27/06/2008

Trio Grande - Un matin... sur Citizen Jazz

Un matin plein de promesses, c’est quoi ?
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«Un matin plein de promesses», c’est le titre du dernier album de Trio Grande.
C’est à dire Michel Massot, Laurent Dehors te Michel Debrulle… et pour l’occasion: Matthew Bourne. Et c’est sorti chez De Werf.

Mais c’est quoi, un matin plein de promesses?

Pour le savoir (quoique le meilleur moyen, c’est encore de l’écouter), aller lire ma chronique parue sur Citizen Jazz.

A+

24/06/2008

Jazz à Liège - 2008

Je ne vais pas vous faire une revue trop détaillée du festival Jazz à Liège, car un article pour Citizen Jazz est prévu prochainement.
Vous n’aurez pas à lire deux fois la même chose. Non, ne me remerciez pas, c’est tout naturel.

Voilà donc quelques images et impressions.

J’avais décidé, cette année, de choisir mes concerts et de m’y tenir.
De les voir entièrement (du moins essayer) plutôt que de courir d’une salle à l’autre pour écouter ce qui s’y passe et risquer, finalement, de ne profiter de rien.

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Premier concert, premier coup de cœur: Mélanie De Biasio.
Je sais qu’elle ne fait pas toujours l’unanimité (mais c’est là sa force), et pour moi, ce soir, son concert fut éblouissant! Et fascinant surtout.
Mélanie laisse énormément de place à la musique, aux ambiances et aux musiciens. Elle privilégie le son du groupe plutôt que de jouer «à la chanteuse». Elle va vraiment au bout de sa démarche. Contre vents et marrées. Grand coup de chapeau !
«Summertime», par exemple, était subjuguant !
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Concert suivant: Andy Sheppard et son hommage à Gainsbourg.
Je me méfie toujours de ce genre de projets. Ce soir, pourtant, le « concept » tenait parfaitement la route.
Bien sûr, lorsque les thèmes du «beau Serge» deviennent trop évidents, je ressens une petite gêne. Mais elle est vite balayée par les impros qui suivent et les arrangements intelligents. Et le groupe, à la composition pourtant un peu hétéroclite (Michel Benita et NGuyên Lê se connaissent très bien, mais Sebastian Rochford ou Angelo Bruschini viennent d’un tout autre univers), fonctionne à merveille.
Si, en plus vous ajoutez l’étrange et sensuelle Ma Chenka au chant… on craque.
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Avant le final avec Martial Solal, un passage chez Pierrick Pedron.
Quelle bonne idée! Ce quartette pète le feu! Hard bop, post bop et swing bien tassé. Le jeu de Pedron est explosif, précis et rapide. Avec Agulhon à la batterie, Vincent Artaud à la contrebasse et Laurent Coq au piano: «ça joue!», comme on dit.
Et pas un peu.
Voilà du bonheur simple. On en redemande.
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Y a-t-il un superlatif supérieur à «génial»?
Je ne sais pas, mais en tout cas je n’hésiterais pas à l’employer pour définir le concert de Martial Solal.
Avec les frères Moutin, le pianiste français nous a servi un vrai grand concert de jazz. Moderne, intelligent, swinguant, subtil, intense et d’une musicalité extrême.
Sans aucun doute LE concert de ce festival.
Martial Solal? Mais oui, ça rime avec «génial».
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Discussion sympathique au bar avec Pierrick Pedron et Frank Agulhon, avec Pascal Mohy et Greg Hoben et bien d’autres amis encore, avant de reprendre la route vers Bruxelles en écoutant l’excellent album «If Duo» de Bruno Angelini et Giovanni Falzone.

***

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Samedi en début de soirée, dans le club des congressistes, je découvre Fabien Mary.
Le jeune trompettiste a tout compris du hard bop. Il a tout assimilé et tout digéré.
Avec son groupe (et son excellent guitariste Hugo Lippi) il délivre un jazz «classique» bourré de groove et d’énergie.
À revoir et à suivre de près. De très près.
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Ensuite, dans la salle Dexia: Yaron Herman en trio.
Voilà encore un pianiste qui possède un univers personnel. Un univers qu’il fait partager en mêlant tradition et modernisme. En mélangeant musique classique et pop. Sans intellectualisme outrancier.
Les impros sont tendues, nerveuses et poétiques aussi.
Une poésie brute distillée à coup de petites mailloches qu’il utilise pour frapper son xylophone ou les cordes de son piano.
Fraîcheur et virtuosité.
Grand moment de plaisir !
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Dans la grande salle du fond, Chris Joris a déjà entamé son concert.
Notre percussionniste passe des tambours au piano avec bonheur. Le groupe mélange jazz et musique africaine, et Baba Sissoko n’hésite pas à faire monter l’adrénaline en frappant son Tamani et en chantant avec une ferveur communicative. Eric Person prend quelques solos fulgurants au sax soutenu par un Bob Steward en belle forme.
La formule devrait tourner plus souvent: succès garanti.
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Pour terminer: Abdullah Ibrahim en piano solo. Seul concert du festival où il est interdit d’entrer dans la salle lorsque le récital a commencé.
Car il s’agit d’un récital.
Tout se joue sur l’émotion, la retenue et l’introspection.
Le début est cependant assez laborieux. Ibrahim semble se chercher. Au bout de longues minutes, le jeu s’éclaircit un peu… Mais le pianiste sud-africain retombe rapidement dans des motifs répétitifs manquant de tension et même parfois d’intérêt. C’est superbement bien exécuté mais, contrairement au concert que j’avais vu à Flagey, il y a un an ou deux, celui-ci était plutôt… soporifique.

J’ai bien eu l’occasion, entre deux concerts (ou deux bières) d’aller écouter Nils Petter Molvaer, avec la désagréable impression d’entendre une musique qui a très mal vieilli, ou encore quelques moments du merveilleux duo Petra Magoni et Ferruccio Spinetti, que j’avais vu l’année dernière à Dinant, et que je trouve toujours aussi merveilleux.
J’ai l’occasion, d’ailleurs de discuter un peu avec eux après les concerts et il ne m’étonnerait pas qu’on les revoie encore prochainement en Belgique.
Et ça, ce ne serait pas pour me déplaire.

A+

23/06/2008

Première galette

Troisième rendez-vous entre bloggers. Après «les femmes de jazz» et «les contrebassistes», voici un sujet léger, qui sent bon les vacances: «Première galette»...

Une Madeleine, quoi.

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Je ne sais plus quand j’ai entendu «In The Mood» de Glenn Miller pour la première fois.

À son anniversaire?
À Noël?
Ou à la Saint Joseph?

Glenn Miller, c’est ce que mon père avait «le droit» d’écouter pour célébrer l’événement.
Ces jours-là, il pouvait écouter «sa» musique.
C’est sans doute lors d’une de ces fêtes que j’ai entendu mes premiers airs de jazz.

Plus tard, je me souviens avoir accompagné un oncle au concert que donnait le West Music Club dans la salle de l’école où j’allais. C’était encore le big band des débuts. C’était bien avant que Richard Rousselet ne s’en occupe.

Après cela, il y eut sans doute du Count Basie ou du Duke Ellington qui passaient de temps en temps sur le tourne-disque de mon père. Et dans son atelier, où la radio était perpétuellement allumée, j’ai entendu plus d’une fois «Take Five» de Dave Brubeck sur «Radio Hainaut»…

Plus tard, il y eut le jazz-rock (je ne savais pas que cela s’appelait ainsi) avec Chicago Transit Authority qu’avait ramené de je ne sais où, un de mes cousins.
C’était en ’69 ou ‘70.
Entre-temps, j’écoutais les Beatles, Simon & Garfunkel, Creedence Clearwater Revival, Dylan, Brassens, Brel… (Et d'autres trucs moins avouables.)

Puis, à l’ombre de la cathédrale de Tournai, j’ai découvert la «discothèque» (c’est comme cela que s’appelait la médiathèque à l’époque).
Là, j’allais fouiller et écouter des choses que je n’entendais pas à la radio: Tangerine Dream, Grateful Dead, Klaus Schulze, Soft Machine et aussi… du jazz.
J’ai loué et écouté Ellington, The Andrews Sisters, Cab Calloway, Lester Young, Art Blakey

Le vendredi soir, très tard sur FR3, il y avait le «Ciné Club de Minuit».
J’y ai découvert «Ascenseur pour l’échafaud», mais aussi «Shadows» de Cassavetes, les films noirs et les comédies musicales de Fred Astaire.

Tout ça, ça marque.

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Et puis un jour, ça y est: j’achète mon premier album de jazz!
Art Tatum!

Pourquoi lui? Pourquoi celui-là? Où avais-je entendu son nom?
Est ce à cause de sa gueule un peu de travers? De son sourire triste? À cause de ce titre: «The Genius» ?

Voilà, c’est lui le premier.
Je l’ai écouté souvent, attentivement.
Ce piano qui sautille. Ce rythme insensé qui fait taper du pied. Ces échappées folles. Cette joie qui cache la douleur… Cette virtuosité facile…
Sur cet album, sorti chez « Black Lions Records », on retrouve «Kerry Dance», «Gang O’Notes», «Appolo Boogie», le célèbre «Allelujah» ou encore «Between Midnight And The Dawn».

Alors, régulièrement, le jazz est venu s’immiscer, un peu plus encore, entre Pink Floyd, Genesis, Patti Smith, The Who, Talking Heads, Marianne Faithfull, Joe Jackson ou XTC
Je faisais de la place pour Miles, Stan Getz, Ella Fitzgerald et même Mingus, avec qui pourtant je n’ai pas accroché tout de suite…
J’écoutais tout ça, sans vraiment savoir pourquoi.
C’était une réelle fascination du son, des rythmes étranges, des ambiances, des voix.

Une fois arrivé à Bruxelles, entre autres sorties bien éloignées du jazz, je me suis retrouvé parfois (et par hasard) au Pol’s ou au Travers. Sans savoir qui je venais écouter. Juste pour sentir cette ambiance enfumée, cette musique débridée. Peut-être aussi pour essayer de retrouver les parfums imaginaires des clubs de jazz vu dans des films américains.

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Et puis un jour, Thelonious Monk meurt.

Divers artistes de la pop, du rock et du jazz lui rendent un hommage sur un double album: «The Way I Feel Know».
C’est à ce moment-là seulement, que je découvre que ce Thelo…, Thelio…, Thélonou… Thelonious (quel nom !) est l’auteur de «‘Round Midnight», que j’attribuais à Miles ! (Shame on me!)

Monk !
Mais qui est donc ce personnage que tout le monde vénère?
Il me faut un de ses disques! Avec une version de «‘Round Midnight», bien sûr!

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Ce sera: «At The Blackhawk».
Et là: la claque!
La grosse claque!
Ce type joue faux!?
Ses musiciens font n’importe quoi!?
Et ça me fascine. J’écoute, je réécoute. «Let’s Call This», «4 In 1», «Epistrophy»… Je n’en crois pas mes oreilles.
Monk m’ouvre un monde.
Ce type est fou et cela s’entend dans sa musique. Mais c’est une folie positive, une folie qui fait réfléchir, qui déstabilise, qui agit comme un miroir, qui nous fait nous interroger…

Qui est fou?

Bien sûr, Monk ne joue pas faux: il joue sa musique. Et quelle musique!

«Les ratés existent en tant que ratés quand on sait que Monk a revendiqué l’incertitude dans le choix de la note à jouer, et expliqué tout le parti que l’on pouvait tirer de l’erreur qui, comme le lapsus, ou la rencontre inopinée des mots, peut guider en des lieux inexplorés et faire foisonner les images.»
(in «Thelonious Monk» - Yves Buin – Le Castor Astral)

Une musique unique.

Alors, avec Monk, j’ai écouté la musique autrement. Je l’ai redécouverte.
Monk nous rappelle toujours que l’on doit s’empêcher de tomber dans les habitudes.

Depuis cet instant, je me suis intéressé de plus en plus au(x) jazz(s).
J’ai pris goût à Mingus (et comment !!), j’ai découvert Dolphy (re-claque), approfondi Coltrane, craqué pour Billie…  J’ai été fouiller chez les vieux (James P. Johnson, Willie The Lion Smith, Fats Waller…) pour mieux frissonner avec les modernes (Keith Jarrett, Charlie Haden, Chick Corea, Herbie Hancock…) et les autres, tous les autres…

Thank You Thelonious.
Thank you !

A+

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Sur le même thème, allez voir ce que mes petits camarades racontent:

Maître Chronique
Ptilou’s Blog
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Jazz à Paris
 

00:24 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : thelonious monk, art tatum, glenn miller |  Facebook |

17/06/2008

Interview de Jacques Schwarz-Bart sur Citizen Jazz

Allons, allons, vous avez regardé assez de football à la télé!
Il est temps de revenir au jazz.

Un peu de lecture?
L’interview de Jacques Schwarz-Bart que j’ai réalisé pour Citizen Jazz, par exemple?

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Pas de problème, c’est ici.

A+

15/06/2008

4 for Chet - Au Pelzer à Liège

Le 13 mai  dernier, c’était le triste anniversaire de la mort de Chet Baker.
Le 31 mai, un hommage lui était rendu au Jacques Pelzer Jazz Club, à Liège.
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Quoi de plus normal que ce soit là?
Le Pelzer a pris place dans l’ancienne pharmacie que tenait le célèbre saxophoniste liégeois. Dans cette maison, Chet avait sa chambre réservée lors de ses nombreuses visites en Belgique. Et beaucoup se souviennent encore des interminables jams nocturnes qui se tenaient dans la cave.

Pour l’occasion, Jean-Pol Schroeder, infatigable cheville ouvrière de la Maison du Jazz à Liège, avait concocté un montage vidéo, fait de quelques films (parfois très rares) déniché dans ses archives.
La vie de Chet (du moins de ’58 à ’84) passe, non sans émotion, sur l’écran.

Mais l’hommage ne s’arrête pas là.

Greg Houben avait réuni pour l’occasion le guitariste Quentin Liégeois, le contrebassiste Bart De Nolf et Micheline Pelzer, fille de Jacques, qui fut témoin de cette grande époque puisqu’elle accompagna non seulement Chet, mais partagea aussi la vie de Michel Graillier, pianiste fidèle du trompettiste.
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C’était touchant d’échanger quelques mots avec Micheline (oh, vraiment quelques banalités…il faudrait que je fasse mieux la prochaine fois), surtout que je suis en train de lire actuellement «La longue nuit de Chet Baker» (de James Gavin, chez Denoël) où les témoignages de musiciens qui l’ont côtoyé ne manquent pas.
Évidemment, dans ce livre, on met un peu trop en «valeur» le côté sombre du beau gosse…
Soit.
Chet restera Chet.

Et le concert s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse, sympathique et détendue.
«But Not For Me», «Daybreak», «Broken Wings» ou encore d’autres titres moins connus, comme «Maid In Mexico», se succèdent.
L’esprit du grand Chet est bien présent.
Ni imitation, ni relecture, mais une évocation sincère et personnelle.

Greg Houben au bugle ou au chant fait revivre le côté à la fois romantique et déchiré du trompettiste.
Quentin Liégeois souligne délicatement les mélodies chantantes, empreintes de mélancolie ou de sensualité.
La rythmique est sobre et subtile. Le son velouté de la contrebasse de Bart et le jeu amoureux, aux balais, de Micheline font merveille. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien aussi.

Steve Houben vient à son tour participer à cette fête de famille en quelque sorte.
Le plaisir des échanges musicaux entre le père et le fils est communicatif.
Le nombreux public (amis et fatalement connaisseurs) ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme.

Après le concert, on profite du temps doux et du jardin aménagé en guinguette pour se remémorer le souvenir de Chet Baker et de ses amis liégeois.

A+

14/06/2008

Jazz Marathon 2008 (Enfin!)

Et le Brussels Jazz Marathon, c’était comment ?

C’est vrai ça, avec toutes ces activités, je n’ai pas encore eu le temps de vous raconter mon parcours durant ces trois jours.
C’était les 23, 24 et 25 mai. Déjà !
Je vais essayer de rattraper le temps perdu.
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Vendredi soir, temps ensoleillé, direction Place Ste Catherine.
Je voulais absolument voir The Groove Thing, de Jef Neve et Nicolas Kummert.
Sur place, je rencontre toute la petite bande de Slang qui se prépare à jouer juste après.
Manu Hermia revenait d’une tournée en France avec Rajazz, visiblement satisfait.

Sur scène: The Groove Thing porte bien son nom, car, pour groover, ça groove.
Lieven Venken aux drums, Nic Thys à la basse électrique et devant, Nicolas Kummert au sax incandescent et Jef Neve à l’orgue Hammond bouillonnant.
C’est roots en plein ! Entre soul, bop et r&b…  Jamais un gimmick pop vulgaire ou racoleur comme on peut parfois en entendre avec certaines formations qui surfent sur la vague revival.
Ici, ça joue vrai.
On est proche de Lonnie Smith, Jack Mc Duff ou de Jimmy Smith.
Kummert rappelle parfois un Rashaan Roland Kirk lorsqu’il «délire», souffle, respire, parle ou chante dans son ténor. Il y ajoute de temps en temps des effets de disto. C’est chaud et c’est sexy, et ses duels avec Jef (intenable) sont étincelants.
À retenir, à revoir… à suivre !
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Après une courte pause, Slang investit la scène (qu’ils ont décoré de jolies fleurs) et déverse un gros son: énergique et puissant. On connaît la formule, mais on reste ébahi devant une telle vitalité.
Michel Seba est monstrueux aux percus lorsqu’il entre en transe. François Garny, à la basse électrique, assène des tempos saignants. Manu Hermia, au sax et à la flûte, se démène comme un diable dans ce tourbillon de musiques africaines, indiennes, arabes, rock ou reggae. La foule s’est agglutinée au-devant du podium. Elle ondule, bouge, saute et danse aux rythmes des impros parfois énergiques, parfois hypnotiques.

Une fois ce concert terminé: direction le Walvis, au bout de la rue Antoine Dansaert.
Je voulais absolument écouter le groupe du batteur (que je croyais Néerlandais, mais qui, en fait, est Anversois) Yvan Van Nistelrooy.
Hard bop ou post bop, avec une tendance à aller parfois vers le free-bop. On frise même parfois le jazz rock avec les interventions de Peter Verhelst à la guitare électrique.

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Devant, l’excellent trompettiste Iwan Cotton (qui joue un peu dans l’esprit de Dave Douglas) échange des phrases fiévreuses avec Roel Van Hoek à l’alto.
Toutes les compos sont de Van Nistelrooy, et l’on sent chez lui les inspirations de Miles (période électrique), Coltrane, Philly Joe Jones, mais aussi de Hamid Drake. Bref un large spectre d’influences.

J’arrête là ou je continue ?
Je rentre, ou je ne rentre pas tout de suite?
Allez, un petit saut à l’autre bout de la ville: le Sounds.

Chouette ! Je trouve facilement une place pour me garer.
Chouette ! C’est le break et je peux me faufiler assez près de la scène du club archi-bondé pour voir le quintette de Rosario Giuliani.

Et là, je n’ai pas regretté le voyage !
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Exceptionnel.
Il est plus d’une heure trente du matin et  Rosario Giuliani, Falvio Boltro, Dado Moroni, Luca Bulgarelli  et Benjamin Henocq jouent avec une fougue, une vigueur et une lucidité hallucinantes.

Le grand Dado Moroni, qui soulève même le piano avec ses longues jambes, fait vibrer l’instrument comme un fou. Boltro joue toutes les couleurs de la gamme. Gras, aigu, souple, sec, en rafale ou en longues notes, il répond et renchéri aux assauts de l’infatigable Giuliani.
L’un comme l’autre ne veut pas abandonner. Chacun veut avoir le dernier mot.
Dans cette lutte fratricide, Henocq imprime un rythme tranchant, d’une justesse et d’une précision diaboliques. On atteint des sommets !
Bien sûr, on joue beaucoup de notes, énormément de notes, mais aucune n’est inutile.
Quel esprit «jazz», quelle débauche d’énergie. Ça joue et ça s’amuse.
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«That’s jazz ! Real Jazz!»
C’est ce que l’on se dit sur le trottoir après le concert avec Erik Vermeulen, Nicolas Kummert, Mélanie De Biasio, Alexis Tuomarilia et d’autres encore…

Samedi, rendez-vous sur la place Fernand Coq pour le concours «XL Jazz Jeunes Talents». Comme l’année dernière, je me retrouve dans ce sympathique jury, avec Jan De Haas, Fabien Degryse, Pirly Zurstrassen, Jacobien Tamsma, Etienne Richard et Henri Greindl.

Le batteur Guillaume Palomba et son quartette ouvrent les «hostilités».
Ce sera un spécial Monk. C’est déjà une preuve de très bon goût. «Eronel», «Criss Cross» ou encore «Ugly Beauty» se succèdent. Malgré de belles interventions du guitariste, Simon Martineau, le groupe ne se lâche pas vraiment et cela reste un peu académique.

Egon, le deuxième groupe, drivé par Louis Favre (batteur également), développe un jazz très rock… voire du rock très jazz. Les plages atmosphériques, mâtinées d’électro (Joachim Searens), succèdent à des moments plus vifs et accrocheurs. Steven Delannoye (as) et l’excellent guitariste Simon Witvrouw font rapidement monter la pression. On sent une belle cohésion et une belle personnalité poindre dans cet ensemble qui fera sans doute encore parler de lui.

Mais le gagnant, car il faut un gagnant, sera Bansuri Collective (ou Collectif… on ne sait plus). Cette fois-ci, le leader est contrebassiste: Ruis Salgado. Il est l’auteur de presque tous les titres. Il mélange subtilement les genres, allant du swing au groove très actuel. Les mélodies sont sinueuses, parfois complexes, mais toujours lumineuses. Il faut signaler le drumming singulier de Frederik Meulyzer, qui recevra d’ailleurs, et à sa grande surprise, le prix du meilleur «soliste».

Je ne m’attarde pas pour écouter le trop caricatural groupe The Dominos et je préfère pousser une pointe jusqu’à Flagey pour écouter Andreu Martinez, toujours aussi punchy, et aussi le trio de Nathalie Loriers.
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Quel bonheur de la revoir dans cette formation.

Avec Philippe Aerts (cb) et Joost Van Schaik on retrouve le jeu à la fois lyrique, tendre mais aussi très affirmé de Nathalie.
Au programme un «Someday My Prince Will Come» aux arrangements assez surprenants, un «Forward» très swinguant, un «Walking Trough Walls» dépouillé et nocturne (des inflexions qui rappellent parfois Petrucciani?), un «Mémoire d’O» enlevé, ou encore un sensuel «Ligne Calire», au tempo moyen, dans un esprit assez Jamalien.
Que du bonheur.
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Sous la pluie (ben oui, sinon, ce ne serait pas vraiment le Brussels Jazz Marathon), je remonte vers le Théâtre Marni pour prendre une Orval et une petite dose de The Groove Thing.
Gros succès.
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Puis je rejoins le Sounds, toujours comble, pour profiter encore du quintette de Giuliani.
C’est toujours aussi impressionnant.

Dimanche après-midi, sur la Grand Place, il faut chaud et ensoleillé.
Dingue !
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Jacques Piroton, guitariste dont on sous-estime trop souvent l’immense talent présentait son nouveau quartette.
On connaît l’affection de Jacques pour le jazz rock à la Bill Frisell, Jimi Hendrix ou même Scofield.
C’est tout ça que l’on retrouve, mais travaillé à la sauce Piroton: des riffs tranchants, des solos précis et agiles et des envolées explosives. Jan De Haas à la batterie, Benoit Vanderstraeten en soutien efficace à la basse électrique et surtout un sensationnel Fabrice Alleman à la clarinette et clarinette basse terminent de nous convaincre.
Voilà un mélange peu commun et un résultat qui vaut vraiment le coup d’oreille.
Piroton va enregistrer cet été en… acoustique ! Très curieux d’entendre ça.
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VVG Trio, à savoir Bruno Vansina (as), Teun Verbruggen (dm) et Gulli Gudmundsson (cb) avaient invité Magic Malik et Nelson Verras à venir jouer avec eux.

Peut-être plus à l’aise en salle, où le groupe peut installer plus aisément ses climats étranges, le quintette nous a quand même montré une belle palette de thèmes riches et parfois complexes («Tokio Quantize», «Moon Under» ou encore «In Orbit»).

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Pour finir cet intense week-end de jazz : le Brussels Jazz Orchestra sous la direction de Michel Herr.
Deux longs sets efficaces, swinguants et éclatants.
Les riches compositions du pianiste belge («Song For Lucy», «Bad Fever», «New Pages», etc.) sont servies avec panache par le Big Band.

Haaaaa… l’ostinato de Nathalie Loriers, ou les solos de Pierre Drevet (bugle) et de Kurt Van Herck (as)  sur «Song For Micheline», ce rythme galopant sur «Extreme», la guitare de Peter Hertmans, les interventions de Bart Defoort ou Frank Vaganée sur «New Era»…
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Le BJO n’a plus rien à prouver et l’on aurait pu le laisser jouer un peu plus longtemps encore, mais les règlements stricts de police ne sont pas toujours compatibles s avec l’esprit de fête du Jazz Marathon.
Une petite heure de plus l’année prochaine… Hum ?


A+

07/06/2008

Pascal Schumacher - Silbergrau sur Citizen Jazz

Une nouvelle chronique sur Citizen Jazz.
Cette fois-ci, il s’agit du dernier album de Pascal Schumacher.
C’est sorti chez Igloo (en septembre 2007 déjà…mais on sait qu’un disque de jazz, un bon, est fait pour durer), sous une très belle pochette signée, comme d’habitude, Michel Welfringer.
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Chronique à lire ici.

A+

14:20 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pascal schumacher, citizen jazz, chronique |  Facebook |

04/06/2008

The Unplayables - Jazz Station

Comme dans un petit avion qui décolle, on quitte doucement la terre.

Les deux saxophonistes, Ben Sluijs et Jereon Van Herzeele, jouent une mélodie douce.
Manolo Cabras, à la contrebasse, marque une pulsation régulière.
Marek Patrman éclabousse le thème de délicats coups de cymbales.
Erik Vermeulen saupoudre l’ensemble de quelques notes cristallines.
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Et puis, ça monte en intensité. Comme si tout se déglinguait.
On se demande si ce morceau va tenir?
Un chaos maîtrisé s’installe… les notes s’éparpillent… puis, retombent comme une fine poussière qui tourbillonne… et trouvent finalement un chemin.
C’était «Close» et «Perfect» extraits de la suite «A Set Of Intervals» sur le précédent album du Ben Sluijs Quartet «Somewhere In Between».

Ça commence fort.
Alors, Manolo et Ben introduisent, dans un esprit très lunaire, ce qui doit être, je pense «Whistling»… Mais Jereon vient jouer les trublions et impose petit à petit une insidieuse mélodie qui se transforme bien vite en improvisation incandescente.

C’est le mariage de l’eau et du feu.
C’est une douceur brute.
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Mais «The Unplayables» (c’est le nom de ce quintet), est capable aussi de lyrisme. Normal, si on connait un peu Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
«Scalewise» est très romantique, très printanier.
Bien sûr, on est loin de la banalité.
Les saxes, à l’unisson, lancent le pianiste vers un solo finement ciselé, tendre et subjuguant.
Là où certains jouent beaucoup de notes, Vermeulen les distille avec parcimonie.
Il les laisse respirer, joue avec le silence et son écho…
De même, ses lignes mélodiques, sur «The Unplayables» (merveilleux Ben Sluijs à la flûte), sont des oasis, des petits coins de ciels bleus, des moments de fraîcheur.

Frisson est garanti.

«Major Step», termine le premier set en explosion free, swing et post-bop nerveux.
«Harmonic Integration» ouvre le second sous la forme d’une valse nonchalante, suivi par «Where Is The Joy», qui joue beaucoup plus la carte du free jazz.
Des structures courtes, très ouvertes, des interventions incisives de la rythmique (Marek nous gratifiera plus tard un solo diabolique) et un Van Herzeele toujours prêt à s’échapper…
Le cœur bat vite.
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Alors, le final se joue tout en douceur.
Une flûte aux accents un peu orientaux ou indiens nous ramène dans une ambiance nocturne et introspective…

C’était le 21 mai à la Jazz Station.

A+

03/06/2008

Animus Anima - Jazz Rendez-vous - Théâtre Marni

Comme chaque trimestre, le Théâtre Marni et Travers Emotion organisent leur Jazz Rendez-vous.

Au programme cette fois-ci, Gaia Cuatro, Nicolas Kummert feat. Magic Malik et Animus Anima.
Il était prévu que le trio Fonda, Lopez, Angellini ouvre ce mini festival.
Malheureusement, pour des raisons d’organisation du trio, ce concert fut annulé et reporté à une date ultérieure… On attend ça avec impatience.
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Place donc à Animus Anima.
Au premier abord, leur musique, entre free-rock et jazz progressif me rappelle un peu Polar Bear.
Mais la palette du groupe franco-belge est assez large que pour se limiter à cela.
On y retrouve des accents free, des plages très atmosphériques, des dérives iconoclastes et ironiques (voire cyniques), du blues aussi, parfois.

Après un premier morceau à la nervosité toute retenue, «Statue de la Liberté» se construit sur un rythme lent et hypnotique. La guitare de Benoist Heil joue le gros son, tandis que Etienne Plummer, à la batterie, imprime un tempo léger et galopant avec les balais. Nicolas Ankoudinoff lâche quelques phrases au travers d’un sax au son légèrement abrasif. Ambiance.

«Tobin le sagace» joue, lui, sur les contrastes. Après un début très intimiste, il se termine en implosion hystérique. Pascal Rousseau, qui a fait monter la pression au tuba tout au long du morceau, lâche son instrument pour pousser des hurlements stridents au micro. Pour crier sa rage d’un monde étouffant qui va de plus en plus vite. Trop vite.
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Petit détour, ensuite, du côté de Hendrix ou de Ducret pour Benoist Heil sur «Sentir/Consentir», après une intro très bruitiste.
Puis un crochet  vers le blues/folk, avec une ballade emmenée par Pascal Rousseau au tuba bucolique. Comme un lutin à travers les bois, c’est lui qui montre le chemin et qui dessine les premiers contours d’une mélodie qu’Ankoudinoff incise de son sax acide, cette fois.

Plus tard, c’est un clin d’œil aux rythmes africains qui inspirent des polyrythmies insensées. Des breaks, des stop and go, des démarrages en trombe, des échanges vifs entre sax et batterie… le groupe se connaît bien et s’amuse.

Et pour finir, rendez-vous au «Cimetière des Innocents», long morceau méditatif, planant et organique.

Animus Anima distille décidément un climat bien particulier qui prend surtout son sens en concert. Dommage qu’il y  eût trop peu de monde…

Soyez là, la prochaine fois...

A+

01/06/2008

Mikkel Ploug Group - 17-05 - Sounds

Mikkel Ploug est un guitariste danois dont je ne connaissais pas grand-chose (je me souvenais seulement avoir lu  un billet de Mwanji l’année dernière).
Son groupe faisait une escale à Bruxelles, au Sounds, pour présenter son nouveau CD («Harmoniehof» chez Fresh Sound New Talent), avant de continuer vers Paris, Hambourg, Amsterdam, Berlin etc…
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Trio à la base (Ploug à la guitare, Jeppe Skovbakke à la contrebasse et Sean Carpio aux drums), le groupe s’est vite offert les services du saxophoniste américain Mark Turner.
Raison supplémentaire pour aller tendre l’oreille du côté de la Rue de la Tulipe.

Un premier morceau au thème assez circulaire et manquant peut-être d’un peu de relief, installe une ambiance plutôt soft. «Enthousiasts» est un peu plus nerveux et permet au guitariste et au contrebassiste de «sortir» plus franchement… mais avec «Soft Spoken» on retombe dans l’esprit un peu paresseux du premier morceau.
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Le jeu de Ploug est très doux, légèrement enrobé et du coup, ses riffs tombent parfois de façon assez insolite. J’ai une petite préférence sur ses interventions dans le dernier morceau du premier set («Logicunlogic»), nettement plus vives et affirmées, qui rappellent un peu Kurt Rosenwinkel dans les effets.

Mark Turner navigue, quant à lui, entre un son velouté et souple toujours très contrôlé.
Dans cette ambiance assez retenue, Sean Carpio a tendance à être un peu trop présent. Par contre, il est tout à fait exceptionnel quand «ça explose», et son solo, sur ce dernier morceau également, est d’une terrible efficacité.

Le deuxième set débute de façon bien plus «catchy».
Et tout le reste sera à l’avenant. Même si le second morceau («Harmoniehof») est une sorte de ballade/valse. Mais ici, Ploug se montre d’une sensibilité étonnante. Et le dialogue qui suit entre le bassiste et la batterie est un petit délice.
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Et ça s’emballe ensuite sur un thème assez post-bop où Turner joue sur les intervalles avant de s’échapper dans une improvisation excitante. Pleine de justesse et d’ à-propos.
Tout s’ouvre et, entre les musiciens, un fluide passe. La musique flotte dans une spirale montante.
«Residentie» est découpé, la guitare est plus incisive.
Tout comme dans «Brekfast Special», plus joyeux.

Finalement, ce deuxième set était bien plus énergique, comme me le confirmeront Mikkel Ploug et Mark Turner (tous deux un peu fatigués par le voyage), avec qui je discute et partage une bière (ou deux?) après le concert.

Univers agréable et sans prise de tête, auquel il faut s’habituer un peu, avant d’en apprécier les subtilités qui se cachent derrière une simplicité illusoire.
Groupe à suivre.

A+