03/10/2008

Marc Moulin - Absurde n'est-il pas?

Drôle d’histoire.

Quand j’étais jeune, il y avait un type pince-sans-rire à la voix grave qui présentait une émission chaque semaine sur la RTB.
Dans cette émission, on y voyait les dessins animés de Tex Avery et aussi les Monty Python.
J’étais subjugué et mort de rire.

A la même époque, je retrouve ce même type pince-sans-rire derrière les claviers d’un groupe assez décalé qui faisait de la musique comme peu en faisaient à l’époque.
«Moscow Discow», «Twist à St-Tropez», «En route vers de nouvelles aventures» et l’improbable «Eurovision» !
Telex !

Quelques années plus tard, à la radio cette fois, j’entends un son, une musique, un esprit totalement nouveau, fascinant, hypnotique, excitant.
C’était Radio Cité.
Révolution dans le monde de la radio.
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Qui est donc ce Marc Moulin ?
Je retrouve sa trace.
C’est un claviériste, arrangeur, compositeur et fan de Miles Davis.
Avec Richard Rousselet, Garcia Morales, Nicolas Fissette, Bruno Castellucci, Philip Catherine et quelques autres, dans les années ’70, il fonde Placebo puis Sam Suffy.
Du jazz fusion…

Ce type est donc un jazzman.
Un jazzman d’un drôle de type.





Normal qu’avec tout ça, il soit devenu une référence pour moi. Autant intellectuelle que musicale.

Pourtant, début des années 2000, après avoir sorti confidentiellement quelques albums (comme «Maessage»), le voilà dans le pur electro-jazz…
Mon sang ne fait qu’un tour !
Je ne suis pas Marc Moulin sur ce chemin et j’écris un long mail à son attention à Télé Moustique (pour qui il écrit ses «humeurs» caustiques).
«Revenir» au jazz par ce biais, je ne comprenais pas…

Et puis, on m’offre cet album (car on sait que j’aime Marc Moulin et le jazz) que j’écoute avec méfiance.
Et… finalement, je découvre des références et des arrangements intelligents.
Aurais-je jugé trop vite ?
Malaise.

Marc Moulin est l’invité de Philippe Baron. Je décide alors d’envoyer un mail à Philippe pour tenter de m’excuser auprès de Marc pour ma critique imbécile…
Deux jours plus tard, Marc Moulin me répond.
Avec classe, humour et incrédulité.

Se sont succédés alors de nombreux mails où l’on parlait de musique, de jazz, de la vie, des blogs (qu’il appréciait moyennement), de politique, d’art…
C’était toujours intéressant !
Et toujours, il répondait.
Jamais il ne donnait de leçons… et pourtant, il en connaissait un rayon en jazz et en musique en général.
Il me demandait même des conseils !!!!
Alors, on s’est vu plusieurs fois. J’étais chaque fois impressionné et pourtant il était d’une telle simplicité, d’une telle gentillesse.
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Bien sûr, il ne sortait pas souvent.
Le nombre de fois où, quelques heures avant de se retrouver au Sounds, au Music Village ou ailleurs, il m’envoyait un mail: «Désolé, j’ai un empêchement…»

Je l’avais convaincu un jour pourtant de venir écouter Quentin Liégeois à la Jazz Station (il était à la recherche d’un guitariste) et il était venu… !
Et il a découvert Pascal Mohy, car Quentin, lui, n’était pas venu…

C’est Marc qui m’avait convaincu que je «pouvais» écrire et jouer au «journaliste», lorsque Jempi m’avait proposé de le remplacer pour une interview...
Je sais qu’il lisait de temps à autre mes «papiers»…
J’espère ne pas trop l’avoir déçu.

Marc est mort.

Absurde n’est-il pas ?

A+

(Merci à Yves Budin pour l’illustration)

Commentaires

Triste nouvelle.
Je ne possède qu'un vinyl de Placebo, mais il a toujours tenu une place spéciale dans ma discothèque. Je ne savais pas ou le classer !
Merci pour ce tendre hommage.

Écrit par : Gromit | 05/10/2008

Je me souviens bien cette époque. A partir du "mail" jusqu'au moment de la "réconciliation". Aaaah, tendres moments où l'on te taquinait sans cesse au bureau: - alors, t'es fan de Moulin ou pas? Décide-toi une fois pour toutes." ;-)

T'avais eu le courage de t'excuser, d'avouer que tu t'étais trompé. Ce qui est un grand geste, Jacqueske. Je suis sûr qu'il l'a apprécié.

Écrit par : Luk | 06/10/2008

Eh oui,"Radio cité", j'étais complètement fan, c'était autre chose...
Joli ce que tu écris, je savais pas que tu le connaissais.
Triste...
Biz

Écrit par : Vé. | 06/10/2008

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