31/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 3)

Dimanche, vers 15h, rendez-vous dans l’Abbaye Notre Dame de Leffe.

Il y a du monde.
Ça sent la cire et l’encens.

Assise devant les 56 touches et les 1532 tuyaux de l’orgue majestueux de l’abbatiale, inspiré par les instruments construits au début du XVIIIe siècle par le facteur d’orgues Gottfried Silbermann (qui vivait à la même époque et dans la même région que Bach), Rhoda Scott entame la «Toccata» de Bach.
Quoi de plus normal?
Surtout quand on se souvient aussi que l’organiste avait sorti en son temps un superbe album: «Come Bach To Me».

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Mais très vite, Rhoda Scott prend le chemin de «Summertime».
Steve Houben, au sax alto, emboîte le pas et nous voilà parti pour un voyage éblouissant entre gospel, baroque, blues, jazz et soul.

Les thèmes défilent avec élégance, avec vivacité, avec bonheur.
La rencontre entre l’orgue et le sax est majestueuse.
L’heure passe beaucoup trop vite et c’est déjà «Let My People Go».

Applaudissements à tout rompre.
Les musiciens reviennent pour un rappel.
Magnifique!
Sans aucun doute un des plus beaux concerts de ce festival !

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Retour sous la tente pour écouter le délicat duo entre Pascal Mohy (p) et Quentin Liégeois (g).
La musique est très intimiste, mais ne manque cependant pas de swing.
Le duo revisite quelques standards («‘Round Midnight», «Like Someone In Love»), mais propose aussi quelques compositions originales dont «6,4,2» aux motifs répétitifs ou le très sensible «Jojo», équilibré à la manière d’une valse.

Mohy et Liégeois: deux excellents musiciens à suivre et à revoir dans l’intimité d’un club.
Bonheur assuré!

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Changement de style ensuite avec le tonitruant Big Boogaloo Sextet d’Eric Legnini.
Au trio de base - Frank Agulhon (dm) et Fabrice Allamane (b) - se sont joints Flavio Boltro (tp), Stéphane Belmondo (tp) et Julien Lourau (ts).

Les deux trompettistes sont intenables.
Ils dynamitent un set pourtant déjà très explosif à la base!
«Miss Soul» doit bien se tenir entre «Mojito Forever» et «Sugar».

Chacun y va de son chorus, chacun tente de déstabiliser l’autre.
C’est bourré de surprises, de croche-pieds et de bonne humeur.

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David Linx, de passage, s’invitera à la fête pour un émouvant «Autour De Minuit» en hommage à Claude Nougaro.

Et pour clore ce décidemment très sympathique festival: Toots Thielemans et son trio.

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Toujours blagueur, toujours de bonne humeur et toujours aussi bon lorsqu’il souffle dans son harmonica, Toots  fait à nouveau l’unanimité.

Pour l’accompagner ce soir, il y a l’excellent pianiste hollandais Karel Boehlee, le fidèle Hans Van Oosterhout aux drums et le jeune Clemens van der Feen (déjà entendu avec Robin Verheyen) à la contrebasse.

Le répertoire est connu, mais la magie opère toujours.

Quelle pêche! Quel esprit! Quel talent!

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Toots est éternel.
Et il sera le parrain de l’édition 2009 du Dinant jazz Nights!

On parie que l’affiche sera flamboyante ?

A+

30/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 2)

Et le deuxième jour à Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Hé bien, c’était bien !
Après avoir un peu flâné dans la ville et ses environs, après avoir eu le temps le temps d’écrire quelques lignes pour Citizen Jazz et après avoir eu l’occasion de lire le très long et très intéressant article de Brad Mehldau à propos de la créativité musicale dans Jazzman (je vous en recommande la lecture), je suis retourné sur le site du Festival.

Je faisais, en plus, partie du jury pour le concours des jeunes talents jazz, en compagnie de Jean-Pierre Goffin (Vers l’Avenir / Showcase) et de Jean-Marie Hacquier (Jazz Hot). Mais je vous en parlerai plus tard, dans un billet spécial.
Ça vaut bien ça.

2001

En attendant, se produisait sur scène le groupe de Greg Houben et Julie Mossay.
Leur projet, que j’avais découvert en 2006 lors du festival Jazz à Liège, est bâti en partie sur des œuvres de Fauré et de Debussy.
À cela, ils ont mélangé des chansons brésiliennes (Buarque, Jobim…) ainsi que du jazz.

Le résultat m’avait déjà emballé la première fois et je suis encore resté sous le charme de cette belle idée, intelligemment mise en musique.

Greg et Julie, entourés de Pascal Mohy (p), Stephan Pougin et Lionel Beuvens (dm), Quentin Liégeois (g), Mathieu Vandenabeele (Rodhes) et Sal La Rocca (cb), avaient aussi invité Steve Houben (fl) sur un ou deux thèmes.

2002

Le résultat est magnifique, lyrique (voix merveilleuse de Mossay), sensuel (le chant et la trompette de Greg Houben), groovy (les percus), poétique (le piano et la guitare) et bien dans son temps (les effets électro justes de Mathieu).
Une fusion originale qui exclut avec brio les clichés.

Autre grand moment très attendu: Rhoda Scott et Eric Legnini en duo.

Même Guy Le Querrec ne voulait pas rater ce moment.

2003

Piano et orgue Hammond.
Jazz, soul et gospel.
L’interaction est idéale dès le début.
Rhoda déroule d’abord le tapis sous les notes enivrantes de Legnini («Trastevere», «It Could Happend To You») avant que le pianiste ne renvoie l’ascenseur sur «I Love The Lord»...

2004

Ça swingue, ça chauffe et tout le monde s’amuse.
Même Toots Thielemans montera sur scène pour accompagner nos deux claviéristes pour un brillant «Sunny Side Of The Street».

2005

Pour clôturer la soirée, et en remplacement de Milton Nascimento qui avait donc déclaré forfait la veille du festival, Tania Maria et son quartette feront danser gentiment le chapiteau.

2008

Mélange de classiques («One Note Samba» ou «Agua de Beber») et de compositions originales, l’ensemble est servi avec élégance par Marc Bertaux (eb), Tony Rabeson (dm) et toujours l’excellent Mestre Carneiro (perc).

Toots, toujours dans le coin et toujours bon pied bon œil, fera à nouveau un passage sur scène pour notre plus grand plaisir.

2007

Moins délirante que la dernière fois où je l’ai vu (Jazz Middelheim), la pianiste brésilienne nous a quand même offert un excellent concert, frais et joyeux.

2006

Allez, une bonne Leffe au fut, quelques discussions et fous rires avec musiciens et amis et… au lit (la journée commence tôt dimanche: 15h à l’Abbaye pour un duo absolument magique – oh oui ! - entre Rhoda Scott (sur les grandes orgues) et Steve Houben au sax).

A+

28/07/2008

Dinant Jazz Nights 2008 (Day 1)

Et Dinant Jazz Nights, c’était comment ?

Avant un compte-rendu plus détaillé sur Citizen Jazz prochainement, voici un petit aperçu de mes trois jours dans la cité d’Adolphe Sax.

J’arrive vendredi soir du côté du Parc St Norbert, près de l’Abbaye de Leffe.
À l’entrée, Jean-Claude Laloux m’accueille chaleureusement…
Seulement, il semble un peu contrarié.
Je le comprends lorsqu’il m’explique que Milton Nascimento ne sera pas présent au festival.
Le groupe des frères Belmondo et du chanteur brésilien sera remplacé par Tania Maria.
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En attendant, le premier concert débute.
Il s’agit de Brazzaville, jeune groupe anversois qui a remporté le concours «Jong Jazz Talent 2007» organisé par le Gent Jazz festival.

Brazzaville, c’est deux souffleurs (Vincent Brijs, sax baryton et Andrew Claes au ténor), un guitariste au look de cow-bow (Geert Hellings) un pianiste, qui joue aussi du Rhodes et - puisque Rhoda Scott est programmée au festival - de l’orgue Hammond (Jan Willems), un batteur (Maarten Moesen) et un bassiste (Nicolas Rombouts

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Les présentations sont faites, que la fête commence !
La fête oui, car leur musique, c’est du funk, de la fusion, de la soul, de l’afro beat et bien d’autres choses encore.
Et c’est excellemment joué !
Et sur disque, ce n’est pas moins bon. Je vous le conseille déjà ! (Cherchez par-là)

Le set est enlevé, net, fort.
Pur plaisir.
Ça groove et ça ne se prend pas au sérieux.

Pas plus sérieux ensuite avec Sanseverino.

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Venu avec deux accordéonistes magnifiques: Didier Ithursarry (déjà vu avec l’ONJ de Claude Barthelemy au Théâtre Mani, par exemple) et Vincent Pierani (entendu aux côtés de Manu Codjia, Olivier Calmel, etc…), Sanseverino joue avec les mots à la manière d’un Boby Lapointe et les aiguise comme un François Béranger.

Il s’accompagne à la guitare et donne de grands coups de pieds sur les cymbales disposées devant lui.
Il s’amuse de commentaires parfois douteux (toujours prêt à faire un bon mot, il dérape quand même quelque peu sur la délicate situation politique en Belgique… Mais heureusement, il ne s’y étend pas), il écorne un peu l’église (à l’Abbaye de Leffe, faut oser) et un peu Sarko (un peu facile). Bref, il caricature la société.

C’est de la chanson manouche, swinguante et amusante.
Eric Legnini (parrain du festival) viendra l’accompagner au piano pour une chanson.

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Mais le moment le plus intense restera quand même ce très beau solo à l’accordéon de Pierani, quand il s’accompagne d’un chant plaintif.

Bonne première soirée...

Demain, on continue.

26/07/2008

Gent Jazz Jazz Festival - Day 4

Dimanche 13 juillet.
Brosella – Gent Jazz Festival (jour 4).
Bruxelles – Gand.
Temps clair et route dégagée.

J’arrive sur le site du Bijloke, il y a toujours autant de monde.
Dans l’après-midi, ce sont succédés sur scène, Melody Gardot, dont ont dit beaucoup de bien (pourtant, ce que j’ai entendu de son album ne m’a pas donné envie d’en écouter plus : entre Norah Jones, Madeleine Peyroux et Stacy Kent… pas trop ma tasse de thé), Bert Joris et Enrico Pieranunzi (là, je me dis que j’aurais voulu être Gand) et le Saxophone Summit avec Dave Liebman, Ravi Coltrane et Joe Lovano (là, je râle un peu de ne les avoir pas vu !).

Mais je suis là et bien prêt à écouter le quartette de Wayne Shorter !
La dernière fois que j’avais vu ce groupe, en 2006 à Gand justement, je n’avais pas été vraiment conquis.

Ce soir, ce fut tout le contraire.
Ce fut un concert absolument incroyable.
Sans doute un des plus intenses auxquels j’ai pu assister.
Musicalement et émotionnellement: c’était monstrueux.

Shorter et ses acolytes (Danilo Perez, Brian Blade et John Patitucci) montent sur scène.
Le saxophoniste s’adosse au piano.
Perez lance aussitôt un motif et le quartette démarre au quart de tour.


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Musique libre, improvisée, inspirée, vivante.
Perez s’engouffre dans les grands espaces avec un jeu inventif, vif et pétillant.
Blade impose un groove d’une grande sensibilité.
Patitucci, parfois à l’archet, est de tous les coups.
Et le son de Shorter est un délice.
La musique tourbillonne, s’envole et ne s’arrête jamais.
On passe d’une variation à l’autre sans discontinuité.

Et puis, Shorter abandonne son ténor pour prendre le soprano.
Et là… c’est le drame !
Son instrument lui glisse des mains, l’anche se défile…
Mais la rythmique continue. Ils sont tous hilares. Même Shorter en rigole.
Il tente de réparer son soprano… Mais abandonne et reprend le ténor.

C’est comme si on venait de passer à une vitesse supérieure. On atteint des sommets et le groupe redouble d’idées. Le quartette rebondit sur le moindre incident, comme lorsque Shorter laisse tomber – décidemment ! – le capuchon de son bec de soprano dans le piano !
Ça inspire  Danilo Perez, qui se marre deux fois plus, et qui emmène le groupe encore plus loin !
Brian Blade embraye. Patitucci fait le lien. Il ne sait plus où donner de la tête.
Mais ça joue ! Et comment !
Shorter tente encore de régler son soprano, abandonne à nouveau et reprend le ténor.
Pousse la rythmique vers d’autres lieux.
Brian Blade et Perez se livre un combat intense. Patitucci, un sourire grand comme ça, joue le trouble-fête. Une fois avec le pianiste, une autre fois avec le batteur.

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La musique est bouillonnante.
Clins d’yeux, échanges improbables, hilarité générale… C’est clair, les musiciens ne savent plus où ils sont. Alors ils avancent, encore et encore. Ils inventent une nouvelle musique. L’intelligence de jeu et l’improvisation sont totales.
Le moment est magique.

Et comme s’il était impossible d’aller encore plus loin, Shorter tente le tout pour le tout, empoigne son soprano et, cette fois-ci, se lance à corps perdu dans la musique.

Et là… c’est du délire !
La palette de couleur musicale change encore. L’intensité redouble.
Quinze minutes (ou bien plus, sans doute) de musique extraterrestre !
Explosion de bonheur sur la scène.
La foule se lève.
Standing ovation interminable !

Je suis groggy et heureux !

Je rentre sur Bruxelles.
Et cette fois-ci, je n’écoute pas de musique en voiture, j’essaie de garder ce moment magique en tête.

J’espère qu’une télé aura eu la bonne idée d’enregistrer ce concert d’anthologie.

Inoubliable.

A+

21/07/2008

Brosella 2008

Dimanche dernier, le 13, avant d’aller écouter le concert de clôture de la première partie du festival Gent Jazz, je ne pouvais résister à l’attraction de la toute belle affiche du Brosella.

Direction: l’agréable théâtre de verdure, à deux pas de l’Atomium.

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Quelques gouttes de pluie tombent.
Deux fois rien.
Sur la scène, l’orchestre de Maria Schneider s’est installé.
Superbe Big Band dans lequel on retrouve quelques stars du jazz américain actuel.
Voyez plutôt : Clarence Penn, Ben Monder, Donny McCaslin, Rich Perry, Steve Wilson, etc…
Sans oublier les «habituels» de l’orchestre : Ingrid Jensen, Charles Pillow, Frank Kimbrough, pour ne citer qu’eux.
Tout ça pour nous. Et gratuitement! Merci Henri…

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Les compositions, magnifiquement tissées par Schneider, font mouche dès les premières mesures.
D’ailleurs, le soleil revient aussitôt.
Est-ce «Hang Gliding», ce premier thème?
Toujours est-il que la rythmique est soyeuse et swinguante, extrêmement bien mise en place.

Avec «Rich’s Piece», le ton est plus mélancolique et Rich Perry peut développer le thème d’un bout à l’autre.
Sax légèrement plaintif, quelque peu désabusé… magnifique.

Puis, avant de le diriger, Maria prend un plaisir sincère à expliquer le voyage musical qu’inspire le long et fabuleux «Cerulian Skies», tandis que chaque musicien imite le chant des oiseaux.
Donny McCaslin, dans son solo, monte en puissance pour atteindre un paroxysme et une plénitude où vient le rejoindre l’accordéoniste Toninho Ferragutti, dans un jeu dépouillé, retenu, presque mystique…
Tonnerre d’applaudissement d’une foule extrêmement nombreuse.

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À l’opposée de la grande scène, et dégagée cette année-ci du petit bois où elle partageait habituellement le bar et les sandwisheries (ce qui était sympathique mais pas toujours optimal pour écouter la musique), la seconde scène accueillait Mathilde Renault.

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Pour l’occasion, la jeune pianiste avait invité le saxophoniste suédois Jonas Knutsson.
Le quartette (Stijn Cools aux drums et Janos Bruneel à la contrebasse) revisite les compositions de Mathilde: «Merengue», «In a Swedish Mood», etc…
On y retrouve toujours ce mélange original de jazz et de musiques inspirées de tous les parfums du monde (Brésil, Balkans, Orient…).
Les rythmes sont chatoyants, les thèmes évolutifs et parsemés de changements de directions. Mathilde chante dans son langage imaginaire.
Tout ça dans la subtilité et la légèreté.
«Smiles» (de Knutsson) s’insère avec facilité et sans heurt dans ce répertoire plus qu’agréable.

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Transition idéale pour aller écouter Rabih Abou Khalil.
Toujours aussi drôle et ironique dans la présentation de ses musiciens et de ses morceaux, il nous offre la plupart du répertoire de son dernier album «Em Português».

Le fidèle Michel Godard au tuba, Jarrod Gagwin aux percussions, Luciano Biondini à l’accordéon et Gavino Murgia au sax font balancer l’ensemble entre le festif et l’introspectif.

Retour vers la petite scène pour un changement de style assez radical: Ben Sluijs Quintet.
Ce n’est pas parce que c’est un festival que le quintette fait des concessions.
Le groupe fonce tête baissée dans les principaux thèmes des deux derniers albums : «Somewhere In Between» et «Harmonic Integration».

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Ici, on flirte avec l’atonal, la dissonance. On joue pour un public averti.
Sluijs et Van Herzeele bâtissent autour de «The Unplayable», «Squawk», «Close» ou encore «Where Is The Joy?» des improvisations ardues et inspirées.
Erik Vermeulen intervient ponctuellement et arrive toujours à imposer des phrases d’une qualité extrême, oscillant entre le contemporain et le lyrisme.
Quant à la rythmique Cabras et Patrman, elle est toujours aussi solide et bouillonnante.

Dans un coin du parc, Olivier Kikteff et ses amis des Doigts de l’Homme continuent de jammer doucement. Le soleil ne quitte plus le site et l’ambiance est, comme toujours, détendue, familiale et sympathique.
Il y a, bien sûr, toujours quelques égoïstes qui s’emparent d’une chaise, ne la lâche plus et se baladent avec elle pendant tout le festival.
À croire que d’avoir posé leur cul dessus leur donne droit à la propriété exclusive…

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Passons.

La foule est compacte et attentive devant la grande scène pour écouter Paul Bley en solo.
Même si il met de l’eau dans son répertoire (évitant les improvisations intransigeantes), le pianiste ne la joue pas petits bras.

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Plein d’inventivité et sans temps morts, il rebondit sur les standards dont il n’utilise que les premières notes pour se construire des mélodies toutes personnelles.
Il revoit «Somewhere Over The Rainbow» ou «I Loves You Porgy» et joue avec les tensions, joue les temps suspendus, joue rubato…

Il injecte quelques motifs répétitifs qu’il associe à une valse lente, à un blues ou même parfois presque à un léger rag.

Bien sûr, on aurait voulu un Bley un peu moins conciliant. Pour cela il faudra sans doute attendre de le revoir au Ro
ma à Anvers en mai 2009, si mes infos sont exactes.

Paul Bley aurait bien continué encore. Et le public l’aurait suivi… mais le timing d’un festival se doit d’être respecté.
Et il quitte la scène sous une standing ovation.

Quant à moi, il est temps que je rejoigne Gand pour écouter Wayne Shorter.
Mais ça, c’est une autre histoire.

A+

16/07/2008

John Ruocco - Am I Asking Too Much? Sur Citizen

Avant de revenir sur la dernière journée du Gent Jazz Festival (avec un fabuleux de Wayne Shorter) et les concerts du Brosella, serait-ce trop vous demander de jeter une oreille plus qu’attentive au dernier album de John Ruocco ?

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«Am I Asking Too Much?»
C’est sorti chez Pirouet Records.
John Ruocco à la clarinette, Riccardo Del Fra à la contrebasse et John Taylor au piano.
43 minutes de pur bonheur.
Un must !
Un «élu» comme on dit chez Citizen Jazz.

C’est d’ailleurs là que ma chronique se trouve.

A+

15/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 3

Jour 3

Un 15 tonnes couché aux environs de Ternat et provocant plus de 11 kilomètres de files n’aura, cette fois-ci, pas raison de moi.
Je serai à l’heure à Gand!

J’arrive pile poil pour le début du concert d’Amina Figarova.
La pianiste Azerbaïdjanaise, qui a élu domicile aux Pays-Bas et qui fait le tour du monde plus d’une fois par an, est venue présenter son dernier album «Above The Clouds».

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Autour d’elle, son sextette habituel : Bart Platteau (fl), Kurt Van Herck (ts, ss), Nico Schepers (t), Jeroen Vierdag (b) et le toujours très expressif Chris ‘Buckshot’ Strik aux drums.

Les compositions souvent lyriques et les arrangements ciselés, carrés, bien en place, sont soutenus par un bon groove. Car oui, ça groove et ça swingue plutôt bien.

C’est peut-être un peu ça la nouveauté chez elle ?
On la connaissait assez lyrique, et c’est toujours le cas, mais elle injecte, avec un peu plus d’affirmation
ici, ce léger swing dans les balades («Bagdad Story» ou «Summer Rain»)…
À l’inverse, sur des titres résolument bop («Chicago Split» ou «Blue Wonder»), où chacun des solistes peut dévoiler ses talents, on y retrouve toujours une ligne mélodique forte.

Les échanges raffinés entre le bassiste et le batteur, les solos tranchés de Kurt Van Herck ou de Nico Schepers, les interventions fantomatiques de Bart Platteau et les échappées franches ou romantiques de la pianiste trouvent leur place dans un ensemble à la cohérence parfaite.

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C’est ensuite au tour de FES d’envahir la scène.
Envahir, c’est le mot, car avec leur gros son et leur groove souvent lourdingue, la bande à Peter Vermeersch impose bruyamment une musique qui se veut festive et iconoclaste. Jimi Tenor, en invité, n’ajoute pas à la subtilité.
On est loin de la démarche bien plus raffinée et amusante d’un Matthew Herbert Big Band, par exemple.
On navigue ici entre le brass-band, les beat electro, les clins d’œil aux musiques de James Bond ou des vieilles productions de la Hammer Films.
Petite déception de ce big band qui nous a habitué à bien mieux.

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Pour terminer cette journée (sans pluie!) le site du Bijloke avait fait le plein.
Il faut dire qu’à l’affiche, il y avait Diana Krall.
Et ça, évidemment, ça ramène du monde. Et pas que des amateurs de jazz.
Bien sûr, le concert fut sans surprise.
La belle canadienne est pourtant détendue: elle plaisante, elle raconte sa journée à Gand tout en déroulant les «The Nearness Of You», «Let’s Fall In Love», «Exactly Like You» ou encore «Let’s Face the Music And Dance» avec élégance… mais décidemment sans étincelle.
Le plus intéressant dans l’histoire était sans doute le guitariste Anthony Wilson: précis, vif et inventif.

Un bon jazz de cocktail-party.

A+

12/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 1 & 2

Jour 1

Encombrements, embouteillages, accidents disséminés sur la route et une pluie torrentielle m’ont empêché d’arriver à temps à Gand pour voir le concert d’ouverture du festival Gent Jazz.

C’est Pascal Mohy, en trio, le vainqueur des Django 2007 (catégorie Jeunes Talents), qui avait l’honneur d’ouvrir les festivités.
Et il paraît que c’était très bien…

Je suis donc arrivé pour la remise des prix du Django d’Or 2008.
Cette année, la récompense pour les jeunes talents était attribuée à Robin Verheyen.
Logique.
Et pour les «confirmés», c’est Dré Pallemaerts qui a remporté le trophée.
Les autres nominés étaient David Linx et Bart Defoort… (Choix cornélien… mais il ne faut qu’un vainqueur.)
La «Muse» (prix de la Sabam qui récompense une figure active dans le monde du jazz, qu’il soit journaliste, organisateur ou autre) fut remise méritoirement à Jean-Pol Schroeder de la Maison de Jazz à Liège.

C’est Pierre Van Dormael (Django 2007) qui enchaîna avec son groupe.
Hervé Samb à la guitare, Lara Rosseel à la contrebasse et David Broeders à la batterie.
Musique d’inspiration très roots, très blues, avec des accents parfois africains, parfois country-folk.
Musique assez cool et contemplative.
Musique qui coule entre les deux guitaristes qui s’échangent des improvisations mélancoliques et fatiguées.
La rythmique est, elle aussi, chaude, tendre et veloutée.
À entendre dans des endroits plus intimes, peut-être (même si le nombreux public du festival fut très attentif), ou bien calé chez soi… Si un album se réalise un jour (ce qui en vaudrait la peine).

Transition idéale entre la prestation de Van Dormael et celle d’Herbie Hancock qui doit suivre: Lionel Loueke.

Le Béninois, seul en scène avec sa guitare Godin, dont il exploite magnifiquement toutes les possibilités avec une subtilité et une sensibilité étonnantes, chauffe la salle doucement.
Entre compositions personnelles et re-travail sur des traditionnels Africains, il nous offre une somptueuse palette de couleurs. Auto-sampling, effets de voix, chants de griots, onomatopées, silences, nuances… Loueke se nourrit de jazz, de folk et de souvenirs pour libérer sa belle musique intérieure…

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Place ensuite à Herbie Hancock.
Plutôt que de nous servir l’entièreté de son dernier album «River, The Joni Letters», le pianiste préfère nous inviter à partager plus de 40 ans de carrière.
Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Début tonitruant avec «Actual Proof» (époque funk/fusion) avant de présenter ses musiciens : Loueke, bien sûr, Chris Potter (sax), Vinnie Colaiuta (dm), Dave Holland (aussi magnifique à la basse électrique qu’à la contrebasse) et les deux chanteuses, Amy Keys et Sonya Kitchell.

On a droit alors à deux titres tirés de «River».
Autant la voix de Kitchell est très typée FM, autant celle d’Amy Keys est très soul et R&B. À deux, elles mettent le feu quand même sur un «When Love Comes To Town» (de U2) dynamité !
Loueke est délirant. Colaiuta drive avec fougue, son jeu est plein de reliefs et de puissance. Potter déploie un son parfois acide, parfois rond, toujours vigoureux. Herbie s’amuse vraiment, passant du piano au Korg et injectant ponctuellement des phrases aussi groovy que vintage.
Quant à Holland, il est impérial.
Normal qu’on lui laisse l’entièreté de la scène après ça, pour un long morceau en solo.

Sans aucun artifice, sans sampling, sans effet, seul avec sa contrebasse, Holland déroule une improvisation des plus somptueuses.
Très grand moment !

Et puis, c’est le retour du groupe avec «Maiden Voyage», «Cantaloupe Island» et l’indétrônable «Chameleon» pour lequel Hancock ressort son Roland AX-7, comme au bon vieux temps des Head Hunters.
Que du bonheur !


Jour 2

Toujours autant d’embouteillages, Ring bouché et encore plus d’accidents sur l’autoroute !
Voilà qui m’empêche de voir Stefano Di Battista avec Greg Hutchinson (dm), Baptiste Trotignon (à l’orgue Hammond !) et Fabrizio Bosso (tp).
Je n’ai entendu que le dernier morceau.
Énergique à souhait… Entre Adderley et Horace Silver.
Frustrant !
Georges Tonia Briquet, hésitant à accentuer ma frustration, finit par m’avouer que ce fut bel et bien un concert fantastique. Ce que me confirma Jean-Pierre Goffin…
(Mais que faisaient tous ces gens sur l’autoroute !!??)

Heureusement, Trio Grande me rendit le sourire.
Je fus pourtant assez étonné de constater que leur prestation musicale fut très proche de l’album. Je m’attendais à plus d’impros.
Comme quoi, cette musique très éclatée, festive et sensible à la fois, est très écrite.
Devant un public assez étonné d’entendre ce genre de jazz hybride, Trio Grande impose petit à petit son univers.
Laurent Dehors jongle avec les clarinettes, flûtes, clarinettes basses et même une cornemuse plumée comme une oie…
Matthew Bourne plaque les accords délirants au piano, Michel Massot passe allègrement du trombone au tuba et Michel Debrulle déploie tout son savoir-faire aux percussions.
Il flotte un agréable parfum de bal populaire onirique sous la grande tente blanche.

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Et voilà Pat Metheny !
A côté de la scène, un stand avec casquettes, t-shirts et mugs à l’effigie du guitariste est déployé.
Welcome to «jazz-business» !
Le vendeur fait aussi office de chien de garde et de délateur, scrutant pendant tout le concert les petits délinquants qui oseraient prendre une photo! Il n’hésite pas à les dénoncer! Car les photos sont interdites. Même pour les pros!
Imaginez que l’on retrouve la tête de Pat sur le fond d’une assiette à spaghettis ou sur un camée scellé dans une coquille d’huître au bout d’une jolie chaîne en laiton pour en faire un joli pendentif!
Tout ça, sans l’accord du businessman virtuose!? Impensable!
Son image est aussi protégée que celle de Tintin ou Mickey.

Reste la musique.
Après trois morceaux en solo (histoire de montrer sa belle collection de guitares), voilà enfin Antonio Sanchez (dm) et Christian McBride (b).
Et là, (ouf !), il y a du jazz.
Et du bon.
Du qui groove, qui pulse, qui s’échange, qui s’amuse.
Voilà le Pat Metheny que j’aime. Celui qui se défait du côté démonstratif. Celui qui va droit à l’essentiel.
Bien sûr, il joue beaucoup de notes et il ne laisse aucun espace, aucune respiration. Il est toujours à l’attaque. Il est sur tous les coups. Mais que c’est bon.

Et c’est encore meilleur quand Christian McBride sort du bois (et il ne faut pas grand-chose pour l’y pousser).
Quel jeu! Bluffant!
Il allie virtuosité, puissance et groove avec une aisance incroyable.
Pour un peu, c’est lui qui prendrait la vedette.

Mais Pat Metheny est aussi généreux… très généreux, car le concert, qui était sensé se terminer à minuit, se prolongea jusqu’à plus d’une heure du matin.

L’orage aura beau gronder très fort au-dehors, c’est à l’intérieur que le tonnerre éclata.
Et longuement.

(À suivre)

A+

Manolo Cabras sur Citizen Jazz

Si vous allez au Brosella ce dimanche, vous avez plus d’une chance de le voir sur scène.
Si vous suivez le jazz un peu partout en Belgique, vous risquez de le rencontrer souvent.
Et si vous  vous faites la même chose en France, cela peut vous arriver aussi…

Alors, mieux vaut savoir qui est Manolo Cabras.

L’interview pour Citizen Jazz est ici.
Ça peut servir.

Manolo Cabras3

 

A+

02:03 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : interview, citizen jazz, manolo cabras |  Facebook |

07/07/2008

Trois festivals et un portrait.

Vous irez sans doute au festival Gent Jazz ?
L’affiche est belle, non ?

Mais… vais-je être conquis par Herbie Hancock? A part les morceaux avec Tina Turner, Wayne Shorter et surtout Leonard Cohen, je ne suis pas trop «fan» de son dernier album, pourtant encensé par une bonne partie de la critique. Heureusement, il paraît que pour cette tournée, il injecte quelques bons «tubes» d’antan.

 

 

Et Metheny? Vais-je enfin succomber?

J’avoue que ce que j’ai entendu de son dernier album m’a plutôt laissé une bonne impression…. Wait and see.

Bon, ça, c’est pour les petites interrogations. Pour le reste: Amina Figarova, Trio Grande, Saxophone Summit (avec Liebman, Lovano et Coltrane) FES & Jimi Tenor, ou encore Wayne Shorter… je m’y rends avec excitation.

 

Mais, vous serez peut-être au Brosella?

 

 

J’y serai aussi.
Si si… Le dimanche.
Il va quand même falloir jouer serré pour être l’après-midi près de l’Atomium et le soir au Bijloke.
Ici aussi, l’affiche est belle. Voire exceptionnelle !
Maria Schneider Orchestra, Rabih Abou Khalil… et… Paul Bley !! Immanquables !
Et aussi Mathilde Renault, Ben Sluijs, Les Doigts de l’Homme

 


Et la semaine suivante, vous serez aux
Dinant Jazz Nights?

 


 
 
Brazzavile, San Severino, Greg Houben et Julie Mossay, Rhoda Scott, les frères Belmondo et Milton Nascimento, Eric Legnini et… Toots Thielemans.
Tout ça, sur trois soirs. Dans le parc de l’Abbaye de Leffe.
Il y a des endroits plus sinistres, non ?
 
Puisqu’on parle des Dinant Jazz Nights, je vous invite à lire l’entretien que j’ai eu avec Jean-Claude Laloux.
C’est ici, sur Citizen Jazz.

Bon, on se rencontrera bien quelque part?

A+

05/07/2008

Augusto Pirodda Quartet - Sounds

Dans le numéro du mois de juin de Jazz Magazine (avec Zappa en couverture), Thierry Quénum regrettait le fait que l’on avait tardé à remarquer Giovanni Falzone en France.
Je partage son point de vue.

Il ne faudrait pas que l’on commette la même bévue avec Augusto Pirodda en Belgique.

Pirodda, je vous en avais déjà parlé ici.

Cette fois-ci, il était en concert en quartette (Ben Sluijs, Manolo Cabras et Marek Patrman) au Sounds le 20 juin. (Oui, je sais, c’était il y a plus de quinze jours maintenant, mais je n’ai pas eu le temps de trouver… le temps d’en parler.).

piroda DUO
Je suis arrivé au deuxième set (et sans mon appareil photo. Alors, je vous ai mis l’image de l’un de ses albums en duo avec un autre pianiste, Michal Vanoucek, enregistré en 2002 au festival de jazz de Nuoro ).

«Opa Tune», écrit par Marek est un morceau magnifique, basé sur un rythme qui hésite entre la valse et la milonga. Le dépouillement est quasi total, le groupe joue avec les silences, l’attente. Une ambiance assez ECM.

Les notes graves, en contrepoint très marqué, de Pirodda, finissent par rencontrer celles de l’alto de Ben Sluijs. Puis, elles se croisent, s’espacent, se recroisent à nouveau tandis que Marek ponctue sèchement les rencontres.

Petit à petit, tout s’emballe et le jeu devient bouillonnant.

L’originalité de Pirodda doit peut-être se trouver quelque part dans cette façon de mélanger une musique très physique avec des moments de romantisme aux accents toujours modernes. Son touché et son timing sont étonnants.
C’est ce qui fait sa force.

Sur «Waltz Cruise» ou «Seak Fruits», de manière singulière, il distribue les notes tranchantes que viennent adoucir les harmonies très inspirées du saxophoniste.

Une voix, résolument personnelle et originale que celle d’Augusto.
Difficile de lui trouver une quelconque filiation. Paul Bley, peut-être ? Antonello Salis ? Un peu de Cecil Taylor ?

C’est plein de tendresse et de délicatesse parfois. De mélancolie aussi…
Une pointe d’Hancock ? De Satie ?

Allez  savoir…

À tenir à l’oreille.

A+