26/07/2008

Gent Jazz Jazz Festival - Day 4

Dimanche 13 juillet.
Brosella – Gent Jazz Festival (jour 4).
Bruxelles – Gand.
Temps clair et route dégagée.

J’arrive sur le site du Bijloke, il y a toujours autant de monde.
Dans l’après-midi, ce sont succédés sur scène, Melody Gardot, dont ont dit beaucoup de bien (pourtant, ce que j’ai entendu de son album ne m’a pas donné envie d’en écouter plus : entre Norah Jones, Madeleine Peyroux et Stacy Kent… pas trop ma tasse de thé), Bert Joris et Enrico Pieranunzi (là, je me dis que j’aurais voulu être Gand) et le Saxophone Summit avec Dave Liebman, Ravi Coltrane et Joe Lovano (là, je râle un peu de ne les avoir pas vu !).

Mais je suis là et bien prêt à écouter le quartette de Wayne Shorter !
La dernière fois que j’avais vu ce groupe, en 2006 à Gand justement, je n’avais pas été vraiment conquis.

Ce soir, ce fut tout le contraire.
Ce fut un concert absolument incroyable.
Sans doute un des plus intenses auxquels j’ai pu assister.
Musicalement et émotionnellement: c’était monstrueux.

Shorter et ses acolytes (Danilo Perez, Brian Blade et John Patitucci) montent sur scène.
Le saxophoniste s’adosse au piano.
Perez lance aussitôt un motif et le quartette démarre au quart de tour.


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Musique libre, improvisée, inspirée, vivante.
Perez s’engouffre dans les grands espaces avec un jeu inventif, vif et pétillant.
Blade impose un groove d’une grande sensibilité.
Patitucci, parfois à l’archet, est de tous les coups.
Et le son de Shorter est un délice.
La musique tourbillonne, s’envole et ne s’arrête jamais.
On passe d’une variation à l’autre sans discontinuité.

Et puis, Shorter abandonne son ténor pour prendre le soprano.
Et là… c’est le drame !
Son instrument lui glisse des mains, l’anche se défile…
Mais la rythmique continue. Ils sont tous hilares. Même Shorter en rigole.
Il tente de réparer son soprano… Mais abandonne et reprend le ténor.

C’est comme si on venait de passer à une vitesse supérieure. On atteint des sommets et le groupe redouble d’idées. Le quartette rebondit sur le moindre incident, comme lorsque Shorter laisse tomber – décidemment ! – le capuchon de son bec de soprano dans le piano !
Ça inspire  Danilo Perez, qui se marre deux fois plus, et qui emmène le groupe encore plus loin !
Brian Blade embraye. Patitucci fait le lien. Il ne sait plus où donner de la tête.
Mais ça joue ! Et comment !
Shorter tente encore de régler son soprano, abandonne à nouveau et reprend le ténor.
Pousse la rythmique vers d’autres lieux.
Brian Blade et Perez se livre un combat intense. Patitucci, un sourire grand comme ça, joue le trouble-fête. Une fois avec le pianiste, une autre fois avec le batteur.

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La musique est bouillonnante.
Clins d’yeux, échanges improbables, hilarité générale… C’est clair, les musiciens ne savent plus où ils sont. Alors ils avancent, encore et encore. Ils inventent une nouvelle musique. L’intelligence de jeu et l’improvisation sont totales.
Le moment est magique.

Et comme s’il était impossible d’aller encore plus loin, Shorter tente le tout pour le tout, empoigne son soprano et, cette fois-ci, se lance à corps perdu dans la musique.

Et là… c’est du délire !
La palette de couleur musicale change encore. L’intensité redouble.
Quinze minutes (ou bien plus, sans doute) de musique extraterrestre !
Explosion de bonheur sur la scène.
La foule se lève.
Standing ovation interminable !

Je suis groggy et heureux !

Je rentre sur Bruxelles.
Et cette fois-ci, je n’écoute pas de musique en voiture, j’essaie de garder ce moment magique en tête.

J’espère qu’une télé aura eu la bonne idée d’enregistrer ce concert d’anthologie.

Inoubliable.

A+

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