mais on est loin aussi du hip-hop car, ici, la musique est bien plus riche, plus nuancée, plus sophistiquée.
Elle naviguerait plutôt dans la galaxie Steve Coleman, Aka Moon ou autre Octurn.
Souvent groovy, nerveuse et dense, elle joue les contrastes.
On passe de moments lunaires à de rythmes complexes et soutenus.

La voix laisse alors le champ libre au saxophoniste Mathieu Saint-Laurent de remplir l’espace de phrases courtes et incisives ou de solos brefs et tranchants.
Xavier Duprat y répond dans un jeu très «minéral», passant du Rhodes au piano avec la même ferveur.

L’ensemble est soutenu par une rythmique robuste.
Vincent Sauve redouble d’agilité à la batterie, alternant jungle et métriques sophistiquées, tandis que Benoît Lugué malaxe les notes profondes et lourdes sur sa basse électrique.

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Homogène et concis, Fada possède un son bien à lui.
Il a trouvé la recette pour faire monter la tension et maintenir l’intérêt sans faillir.
Le groupe ne se répète pas et avance sur un chemin qu’il semble défricher au fur et à mesure.
Alors, on tend à nouveau l’oreille aux paroles de «Toussaint», «Soleil Noir» ou «Le fou».
… Sans oublier de battre du pied.

Poésie brutale et jazz contemporain qui a su s’imbiber des musiques actuelles, Fada ne laisse pas indifférent.

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En attendant son retour en Belgique, allez jeter une oreille sur l’album (sorti chez Cristal Records et distribué depuis peu chez nous par AMG).


A+

28/10/2008

Rajazz. Le retour.

Dans le cadre du Skoda Jazz Festival (et toujours au Sounds), Manu Hermia était de retour pour un concert «Rajazz» unique.

Unique, car une seule date figure jusqu’à présent à son agenda (et c’est bien dommage), mais unique aussi car le quartette présentait en avant-première le clip «Rajazz», réalisé par Lucas Racasse avec «Les Moyens Du Bords».

Il existe des clips pour le rock, la pop, le rap… et rarement pour le jazz.
Alors, pourquoi pas ?


20 caméras habilement disposées partout dans un studio.
20 caméras qui tournent simultanément.
20 caméras pour un seul plan continu.

20 caméras pour filmer l’instant, filmer la tension, filmer le relâchement, filmer le jazz…

Côté concert, on retrouve à nouveau sur scène Sam Gerstmans (cb), solide et efficace.
Lieven Venken (dm), bonnet vissé sur la tête, sourire désarmant sur les lèvres et jeu plein de finesse.
Erik Vermeulen au piano. Toujours aussi brillant.
Et Manu Hermia, bien sûr, à l’alto, au soprano ou au Bansuri.


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Manu Hermia a tout assimilé de la fulgurance d’un Coltrane, de la richesse du jazz et de la sagesse de la musique indienne. Il nous livre le produit de cette alchimie avec grâce et justesse. On ne peut qu’admirer l’intelligence de cette musique qui joue sur les contrastes et les nuances, et qui allie le groove et l’introspection.

Après une mise en bouche avec le classique «Contemplation» de McCoy Tyner, comme pour fixer le point de départ de sa réflexion, Manu Hermia et son groupe enchaînent les compositions très personnelles («It’s Just Me», «Indian Suite», «Rajazz» etc…) et démontrent ainsi combien la musique de Coltrane, si on l’a comprise, est une base solide à une créativité sans borne.

Les dernières tournées du quartette ont permis de resserrer encore le propos, de le repenser, de e redessiner, de le dégraisser encore un peu plus de tout bavardage inutile.
Alors, le fil se déroule, l’histoire se développe et la musique nous enveloppe.

Rajazz suit son bonhomme de chemin.
Un chemin de vie et d’énergies positives.
Un chemin à suivre les yeux fermés.

A+

27/10/2008

Fred Delplancq Quartet 2d Time au Sounds

 

C’est incroyable comme le quartette de Fred Delplancq a pris de l’épaisseur.
Il possédait l’énergie, il maîtrise maintenant la fluidité.
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Depuis l’enregistrement du cd «Talisman», le groupe a parcouru un sacré bout de chemin.
On connaissait les qualités individuelles de chaque musicien, mais ce qui frappe actuellement, c’est la cohésion ainsi que l’entente qui règne au sein du groupe.

Dans chacun des morceaux joués ce soir au Sounds, on y sent vraiment une âme.

Chaque musicien ne dit pas son texte, il le ressent.
Au piano, le toucher de Vincent Bruyninckx est à la fois léger et incisif. Il trouve l’équilibre qui convient parfaitement aux riches compositions de Fred.
De leur côté, Sam Gertsmans , à la basse, appuie là où c’est sensible tandis que le drumming de Toon Van Dionant souligne à merveille le contour des mélodies. Il accentue légèrement les creux et donne du relief aux cimes.
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Et puis, il y a Delplancq bien sûr !
Le leader a l’intelligence de laisser vivre son groupe. Il leur laisse de grands espaces pour occuper au mieux le sien. Alors, quand il intervient, il est éclatant.
À la fois force et agilité.
Rien ne pourrait l’arrêter.
Et pourtant, là aussi, il évite de lâcher la phrase de trop, la note inutile…

Et quand Jean-Paul Estiévenart vient rendre visite à son ami, c’est comme s’il ouvrait une porte que l’on n’avait pas vue au départ.

C’est magique le jazz.

A+

24/10/2008

Ben Sluijs & Mikkel Ploug sur Citizen Jazz

 

En ce moment, sur Citizen Jazz, vous pouvez lire deux chroniques toutes fraîches !

Hé oui, si je ne trouve pas le temps de mettre à jour mon blog aussi régulièrement que je ne le voudrais ces derniers jours, cela ne veut pas dire que je me tourne les pouces…

Alors voilà, allez lire ce que je pense du dernier album de Ben Sluijs (entre nous, c’est une vraie réussite)
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... et de celui de Mikkel Ploug (groupe que j’avais vu il y a quelques mois au Sounds).

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Ce sera tout pour l’instant, mais je vous prépare une belle petite série, ainsi que des interviews… bientôt... et toujours sur Citizen.

Et puis quelques compte-rendus de concerts... sur Jazzques bien sûr !

 

A+

 

Les sites de Ben Sluijs et de Mikkel Ploug.

 

 

21:14 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : citizen jazz, ben sluijs, chronique, mikkel ploug |  Facebook |

18/10/2008

Dinant Jazz Nights 2008 sur Citizen Jazz

C’était à la mi-juillet de cette année et ça se passait à Dinant.
C’étaient les onzièmes Jazz Nights.
L’article est paru cette semaine sur Citizen Jazz.
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À cette occasion, j’avais pensé parler des jeunes groupes qui s’étaient présentés au concours «Jeunes Talents» pendant le festival…
Mais voilà, je cours à gauche et à droite, j’essaie de faire tout ce que je dois faire et je m’aperçois que les journées n’ont que 24h.
Juste un peu trop court !
Bref, mes notes sont rassemblées, il faut que je remette encore un tout petit peu d’ordre là-dedans et surtout que je trouve un peu de temps pour taper tout ça.

Patience, donc.


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En attendant, vous remarquerez que l’article sur Citizen Jazz est illustré, cette fois-ci, par les photos de Christian Deblanc.
J’en profite pour le remercier encore et vous rappeler qu’il y a quelques années, Christian avait réalisé avec le journaliste Bernard Legros un très joli et intéressant recueil intitulé «Musiciens de Jazz», paru chez Versant-Sud.
Jetez-y un œil, ça vaut la peine.

Tiens ! Voilà déjà une idée de cadeau pour les fêtes…
Pensez-y déjà… le temps passe si vite.

A+

12/10/2008

Musicalix Festival - 27-09-2008

Le Parvis Ste-Alix n’est certainement pas l’endroit le plus animé de Bruxelles.
Cependant, sur l’agréable petite place, un peu excentrée, de la sage commune de Woluwe St-Pierre, Leila Radoni a eu la belle (et folle) idée d’y organiser un festival de jazz.

Quoi?
Pour faire vivre un quartier, on peut faire autre chose qu’une braderie?
La preuve que oui.

Leila a rassemblé son courage et son optimisme, a reçu le feu vert de l’échevin Carla Dejonghe, l’aide de l’association des commerçants, le soutien d’amis bénévoles et voilà le rêve qui devient réalité.

Petit chapiteau blanc planté, scène montée, le festival peu commencer.
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Le public est au rendez-vous pour applaudir le premier groupe LM4 de Laurent Melnyk.
Je n’aurais, pour ma part, que l’occasion d’entendre le dernier morceau.
(Promis Laurent, je ferai mieux la prochaine fois…)

C’est au tour de Yasmina Bouakaz de monter pour la toute première fois sur scène.
La pauvre a un trac d’enfer, et il faut attendre «Come Together» (des Beatles) pour la sentir un peu plus à l’aise. Elle peut alors donner toute l’ampleur d’une voix puissante et charnue.
Le répertoire navigue entre pop, rock, soul et un tout petit peu de jazz.
Malgré qu’elle soit entourée de l’excellent Alex Furnelle (cb) et de l’étonnant Jan Rzewski (ss, as) - dont l’album en duo avec Fabian Fiorini vient de sortir – l’ensemble manque de cohésion et de finesse. Les arrangements du pianiste Samir Bendimered sont intéressants, mais un drumming plat et lourdingue flanque tout par terre.
On est plus proche du bal que d’un concert jazz.


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Heureusement, le trio de Chrystel Wautier remet tout le monde sur le bon chemin.
Avec sa voix sensuelle, entre soie et velours, Chrystel revisite les standards («Devil May Care», «East Of The Sun») avec élégance et justesse.
Le jeu vif mais souple de Boris Schmidt (cb) se marie très bien à celui du guitariste Quentin Liégeois. Ce dernier est passé maître dans l’art de ne pas y toucher.
Et pourtant, il y a un foisonnement d’idées dans son jeu.
Entre ces trois-là, l’alchimie est parfaite, c’est fluide, c’est swinguant, c’est un régal.
Et l’on se laisse emmener par «You Drive Me Crasy» aux changements de rythmes incessants, par «Doralice» en samba chaude et lumineuse ou encore par «Let Me Hear A Simple Song» en émouvant  hommage à Paolo Radoni.

Changement de style, ensuite, avec le dernier projet de Paolo Loveri.
A son trio habituel (Bruno Castellucci (dm) et Benoît Vanderstraeten (eb) ), le leader avait invité un vieil ami italien: le guitariste Pietro Condorelli.


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Il y a une grande interactivité entre les deux guitaristes. Les deux jeux, parfois très différents, se complètent magnifiquement. Condorelli est incisif tandis que Loveri joue plus souvent en rondeur.
De ce fait, une dynamique et un groove énergiques en ressort.
Il faut dire que la rythmique emmenée par un Castellucci parfois «tellurique» dans ses solos et par un Vanaderstraeten opiniâtre dans ses interventions ne fait pas baisser la tension.
Le jeu de Benoît Vanderstraeten est d’ailleurs assez singulier: enfin un bassiste électrique qui trouve une tangente à la voix «incontournable» Pastorius. L’esprit y est, mais la personnalité de Benoît prend le dessus.
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Paolo Loveri devrait sortir prochainement un album avec cette formation.
Plaisir en perspective.

Feu d’artifice final!
Le public est toujours présent et nombreux. Et il a eu raison de rester.
Richard Rousselet et son quintette nous proposent un voyage au pays de «tunes» de Miles Davis.
En bon pédagogue, Richard n’oublie jamais de resituer le morceau dans son époque. Et c’est bien agréable.

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En route pour ce fantastique périple en compagnie de pointures du jazz belge !
Au piano, Michel Herr, fantastique dans ses interventions, Bruno Castellucci, diabolique de précision et d’une efficacité terrible aux drums, tout comme Bas Cooijmans au jeu ferme et tendu à la contrebasse. Et puis, il y a aussi Peter Hertmans, discret mais pourtant fulgurant dans les espaces qu’il se crée.
Et pour donner le change à un Richard Rousselet très en verve: Ben Sluijs en invité à l’alto.
Ce quintette, devenu sextette, est un cadeau!
L’interprétation et la relecture de «Summertime», «Eighty-One» ou encore du fougueux «Milestone» sont des perles d’énergie hard bop.
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Ben Sluijs est bouillonnant et intenable. Et ce n’est encore rien par rapport à la suite: un
«In A Silent Way» comme on n’ose en rêver !
Éclatant de maîtrise et de plaisir. Michel Herr réinvente le jeu de Zawinul, Hertmans électrise le thème, Sluijs ne redescend plus sur terre et Richard Rousselet jubile.
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On pensait connaître la musique de Miles, mais l’on se rend compte, à nouveau ce soir, de sa richesse éternelle. Quand elle est jouée aussi brillamment et avec une telle compréhension de l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle a marqué (et qu’elle continue de marquer) le jazz et la musique en général.
Guettez les prochains concerts de Richard Rousselet, vous apprendrez encore des choses.

Les lampions se sont éteints, le premier Musicalix Festival a vécu et l’on attend déjà la prochaine édition avec impatience!

A+

03/10/2008

Marc Moulin - Absurde n'est-il pas?

Drôle d’histoire.

Quand j’étais jeune, il y avait un type pince-sans-rire à la voix grave qui présentait une émission chaque semaine sur la RTB.
Dans cette émission, on y voyait les dessins animés de Tex Avery et aussi les Monty Python.
J’étais subjugué et mort de rire.

A la même époque, je retrouve ce même type pince-sans-rire derrière les claviers d’un groupe assez décalé qui faisait de la musique comme peu en faisaient à l’époque.
«Moscow Discow», «Twist à St-Tropez», «En route vers de nouvelles aventures» et l’improbable «Eurovision» !
Telex !

Quelques années plus tard, à la radio cette fois, j’entends un son, une musique, un esprit totalement nouveau, fascinant, hypnotique, excitant.
C’était Radio Cité.
Révolution dans le monde de la radio.
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Qui est donc ce Marc Moulin ?
Je retrouve sa trace.
C’est un claviériste, arrangeur, compositeur et fan de Miles Davis.
Avec Richard Rousselet, Garcia Morales, Nicolas Fissette, Bruno Castellucci, Philip Catherine et quelques autres, dans les années ’70, il fonde Placebo puis Sam Suffy.
Du jazz fusion…

Ce type est donc un jazzman.
Un jazzman d’un drôle de type.





Normal qu’avec tout ça, il soit devenu une référence pour moi. Autant intellectuelle que musicale.

Pourtant, début des années 2000, après avoir sorti confidentiellement quelques albums (comme «Maessage»), le voilà dans le pur electro-jazz…
Mon sang ne fait qu’un tour !
Je ne suis pas Marc Moulin sur ce chemin et j’écris un long mail à son attention à Télé Moustique (pour qui il écrit ses «humeurs» caustiques).
«Revenir» au jazz par ce biais, je ne comprenais pas…

Et puis, on m’offre cet album (car on sait que j’aime Marc Moulin et le jazz) que j’écoute avec méfiance.
Et… finalement, je découvre des références et des arrangements intelligents.
Aurais-je jugé trop vite ?
Malaise.

Marc Moulin est l’invité de Philippe Baron. Je décide alors d’envoyer un mail à Philippe pour tenter de m’excuser auprès de Marc pour ma critique imbécile…
Deux jours plus tard, Marc Moulin me répond.
Avec classe, humour et incrédulité.

Se sont succédés alors de nombreux mails où l’on parlait de musique, de jazz, de la vie, des blogs (qu’il appréciait moyennement), de politique, d’art…
C’était toujours intéressant !
Et toujours, il répondait.
Jamais il ne donnait de leçons… et pourtant, il en connaissait un rayon en jazz et en musique en général.
Il me demandait même des conseils !!!!
Alors, on s’est vu plusieurs fois. J’étais chaque fois impressionné et pourtant il était d’une telle simplicité, d’une telle gentillesse.
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Bien sûr, il ne sortait pas souvent.
Le nombre de fois où, quelques heures avant de se retrouver au Sounds, au Music Village ou ailleurs, il m’envoyait un mail: «Désolé, j’ai un empêchement…»

Je l’avais convaincu un jour pourtant de venir écouter Quentin Liégeois à la Jazz Station (il était à la recherche d’un guitariste) et il était venu… !
Et il a découvert Pascal Mohy, car Quentin, lui, n’était pas venu…

C’est Marc qui m’avait convaincu que je «pouvais» écrire et jouer au «journaliste», lorsque Jempi m’avait proposé de le remplacer pour une interview...
Je sais qu’il lisait de temps à autre mes «papiers»…
J’espère ne pas trop l’avoir déçu.

Marc est mort.

Absurde n’est-il pas ?

A+

(Merci à Yves Budin pour l’illustration)