21/09/2008

Un ange à Saint Jazz Ten Noode

J’ai juste eu le temps de me libérer une heure ou deux ce samedi pour faire un saut à Saint Jazz Ten Noode (sans mon appareil photo).

J’ai juste eu l’occasion d’entendre le dernier morceau, bien pêchu, de SymmEtrio.
Ça donne envie d’en entendre plus.
Mais je n’ai pas eu l’occasion d’écouter l’hommage à Al Goyens, ni d’entendre le trio de Philip Catherine, ni celui de Pierre Anckaert.

Par contre, j’étais là pour voir «Can Angels Swing?» de, et avec, Julie Jaroszewski.


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Julie ne fait jamais rien comme les autres et c’est tant mieux.
Julie, c’est une voix particulière dans notre jazz belge.
Et pas dans le sens d’une «simple» voix de chanteuse…

Je l’ai déjà dit, je le répète, je persiste et j’affirme: cette fille a une sacrée personnalité.
Et elle a aussi un sacré culot.
Et sur la scène du Saint Jazz Ten Noode, ce n’est pas elle qui va se défiler.
Alors, elle enfile un tutu noir, se maquille les yeux d’un vert outrancier et ne met pas de gants (outre deux gants de boxe rouges) pour nous emmener au-delà du jazz.

Elle raconte, elle joue et elle chante l’histoire d’une vie, d’une rencontre, d’un amour difficile, voire impossible.
Histoire banale ?
Peut-être, mais pas dans l’évocation !

Au piano, Ben Prischi jette des accords décousus. Audrey Lauro, au sax, envoie ses phrases par bribes. Rui Salgado, à la contrebasse, joue en pointillés…
Il y a du doute, des remises en question, de la peur, du tourment, des désillusions dans le chant et dans les paroles.

Quelques citations de «Fleurette Africaine» de Duke Ellington s’immiscent dans un jazz d’avant-garde et brut.
Un jazz qui bouscule, qui dérange, qui interpelle, qui fascine.
Un jazz libre comme le free qui retourne aux racines du blues et du gospel. Un jazz de colère et de revendications.

Jordi Grognard (st) vient encore ajouter de l’épaisseur au propos. Son jeu rappelle un peu celui d’Archie Shepp. Nicolas Chkifi (dm) rejoint le groupe à son tour. Drumming épuré.

Le bonheur pointe le bout de son nez.
Un cri d’humanité, une déclaration d’amour, une demande en mariage…
Julie enfile une robe blanche.
Le riz vole, des bulles s’envolent, la musique décolle.

On est soufflé.
On est retourné.
On est heureux.

Totalement jazz dans l’esprit, cette heure de spectacle aura sans doute surpris, désorienté ou agacé, mais n’aura certainement pas laissé indifférent.

Je ne sais toujours pas si les anges swinguent, mais en tout cas, celui-ci jouait un rôle purificateur qui n’était pas sans me rappeler celui (exterminateur) du film de Buñuel




Dans un festival comme celui-ci, il fallait oser.
Le pari est réussi.
Alors, «chapeau» aussi aux organisateurs de l’avoir programmé.

Et merci encore, Julie.

A+

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