17/08/2008

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C’est comme un rituel.
Chaque année, je descends dans le sud de la France. Souvent en Dordogne, dans le Lot, l’Aveyron ou le Tarn.
J’adore ces régions pour le calme, les vielles pierres, le soleil, la gastronomie, le vin, les paysages et les habitants accueillants et sympathiques.
Loin des vacanciers hystériques.

Comme un rituel, il y a le petit morceau de musique qu’on écoute chaque matin, comme un indicatif, en allant chercher du pain: il y a eu «So What» de Miles, «Sweet Mercy» de Truffaz, «Doctor K» de Boltro (mais c’est écrit par Eric Legnini. Je le signale, sinon mon ami Jean-Paul Estiévenart va me faire la remarque :-)  ) ou encore « L’Ombre et la Lumière » de Coralie Clément.
Cette année, c’était «Strasbourg/St.Denis» de Roy Hargrove. Petit bijou qui figure sur son dernier disque en demi-teinte: «Earfood».

 

 

 

Comme un rituel, donc, il y a le bon et le vrai pain (vous savez comme j’y suis attaché! Cette fois-ci, je vous recommande, si vous êtes dans la région, «Le Pétrin Quercynois» chez Roger Rames à Fontanes.) et il y a les quotidiens.

Haaa, prendre le temps de savoir ce qui se passe dans «Le Monde» ou dans «Libé».
Des choses pas toujours très amusantes malheureusement
Alors je guette les articles (rares) de Marmande et j’attends les commentaires sur Jazz A Marciac.

monde


Cette année, dans Libé, c’est Dominique Queillé qui prend la plume.
On s’éloigne des potins et des règlements de comptes de Loupien, c’est pas plus mal.
Malheureusement, des articles, il y en aura peu.
J’apprends quand même que le concert de Zorn fut détonnant et que celui de Belmondo et Nascimento fut annulé (décidemment !).
Plus tard, je lirai, dans le Monde cette fois et sous la plume de Sylvain Siclier, un touchant compte-rendu du concert de Mc Coy Tyner.

Finalement, peu de choses à se mettre sous la dent.

Heureusement, j’avais pris de la lecture.

«Jazzs».
«Jazzs» est écrit par deux philosophes amateurs de jazz.
N’ayez pas peu.
Moi aussi, au départ, j’y allais avec méfiance. Souvent, ce genre de livres où l’on s’emberlificote les méninges dans des digressions intellectuelles me tombent des mains.
Ça me rappelle un soir au Music Village, alors que je lisais Jazz Magazine (qui n’a rien d’intellectuel ou philosophique) en attendant le deuxième set, Stéphane Belmondo et Franck Amsalem me disaient : «Lis pas trop tout ça… C’est bien, mais ce qui est important c’est écouter, écouter, écouter….»
C’est vrai.
Mais là, ça va, j’écoute, j’écoute et j’écoute pas mal. J’ai donc droit à mon bouquin !

jazzs_que

« Jazzs », donc, est un excellent livre où les deux auteurs, Pierre Sauvanet et Colas Duflo, jouent une partie de ping-pong. Ou plutôt une sorte de «chase» pour rester dans le langage jazz.
Chacun à son tour philosophe à propos du jazz, de son histoire, de son langage, de son style, de son avenir ou encore du plaisir que chacun en retire, avant de passer la parole à l’autre en lui posant une question.
Une sorte de «cadavre exquis» en quelques sortes.
C’est une intelligente et très agréable évocation (une défense ??) du jazz.
C’est écrit avec beaucoup d’enthousiasme, c’est ludique et profond à la fois.
Et le plaisir y transpire toujours.

 « Écouter du jazz ce serait (c’est peut-être ça le plus grand plaisir, celui de la complexité inconsciente) :  être tendu / détendu entre plusieurs niveaux d’écoute, […] entre le thème et la grille, entre la grille et le chorus, entre le chorus et le thème ; entre ce qui est écrit et ce qui ne l’est pas ; entre ce qui est voulu dans ce qui n’est pas écrit et qui le l’est pas […] »

Dans «Jazzs» on y rencontre autant Coltrane que Miles, Coleman (Ornette et Steve), Charlie Parker, Louis Sclavis (avec un beau chapitre qui donne très envie de se replonger dans «Chine»), Dizzy ou Braxton (un peu bousculé: « […] quand j’étais jeune et beaucoup plus incompétent, j’admirais Braxton […] Aujourd’hui, je ne l’écoute plus vraiment, mas quand c’est le cas, je suis frappé par le fait que c’est un médiocre saxophoniste […] ») soutenus par la rythmique particulière de Kant, Deleuze, Hegel ou Platon.

Dans «Jazzs», on relève un tas de réflexions et de pensées qui conviennent autant à l’écriture sur le jazz qu’au jazz lui-même.
« Mais le fait de partir sans savoir où l’on va ne veut pas dire qu’on ne sait pas ce que l’on fait, du moins dans une certaine mesure. »

Bref, un livre qui vous donne envie d’écouter le jazz actuel comme celui des débuts ou celui qui est à venir…
« […] en écoutant une telle musique, on s dit qu’il est impossible de prédire l’avenir du jazz, puisque ce qui la caractérise dans ses meilleurs moments, c’est sa liberté (ce qui ne veut pas dire que les meilleurs moments du jazz sont du free jazz: Armstrong est tout aussi libre que Ornette Coleman dans leurs meilleurs moments, et ils ne le sont ni l’un ni l’autre dans leurs plus mauvais). »

Pour en savoir plus, allez lire les chroniques de mes amis Bob Hatteau et Sophie Chambon sur Citizen Jazz.

A+



Commentaires

J'adore ce bouquin ! J'en ai relu certains passages cinq fois, d'autres pas encore une seule fois. Il faut en garder un peu pour la fin...
Je ne connaissais Colas Duflos que pour ses articles sur Kant, les Lumières ou Diderot, ça change ! Sauf le style... Mais bon on peut pas leur en vouloir !
:-)

Écrit par : Belette | 17/09/2008

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