12/07/2008

Gent Jazz Festival - Day 1 & 2

Jour 1

Encombrements, embouteillages, accidents disséminés sur la route et une pluie torrentielle m’ont empêché d’arriver à temps à Gand pour voir le concert d’ouverture du festival Gent Jazz.

C’est Pascal Mohy, en trio, le vainqueur des Django 2007 (catégorie Jeunes Talents), qui avait l’honneur d’ouvrir les festivités.
Et il paraît que c’était très bien…

Je suis donc arrivé pour la remise des prix du Django d’Or 2008.
Cette année, la récompense pour les jeunes talents était attribuée à Robin Verheyen.
Logique.
Et pour les «confirmés», c’est Dré Pallemaerts qui a remporté le trophée.
Les autres nominés étaient David Linx et Bart Defoort… (Choix cornélien… mais il ne faut qu’un vainqueur.)
La «Muse» (prix de la Sabam qui récompense une figure active dans le monde du jazz, qu’il soit journaliste, organisateur ou autre) fut remise méritoirement à Jean-Pol Schroeder de la Maison de Jazz à Liège.

C’est Pierre Van Dormael (Django 2007) qui enchaîna avec son groupe.
Hervé Samb à la guitare, Lara Rosseel à la contrebasse et David Broeders à la batterie.
Musique d’inspiration très roots, très blues, avec des accents parfois africains, parfois country-folk.
Musique assez cool et contemplative.
Musique qui coule entre les deux guitaristes qui s’échangent des improvisations mélancoliques et fatiguées.
La rythmique est, elle aussi, chaude, tendre et veloutée.
À entendre dans des endroits plus intimes, peut-être (même si le nombreux public du festival fut très attentif), ou bien calé chez soi… Si un album se réalise un jour (ce qui en vaudrait la peine).

Transition idéale entre la prestation de Van Dormael et celle d’Herbie Hancock qui doit suivre: Lionel Loueke.

Le Béninois, seul en scène avec sa guitare Godin, dont il exploite magnifiquement toutes les possibilités avec une subtilité et une sensibilité étonnantes, chauffe la salle doucement.
Entre compositions personnelles et re-travail sur des traditionnels Africains, il nous offre une somptueuse palette de couleurs. Auto-sampling, effets de voix, chants de griots, onomatopées, silences, nuances… Loueke se nourrit de jazz, de folk et de souvenirs pour libérer sa belle musique intérieure…

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Place ensuite à Herbie Hancock.
Plutôt que de nous servir l’entièreté de son dernier album «River, The Joni Letters», le pianiste préfère nous inviter à partager plus de 40 ans de carrière.
Ce qui n’est pas pour me déplaire.
Début tonitruant avec «Actual Proof» (époque funk/fusion) avant de présenter ses musiciens : Loueke, bien sûr, Chris Potter (sax), Vinnie Colaiuta (dm), Dave Holland (aussi magnifique à la basse électrique qu’à la contrebasse) et les deux chanteuses, Amy Keys et Sonya Kitchell.

On a droit alors à deux titres tirés de «River».
Autant la voix de Kitchell est très typée FM, autant celle d’Amy Keys est très soul et R&B. À deux, elles mettent le feu quand même sur un «When Love Comes To Town» (de U2) dynamité !
Loueke est délirant. Colaiuta drive avec fougue, son jeu est plein de reliefs et de puissance. Potter déploie un son parfois acide, parfois rond, toujours vigoureux. Herbie s’amuse vraiment, passant du piano au Korg et injectant ponctuellement des phrases aussi groovy que vintage.
Quant à Holland, il est impérial.
Normal qu’on lui laisse l’entièreté de la scène après ça, pour un long morceau en solo.

Sans aucun artifice, sans sampling, sans effet, seul avec sa contrebasse, Holland déroule une improvisation des plus somptueuses.
Très grand moment !

Et puis, c’est le retour du groupe avec «Maiden Voyage», «Cantaloupe Island» et l’indétrônable «Chameleon» pour lequel Hancock ressort son Roland AX-7, comme au bon vieux temps des Head Hunters.
Que du bonheur !


Jour 2

Toujours autant d’embouteillages, Ring bouché et encore plus d’accidents sur l’autoroute !
Voilà qui m’empêche de voir Stefano Di Battista avec Greg Hutchinson (dm), Baptiste Trotignon (à l’orgue Hammond !) et Fabrizio Bosso (tp).
Je n’ai entendu que le dernier morceau.
Énergique à souhait… Entre Adderley et Horace Silver.
Frustrant !
Georges Tonia Briquet, hésitant à accentuer ma frustration, finit par m’avouer que ce fut bel et bien un concert fantastique. Ce que me confirma Jean-Pierre Goffin…
(Mais que faisaient tous ces gens sur l’autoroute !!??)

Heureusement, Trio Grande me rendit le sourire.
Je fus pourtant assez étonné de constater que leur prestation musicale fut très proche de l’album. Je m’attendais à plus d’impros.
Comme quoi, cette musique très éclatée, festive et sensible à la fois, est très écrite.
Devant un public assez étonné d’entendre ce genre de jazz hybride, Trio Grande impose petit à petit son univers.
Laurent Dehors jongle avec les clarinettes, flûtes, clarinettes basses et même une cornemuse plumée comme une oie…
Matthew Bourne plaque les accords délirants au piano, Michel Massot passe allègrement du trombone au tuba et Michel Debrulle déploie tout son savoir-faire aux percussions.
Il flotte un agréable parfum de bal populaire onirique sous la grande tente blanche.

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Et voilà Pat Metheny !
A côté de la scène, un stand avec casquettes, t-shirts et mugs à l’effigie du guitariste est déployé.
Welcome to «jazz-business» !
Le vendeur fait aussi office de chien de garde et de délateur, scrutant pendant tout le concert les petits délinquants qui oseraient prendre une photo! Il n’hésite pas à les dénoncer! Car les photos sont interdites. Même pour les pros!
Imaginez que l’on retrouve la tête de Pat sur le fond d’une assiette à spaghettis ou sur un camée scellé dans une coquille d’huître au bout d’une jolie chaîne en laiton pour en faire un joli pendentif!
Tout ça, sans l’accord du businessman virtuose!? Impensable!
Son image est aussi protégée que celle de Tintin ou Mickey.

Reste la musique.
Après trois morceaux en solo (histoire de montrer sa belle collection de guitares), voilà enfin Antonio Sanchez (dm) et Christian McBride (b).
Et là, (ouf !), il y a du jazz.
Et du bon.
Du qui groove, qui pulse, qui s’échange, qui s’amuse.
Voilà le Pat Metheny que j’aime. Celui qui se défait du côté démonstratif. Celui qui va droit à l’essentiel.
Bien sûr, il joue beaucoup de notes et il ne laisse aucun espace, aucune respiration. Il est toujours à l’attaque. Il est sur tous les coups. Mais que c’est bon.

Et c’est encore meilleur quand Christian McBride sort du bois (et il ne faut pas grand-chose pour l’y pousser).
Quel jeu! Bluffant!
Il allie virtuosité, puissance et groove avec une aisance incroyable.
Pour un peu, c’est lui qui prendrait la vedette.

Mais Pat Metheny est aussi généreux… très généreux, car le concert, qui était sensé se terminer à minuit, se prolongea jusqu’à plus d’une heure du matin.

L’orage aura beau gronder très fort au-dehors, c’est à l’intérieur que le tonnerre éclata.
Et longuement.

(À suivre)

A+

Commentaires

Je viens de lire le compte-rendu à propos de Stefano Di Battista au Gent Festival. On attend cette formation après-demain et c'est très rassurant. Quant à Herbie Hancock, ouf, ça été apparemment incomparablement mieux que le concert donné à La Défense début juillet.

Écrit par : Gilles | 17/07/2008

Hé bien j'espère que vous prendrez bien du plaisir avec Di Battista...

Quant à Herbie, franchement, c'était une bonne surprise.
Certains trouvaient le concert "décousu". Pour ma part, ce tour d'horizon fut bien agréable... Et Dave Holland !!! Dave Holland !!!! Wooo...
Bon festival chez vous (pas trop frasi dans les grottes??) ;-))

A+

Écrit par : jacques | 18/07/2008

Merci. Les grottes? C'est environ 14°C. Mais avec une petite laine, ça passe. Par contre, on est nombreux à avoir été déçus par la formation qui n'a pas su (voulu?) utiliser l'acoustique du lieu. Dommage. Hier soir, le trio de Renaud Garcia-Fons a été génial et on attend beaucoup des deux concerts à venir.

Écrit par : Gilles | 18/07/2008

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