23/06/2008

Première galette

Troisième rendez-vous entre bloggers. Après «les femmes de jazz» et «les contrebassistes», voici un sujet léger, qui sent bon les vacances: «Première galette»...

Une Madeleine, quoi.

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glenn
Je ne sais plus quand j’ai entendu «In The Mood» de Glenn Miller pour la première fois.

À son anniversaire?
À Noël?
Ou à la Saint Joseph?

Glenn Miller, c’est ce que mon père avait «le droit» d’écouter pour célébrer l’événement.
Ces jours-là, il pouvait écouter «sa» musique.
C’est sans doute lors d’une de ces fêtes que j’ai entendu mes premiers airs de jazz.

Plus tard, je me souviens avoir accompagné un oncle au concert que donnait le West Music Club dans la salle de l’école où j’allais. C’était encore le big band des débuts. C’était bien avant que Richard Rousselet ne s’en occupe.

Après cela, il y eut sans doute du Count Basie ou du Duke Ellington qui passaient de temps en temps sur le tourne-disque de mon père. Et dans son atelier, où la radio était perpétuellement allumée, j’ai entendu plus d’une fois «Take Five» de Dave Brubeck sur «Radio Hainaut»…

Plus tard, il y eut le jazz-rock (je ne savais pas que cela s’appelait ainsi) avec Chicago Transit Authority qu’avait ramené de je ne sais où, un de mes cousins.
C’était en ’69 ou ‘70.
Entre-temps, j’écoutais les Beatles, Simon & Garfunkel, Creedence Clearwater Revival, Dylan, Brassens, Brel… (Et d'autres trucs moins avouables.)

Puis, à l’ombre de la cathédrale de Tournai, j’ai découvert la «discothèque» (c’est comme cela que s’appelait la médiathèque à l’époque).
Là, j’allais fouiller et écouter des choses que je n’entendais pas à la radio: Tangerine Dream, Grateful Dead, Klaus Schulze, Soft Machine et aussi… du jazz.
J’ai loué et écouté Ellington, The Andrews Sisters, Cab Calloway, Lester Young, Art Blakey

Le vendredi soir, très tard sur FR3, il y avait le «Ciné Club de Minuit».
J’y ai découvert «Ascenseur pour l’échafaud», mais aussi «Shadows» de Cassavetes, les films noirs et les comédies musicales de Fred Astaire.

Tout ça, ça marque.

tatum
Et puis un jour, ça y est: j’achète mon premier album de jazz!
Art Tatum!

Pourquoi lui? Pourquoi celui-là? Où avais-je entendu son nom?
Est ce à cause de sa gueule un peu de travers? De son sourire triste? À cause de ce titre: «The Genius» ?

Voilà, c’est lui le premier.
Je l’ai écouté souvent, attentivement.
Ce piano qui sautille. Ce rythme insensé qui fait taper du pied. Ces échappées folles. Cette joie qui cache la douleur… Cette virtuosité facile…
Sur cet album, sorti chez « Black Lions Records », on retrouve «Kerry Dance», «Gang O’Notes», «Appolo Boogie», le célèbre «Allelujah» ou encore «Between Midnight And The Dawn».

Alors, régulièrement, le jazz est venu s’immiscer, un peu plus encore, entre Pink Floyd, Genesis, Patti Smith, The Who, Talking Heads, Marianne Faithfull, Joe Jackson ou XTC
Je faisais de la place pour Miles, Stan Getz, Ella Fitzgerald et même Mingus, avec qui pourtant je n’ai pas accroché tout de suite…
J’écoutais tout ça, sans vraiment savoir pourquoi.
C’était une réelle fascination du son, des rythmes étranges, des ambiances, des voix.

Une fois arrivé à Bruxelles, entre autres sorties bien éloignées du jazz, je me suis retrouvé parfois (et par hasard) au Pol’s ou au Travers. Sans savoir qui je venais écouter. Juste pour sentir cette ambiance enfumée, cette musique débridée. Peut-être aussi pour essayer de retrouver les parfums imaginaires des clubs de jazz vu dans des films américains.

i feel
Et puis un jour, Thelonious Monk meurt.

Divers artistes de la pop, du rock et du jazz lui rendent un hommage sur un double album: «The Way I Feel Know».
C’est à ce moment-là seulement, que je découvre que ce Thelo…, Thelio…, Thélonou… Thelonious (quel nom !) est l’auteur de «‘Round Midnight», que j’attribuais à Miles ! (Shame on me!)

Monk !
Mais qui est donc ce personnage que tout le monde vénère?
Il me faut un de ses disques! Avec une version de «‘Round Midnight», bien sûr!

monk

Ce sera: «At The Blackhawk».
Et là: la claque!
La grosse claque!
Ce type joue faux!?
Ses musiciens font n’importe quoi!?
Et ça me fascine. J’écoute, je réécoute. «Let’s Call This», «4 In 1», «Epistrophy»… Je n’en crois pas mes oreilles.
Monk m’ouvre un monde.
Ce type est fou et cela s’entend dans sa musique. Mais c’est une folie positive, une folie qui fait réfléchir, qui déstabilise, qui agit comme un miroir, qui nous fait nous interroger…

Qui est fou?

Bien sûr, Monk ne joue pas faux: il joue sa musique. Et quelle musique!

«Les ratés existent en tant que ratés quand on sait que Monk a revendiqué l’incertitude dans le choix de la note à jouer, et expliqué tout le parti que l’on pouvait tirer de l’erreur qui, comme le lapsus, ou la rencontre inopinée des mots, peut guider en des lieux inexplorés et faire foisonner les images.»
(in «Thelonious Monk» - Yves Buin – Le Castor Astral)

Une musique unique.

Alors, avec Monk, j’ai écouté la musique autrement. Je l’ai redécouverte.
Monk nous rappelle toujours que l’on doit s’empêcher de tomber dans les habitudes.

Depuis cet instant, je me suis intéressé de plus en plus au(x) jazz(s).
J’ai pris goût à Mingus (et comment !!), j’ai découvert Dolphy (re-claque), approfondi Coltrane, craqué pour Billie…  J’ai été fouiller chez les vieux (James P. Johnson, Willie The Lion Smith, Fats Waller…) pour mieux frissonner avec les modernes (Keith Jarrett, Charlie Haden, Chick Corea, Herbie Hancock…) et les autres, tous les autres…

Thank You Thelonious.
Thank you !

A+

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Sur le même thème, allez voir ce que mes petits camarades racontent:

Maître Chronique
Ptilou’s Blog
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Jazz à Paris
 

00:24 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : thelonious monk, art tatum, glenn miller |  Facebook |

Commentaires

Parcours Très intéressant, comme d'hab !
Et ton parcours, qui te fait passer par Creedence, Chicago, le rock progressif me fait penser au mien.
Et tes prolongements jazz sont aussi un peu les miens.
Je te cite un titre du Marc Steckar Tubapack qui devrait te plaire :
"Parle à Monk, Mingus est malade" !!!
Bien à toi,
Denis

Écrit par : Maître Chronique | 23/06/2008

Cheminement Parcours proche et références discographiques bien connues également...

C'est quoi les " (j'écoutais d'autres trucs moins avouables) " ?? ....

Pour ma part, avant de plonger dans les 45 t des Beatles et des Stones (en 64-65), je sortais tout droit d'une époque Sheila (les 4 premiers disques...) et Claude François (idem)... Il ne faut pas la renier la période yéyé des 10 - 12 ans !!! (je suis né en 53)

Bon sinon, ma petite contribution parle également de Monk. Quelqu'un que je ressens très physiquement. Un très haut artiste ! un phare !

Je me revois allant au boulot en bagnole le 17 fév 82 écoutant l'autoradio en traversant la Seine au niveau chambre des députés et apprenant la mort de Monk... petite larme au volant...

Écrit par : ptilou | 23/06/2008

@Denis
C'est vrai que j'ai retrouvé chez toi quelques noms qui se trouvent ici. :-))

@Ptilou
Monk! Un incontournable!
Quant à mes trucs noins avouables, je pensais à tout ce qui passait à la radio Gérard Lenorman, les poppys... et j'en oublie heureusement.
Mais ça reste de bon souvenirs :-)))
Par contre, il y avait aussi des trucs qui m'ont marqués, que je revendique, et dont je n'ai pas parlé: comme Bécaud, Barbara, Ferré, Trenet, Ray ventura, Polnareff, Gainsbourg... chez les français. Ou Les Stones, Procol Harum, Slade, Santana, Manfred Mann, Randy Newman et plus tard Blondie, Pretenders, Supertramp, Cure, Kraftwerk, Joy Divison, The Clash... et laliste est encore longue...
:-)

A+

Écrit par : jacques | 23/06/2008

Inavouable? Oui, bien sûr, je n'ai pas parlé de ma période yéyé québécoise, c'était le délire total! Ça ne vous dirait rien de toute façon. Mais c'était bien avant mon premier disque de jazz...

Excellent billet, Jacques.

Jean Francois

Écrit par : Jazz Frisson | 24/06/2008

Oh chouette ! Tiens moi aussi j'ai longtemps cru que Round Midnight était un thème de Miles !
Ton article me donne envie de revoir Straight No Chaser.

Très belle évocation !

Écrit par : Belette | 01/07/2008

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