27/05/2008

Stéphane et Lionel Belmondo sur Citizen Jazz

Les frères Belmondo viennent de sortir leur dernier album.
Après une plongée dans la musique de Lili Boulanger, après l’hommage à Stevie Wonder et une collaboration avec Yusef Lateef, les voici en compagnie de Milton Nascimento.


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Comparer cet album à «Native Dancer» - comme je l’ai lu, je ne sais plus où - est absurde.
L’album de Shorter et celui des Belmondo n’ont rien à voir.
Et il serait dommage de se priver de ce dernier.

 

Belmondo Bros+JC Laloux

Stéphane et Lionel Belmondo seront (avec Milton Nascimento, Thomas Bramerie, Dédé Ceccarelli et Eric Legnini) au prochain festival Dinant Jazz Nights (18,19 et 20 juillet). Ils sont un peu chez eux, là-bas...

Réservez déjà vos places ! 

 
J’ai eu l’occasion de les rencontrer.
L’interview, c’est ici

A+

26/05/2008

Maalouf - Naïm au Cirque Royal

Le Cirque Royal est quasi complet ce soir.
Il faut dire que le plupart des spectateurs sont venus pour écouter Yaël Naïm.
Comme mes filles, par exemple.

Moi, j’étais venu principalement pour la première partie, pour Ibrahim Maalouf.
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Sur scène, le trompettiste franco-libanais est entouré de François Merville à la batterie, Youssef Hbeish aux percus, Eric Löhrer à la basse électrique, ainsi que d’un guitariste et d’un joueur de kanoun dont je n’ai pas retenu les noms.

Le son de la basse est hyper saturé sur le premier morceau, ce qui gâche pas mal le plaisir.
Le groove est pourtant bien là. Entre ethno-jazz et électro.

Maalouf revisite alors «Shadows», façon dub-reggae, avant de poursuivre avec «Diasporas», morceau titre de son récent album. Le trompettiste recherche les rythmes tribaux, aidé par l’excellent percussionniste. On sent l’envie de jouer à l’énergie. Et la salle répond avec enthousiasme.

Contraste ensuite, sur le morceau suivant, avec le son capiteux, voire étouffé, de la guitare.
L’ambiance reste cependant chaude et moite.
Maalouf échantillonne quelques notes, mélange l’Orient et l’Occident.
Puis, il demande au public de chanter une mélodie qu’il enregistre en vue de son prochain album.
On le sait, Ibrahim aime jouer avec les sons et les bruits qui l’entourent pour créer un monde musical bien à lui.
Attendons le résultat.

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Après une brève pause, Yaël Naïm, et son fidèle compagnon de route David Donatien, investissent la scène avec un groupe où l’on reconnaît, entre autres, Laurent David (guitare) mais aussi un certain Xavier Tribolet, aux claviers (et parfois à la batterie aussi), qu’on a déjà vu aux côtés de Daniel Roméo ou encore Mimi Verderame et Bart Defoort

Entre ballades folk et pop acidulée, la jeune franco-israélienne déroule avec beaucoup d’humour, de sensibilité et de talent ses chansons.

Yaël Naïm possède une voix d’ange.
Elle est capable de monter dans des aigus avec élégance, de tenir la note avant de revenir vers un chant plus velouté, presque grave. Ça me fait penser parfois à Mara Carlyle.
Tantôt à la guitare, tantôt au piano, elle enchaîne les morceaux.
Elle reprend ainsi «Toxic» de Britney Spears que l’on préfère, et de loin, à la version originale.

Elle chante en hébreu («Si vous entendez de grrr et des brrr, ne vous inquiétez pas, c’est de l’hébreu», prévient-elle avec humour), mais aussi en français (chanson dans laquelle Tribolet injecte un son très «vintage» aux claviers).

Et après le méga tube «New Soul», la chanteuse et son complice David Donatien chauffent encore un peu plus la salle en lui demandant de chanter un tonitruant final.

Belle soirée.

Je comptais aller voir Ibrahim Maalouf le dimanche suivant à la Cathédrale Ste Gudule, en compagnie de Murcof et de l’Ensemble des Musiques Nouvelles.
J’ai bien eu l’occasion de discuter un peu avec lui avant le concert, mais… un cafouillage sur la liste de presse et un service d’accueil (?) assez intransigeant m’ont empêché de voir ce magnifique (j’imagine) concert…

C’est con, mais c’est comme ça.

A+

22/05/2008

Something Red In The Blue sur Citizen Jazz

Avant de parler (je suis un peu à la bourre) des concerts que j’ai vu (Ibrahim Maalouf, Mikkel Ploug, Animus Anima et Ben Sluijs...) je vous propose d’aller lire ma chronique d’un excellent album: «Something Red In The Blue» de Fabian Fiorini 3iO.
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C’est sorti chez Cypres et ça vaut vraiment le coup d’oreille.
D’abord, parce que c’est très bien et aussi parce que… c’est très bien.

A+

19/05/2008

Dee Dee Bridgewater au Bozar

J’ai enfin vu «A Malian Journey» sur scène.
Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais du dernier album de Dee Dee Bridgewater et du plaisir que j’ai eu à l’interviewer.

J’avais déjà vu la chanteuse sur scène par deux fois. Et je dois avouer que la première ne m’avait pas plus ému que ça et que la deuxième fois m’avait carrément crispé (avec son projet «chansons françaises»).

Mais Dee Dee est versatile (à moins que ce ne soit moi?).
Et ce soir, au Bozar, elle m’a vraiment convaincu.
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Alors, oui, bien sûr, elle parle. Elle parle beaucoup.
Mais son projet est tellement sincère, et ça se ressent, qu’elle a envie de le défendre jusqu’au bout.
Quitte à en faire trop.
Mais cette fois-ci, on ne lui en veut pas.

La salle (qui aurait mérité d’être encore plus remplie), est nimbée de fumée pour mieux faire ressortir les rais de lumières chaudes qui strient l’espace, comme des rayons de soleil qui passent au travers du toit d’une hutte.
Dans le fond de la scène, trois énormes tissus africains sont tendus.
On est dans une jungle chaude. Ou une oasis.

Yakouba Sissoko fait l’appel au tamani.
Les tambours résonnent au son de «Afro Blue» et Dee Dee apparaît.
Surprise: elle s’est totalement rasée les cheveux.
Elle est plus africaine que jamais. Et ça lui va terriblement bien.

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Heureuse et pétillante, elle invite ensuite l’immense Kabiné Kouyaté à venir chasser les «Bad Spirits», puis la bouillonnante Mamani Keita à partager «Dee Dee» sur les doux accords de la kora de Cherif Soumano.

Puis, Edsel Gomez introduit sèchement «Footprints».
Il est rejoint par Lansiné Kouyaté au balafon, éblouissant de force et de précision.
On sent la tension monter.
Et ce n’est rien comparé à «Demissènw» (Children Go Round) qui entraîne la chanteuse dans une sorte de transe.
Elle a rappelé Mamani Keita, qui se lance dans une danse très suggestive.
Dee Dee fait lever la salle. La fait danser.
Minino Garay, tantôt à la batterie, tantôt aux percus, et Moussa Sissokho au djembé s’en donnent à cœur joie. Même Edsel Gomez s’envole dans des improvisations presque free.
Un vrai bonheur.

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Manipulant les sentiments comme jamais, Dee Dee et Kabiné nous offrent alors un déchirant «The Griots».
Minino Garay y injecte des rythmes beaucoup plus jazz, comme pour souligner que cette musique trouve ses racines là-bas, en Afrique. Ira Coleman, quant à lui, reste à l’affût.

Tout se mélange. Chants Maliens et scats.
Dee Dee enchaîne «Meanwhile», «Red Earth» ou encore un délirant «Compared To What»!

Le public fait un triomphe à la belle Américaine… Ou Africaine ?

Dee Dee semble réellement et sincèrement émue par cet élan frénétique.
Elle revient avec toute la bande pour un dernier morceau, plus explosif encore.
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Elle n’a pas envie de quitter la scène.
Les lumières se sont finalement éteintes, mais Dee Dee continue à partager et à parler avec le public…

Non, elle n’a vraiment pas envie de quitter la scène.

A+

18/05/2008

Tuesday Night Orchestra - Band of Birds

Depuis le temps que Sergio me parle de ce formidable Big Band qui se produit chez lui chaque premier mardi du mois (d’où le nom «Tuesday Night Orchestra»), il fallait bien qu’un jour ou l’autre j’aille l’écouter.

Croyez-le ou non, je n’en avais jamais trouvé l’occasion auparavant...
Même si le TNO joue régulièrement aussi au Hopper à Anvers.

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Mardi 6 mai, ça y est, j’y étais.

Dirigé par un sympathique et discret leader, Bart De Lausnay (tb), le Tuesday Night Orchestra joue la carte du swing énergique à fond. Ça joue vite, mais surtout, ça joue bien.

La plupart des morceaux sont des compositions personnelles de Tom Van Dyck ou des standards (ou assimilés) souvent arrangés par ce dernier ou par Wietse Meys (ts).
Tout ici est limpide, direct et d’une terrible efficacité.

La cohésion du groupe est évidente et cela permet à quelques solistes de se mettre en avant en toute confiance.

Pas étonnant, du coup, de voir débouler des solos nerveux (presque furieux) de Bruno Vansina (as) ou très volubiles de Steven Delannoye (ts).
De son côté, Tom Van Dyck, au sax baryton, fait vibrer par un jeu fluide et profond un éclatant «Yes Or No» de Wayne Shorter.
Et sur ce morceau, Michel Paré (tp) n’est pas en reste: jeu souple et tonique à la fois.

Dans le rang des trompettes, on s’en voudrait d’omettre les belles interventions d’Yves Fernandez  ou de Jean-Paul Estiévenart, plus
«Clifford Brownien» que jamais.

Plus loin, sur le très sensuel «Springwaltz», le trombone de Frederik Heirman se marie tellement bien à la contrebasse moelleuse et suave de Christophe Devisscher.
C’est vrai, il ne faudrait pas oublier la solide rythmique: Devisscher donc, mais aussi le drumming judicieux et attentif de Toon Van Dionant, ainsi que les interventions swinguantes, très inspirées et toujours mélodieuses d’Ewout Pierreux, caché dans le fond de la scène.
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Trop d’éloge et d’enthousiasme?
Allez plutôt les écouter, vous verrez que j’exagère à peine.
Et puis, si le leader du Brussels Jazz Orchestra, Frank Vaganée, a décidé de produire l’album du Tuesday Night Orchestra, c’est qu’il possède quelque chose ce Big Band, non ?

Vous m’en direz des nouvelles.

A+

15/05/2008

Patrons de clubs - 1 - N'8'Jazz

Avant de revenir sur quelques-uns des derniers concerts  auxquels j’ai assisté (Thuesday Night Orchestra, Dee Dee Bridgewater et Ibrahim Maalouf - en avant-première de Yaël Naïm), place aux mots des patrons de clubs !

Hé oui, les Lundis d’Hortense ont «relooké» de très belle façon leur magazine, au point même de l’appeler maintenant «Jazz In Belgium». Dans la foulée, ils m’ont demandé de faire le tour des clubs belges et de les présenter en un court article.
Dans ce premier numéro, il s’agit du «Sounds» et du «N’8’Jazz»

Dans «Jazz In Belgium», on y trouve aussi des infos sur le «Jazz Tour», les différentes organisations de l’association, une interview d’un musicien (Teun Verbruggen par Manu Hermia), les dernières sorties CD’s et autres news… (On peut visualiser le magazine en PDF… mais en PDF… c’est pas pareil…)

Pour recevoir le magazine (trimestriel), il suffit d’en faire la demande aux Lundis D’Hortense : ldh@jazzinbelgium.org, et de verser 15 euros (15 euros, c’est rien et ça permet surtout de soutenir l’association des jazzmen belges) sur le compte 068-0704090-01.
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Bref, en complément de ces articles, je vous proposerai l’interview des patrons de clubs mis «à l’honneur» lors de chaque parution.

Pour débuter cette série: Philippe Dethy, du «N’8’Jazz» à Mazy.
(Et dans quelques jours, vous pourrez lire l’interview de Sergio Duvalloni du «Sounds» à Bruxelles).

Stay tuned, comme on dit chez les d’jeuns…

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Philippe Dethy - N'8'Jazz, Mazy - (Pour Jazz In Belgium)

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Le club N’8’Jazz n’a pas toujours été situé à Mazy.

Non, au départ, nous étions à Spy, pendant douze ans. Et depuis fin 2005, nous sommes à Mazy.

Le club est né d’une envie personnelle?

Si tu veux. Au départ, en ’93, je faisais du théâtre. J’avais un atelier-théâtre là-bas, à Spy. C’était l’arrière-salle d’un bistro. Une salle magnifique qui était souvent peu occupée. J’ai donc eu l’idée d’organiser des concerts de jazz car, musicalement, c’était ce que je connaissais le mieux. Au départ, c’était 8 concerts par an. On avait un slogan qui disait «8 concerts au 8, Rue Haute». C’était l’adresse. Et les gens que je croisais par la suite me demandaient quand il y avait des concerts à «Jazz 8»? C’est ainsi qu’est venu le nom «Jazz 8», alors que nous n’avions jamais envisagé de baptiser l’endroit de cette manière. Mais on a gardé l’idée. Par la suite, il y a de la demande de la part des musiciens et aussi du public. Alors, on a augmenté la cadence jusqu’à 40 concerts actuellement. À cause de ça toute l’équipe a abandonné le théâtre pour organiser les concerts de jazz.

Pourquoi avoir changé d’endroit?

On a été viré ! L’ASBL de l’époque avait une dimension plus «sociale». Et certains trouvaient que le jazz était une musique d’intellos, de bourgeois, de notaires, médecins, dentistes etc… Ce qui est totalement faux. Mais il fallait un bâton pour battre le chien. Bref, nous avons trouvé miraculeusement un endroit à Mazy.

Endroit qui était une ancienne marbrerie...

Oui. La marbrerie de Mazy était connue dans le monde entier. Il y a du marbre de Mazy au Taj Mahal, à Versailles etc… Mais la veine s’est épuisée et la marbrerie est devenue une friche industrielle. Un ébéniste a acheté deux hangars pour y faire son atelier, avec l’idée d’utiliser son show-room comme salle évènementielle. Style : expos de peintures, de sculptures ou des concerts… Et nous avons investi l’endroit deux fois par mois environ.

Quand tu dis «nous», c’est qui?

Eh bien, ce sont les théâtreux, qui sont devenus des jazzeux. C’est Henriette, ma femme, Pascal, Michel et moi. Henriette s’occupe de l’accueil des musiciens, les autres sont techniciens, ils s’occupent du son et du décor. Et régulièrement, on engage des gens pour s’occuper du bar: des bénévoles.

Comment trouvez-vous les fonds pour organiser tout ça?

D’abord, il y a les bénévoles et les autres sont payés au «cachet», comme les artistes.

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Vous êtes subventionnés?

Oui, heureusement. Par la communauté française avec qui nous venons de re-signer une convention de quatre ans. Cela couvre les frais les cachets des musiciens, les frais de pubs etc…

Difficile à obtenir?

Il y a beaucoup de paperasse à remplir, c’est sûr. Mais ça va. C’est une aide évidente ! On voudrait parfois aller un peu plus vite, plus loin. J’ai appris tout ça ici, à Mazy, car avant c’était une autre personne qui s’occupait des demandes… et qui me persuadait que je n’obtiendrai jamais grand chose de plus. Il avait tort. C’est du boulot, il faut savoir présenter un dossier… mais ça marche. Maintenant, nous avons aussi la lumière et le matériel son en prêt. C’est un beau coup de pouce!

Quelle est l’assistance moyenne?


Pour le moment, on tourne à 55 de moyenne. Avec des pointes à 130. On a baissé un peu par rapport à Spy. Car, au départ, le nouvel endroit n’était pas très confortable. Il était assez froid aussi. Maintenant, ça va, on a remédié à tous ces petits soucis et l’affluence remonte. Le bouche-à-oreille fonctionne fort. Dans un sens comme dans l’autre.
 
Le public est très local?

Non, ça vient d’un peu partout. Il y a des gens que l’on voit au coup par coup, et puis il y ales habitués. Il y a pas mal de gens de Gembloux, sans doute à cause du dynamisme du centre culturel de cette ville.

Y a-t-il une concurrence avec d’autres clubs dans la région?

Non, nous sommes seul dans la région. Mais il faut savoir que l’on draine le public du Barbant Wallon également. Ce sont des gens qui vont aussi bien à Bruxelles que chez nous. Donc, la région… c’est assez large. Mais on peut dire qu’on est les seuls dans le coin. Quoiqu’il y a le «Brassages» à Dongelberg qui vient de s’ouvrir…

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Tu essaies de programmer des groupes différents de ce que l’on voit à Bruxelles?

Je ne me compare pas trop aux autres clubs, dont j’apprends la programmation assez tard, de toute façon. Donc, je fais ma programmation en fonction de mes goûts et de mon équipe qui était plus «rock» au départ. Il faut donc trouver des concerts qui leur plaisent aussi. Il n’est pas question qu’ils s’emmerdent non plus. Car sans eux, le projet n’existerait pas. Il faut que la musique leur ressemble aussi. Donc, je cherche des groupes qui montre que le jazz, ce n’est pas que le «jazz à papa». Que c’est une musique actuelle, contemporaine. Et moi-même, je me sens obligé d’aller chercher des groupes auxquels je n’avais jamais pensé. Puis, entre les musiciens, le bouche à oreille fonctionne aussi…

Comment définirais-tu le type de jazz que tu programmes?


C’est difficile à dire. Ça peut aller de Toine Thys à Animus Anima ou The Wrong Object. Donc, du jazz moderne, en quelques sortes. J’ai du mal avec les étiquettes. On propose parfois des projets un peu «branques» aussi, qui n’attirent pas nécessairement du monde. Je pense à Boespflug & Dagognet. Piano et trompette… tu vois le genre !

Il y a donc l’envie de faire connaître des groupes et de se faire plaisir?

Oui. Et si on invite des groupes étrangers, c’est parce qu’il n’y a pas de groupes qui jouent de cette façon en Belgique. Si c’est pour aller chercher un groupe français qui joue comme Octurn, pa exemple, autant prendre Octurn. On travaille aussi avec l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire) avec qui on a proposé «Bomonstre»: un trio de trombonistes ! Faut le faire aussi, ça… On aurait pu trouver un trio classique jazz ! (rires) Mais on trouvait le projet intéressant.

Tu t’occupes aussi de Nam' In Jazz?


Nam' In Jazz, c’est arrivé un peu par hasard. Au début, c’est le «Kot» d’étudiants de l’Unif qui avait décidé de monter un festival de jazz. Ils m’ont contacté pour que je leur donne un coup de main, pour les décors et la lumière. Car tout se passait dans un amphithéâtre de l’Unif. C’était il y a douze ans. Et depuis, on travaille ensemble. On a organisé des concerts dans des bistros, puis à l’Arsenal. Les festival a pris de l’ampleur. Quand on a été viré de Spy, on a monté une nouvelle ASBL qui s’est appelée N’8’Jazz, qu’on peut prononcer «Nuit Jazz». Et dans ce conseil d’administration, on retrouve trois anciens étudiants des débuts du festival. Des mecs qui ont mordu au jazz. C’est une rencontre qui s’est bien passée. Les rencontres, on adore ça.

Les rencontres, c’est un peu ce qui permet de s’en sortir un peu dans le jazz, non?

Oui. C’est la philosophie des petits bateaux. Petit bateau, plus petit bateau, ça fini par donner une belle flottille. Chacun s’y retrouve. Cette année, par exemple, mon grand plaisir était de travailler avec le Belvédère à Namur, qui est plutôt tendance rock. Ce fut une belle rencontre aussi. Et je crois que cette collaboration va perdurer. On a opéré des mélanges avec des publics différents.

En quatorze ans, tu as senti une évolution dans le jazz?

Dans la musique, oui. Elle est lente, mais elle existe. Les musiciens ne cherchent pas à faire du jazz, mais à faire leur jazz. Ça va dans tous les sens et je trouve ça très intéressant. Il y a beaucoup d’inventions. Même quand ils reprennent un standard. Quant au public, je ne sais pas. J’ai l’impression de voir toujours les mêmes têtes, mais je pense que ce n’est pas vrai. Il y a de plus en plus de jeunes qui s’intéressent au jazz. Mais je pense que c’est un mélange de tous âges. Et ça fait plaisir d’ailleurs de voir ce mix. Je devrais peut-être me pencher sur la question, via mes cartes d’entrées, peut-être.

Il y a différents tarifs?

Oui: étudiants et chômeurs, c’est 7 euros et les autres c’est 10. En sachant que c’est un tarif dégressif. J’essaie de proposer des cartes par trimestre.

C’est une sorte de carte de fidélité? Tous les concerts sont au même tarif?

Oui, que ce soit un groupe connu ou pas. Un trio ou un Big Band. C’est toujours pareil.

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Mais au fait, comment es-tu «tombé» dans le jazz?

Je me suis trompé de porte (rires). C’est arrivé par hasard. Par la médiathèque. Vers 13 ou 14 ans, à l’époque où l’on écoutait Sheila, Claude François et Hallyday. Après une pièce de théâtre donnée à l’école, on nous a annoncé l’ouverture de la médiathèque (que l’on appelait alors: «La Discothèque») à Namur. On pouvait emprunter des disques pour 5 francs en s’abonnant. Je suis depuis, abonné à vie… et gratuitement ! Je suis donc allé dans le but de trouver Claude François et Johnny. Seulement, sur place, il n’y avait pas ce genre d’artistes. Il y avait un rayon «classique» très important, un rayon «jazz» assez limité et un rayon « Blues » encore plus restreint. Et c’était tout. Alors, j’ai emprunté des disques d’artistes dont le nom me disait quelque chose: Armstrong, Ella Fitzgerald… Et puis, quand j’ai ramené les disques, l’animateur (c’est comme cela qu’on appelait les responsables de l’époque) m’a demandé ce que j’avais aimé. Quel album j’avais préféré. Et il m’a proposé d’écouter tels autres disques. Et à chaque fois, il me demandait si j’avais aimé ou pas et me conseillait d’autres disques. De fil en aiguille, je me suis intéressé au jazz. Puis je me suis abonné à Jazz Hot, histoire de pouvoir discuter plus «intelligemment» avec le gars. Puis après, c’était amusant à l’école: j’étais le seul à écouter du jazz. Les autres écoutaient du rock. Alors on s’engueulait. Mais on s’échangeait les disques… Puis, le jazz-rock est arrivé. Et là, rebelote, on s’engueulait encore plus : «C’est du rock ! Non, c’est du jazz !»… Bref, on s’amusait bien.

C’est amusant, car j’ai fait un peu pareil, sans savoir exactement ce que j’écoutais. Je voulais surtout entendre autre chose que ce que l’on entendait à la radio. J’écoutais des trucs rock, électro, ambiant, jazz, country… Et toi, Henriette, c’est pareil?

Henriette - Moi, je suis entrée dans le jazz beaucoup plus tard. J’écoutais beaucoup de chansons françaises ou du rock. Quand j’ai rencontré Philippe, il m’a fait découvrir pas mal de choses en jazz. Mais j’ai surtout apprécié  le jazz en allant avec lui aux concerts. Car je trouvais presque inaudibles certains disques de jazz que me faisait écouter Philippe. Alors qu’en concert, ça passait mieux. Le fait d’avoir les musiciens en face de soi, de voir comment ils jouent, comment ils se regardent… on comprend mieux leur musique. C’était inouï.

C’est toujours le problème de la médiatisation, en quelques sortes. Les gens restent chez eux et écoutent ce qu’on leur fourgue dans les oreilles à longueurs de journées. Peu font l’effort d’aller écouter autre chose. Et aller écouter du jazz dans un club, ce n’est pas toujours évident, surtout la première fois.

C’est pour cela que noter public est constitué de gens curieux. Il en faudrait plus, bien sûr. Mais la plupart viennent pour découvrir. Ils font confiance à notre programmation. Ce ne sont pas tous des férus de jazz, il y en a quand même, hein… Mais tous n’écoutent pas Philippe Baron en prenant des notes (rires).

Henriette -  Il y a aussi des gens qui viennent au concert sans savoir qui joue le soir même. Mais ils savent qu’ils ne vont pas être déçus. Ils nous font confiance.

C’est gratifiant pour un club d’entendre ça, non?  Quels sont tes autres projets?

Les Routes de L’Est. Celles de l’Est de la France qui vont du Jura Suisse à la communauté Française de Belgique, en passant par Epinal, Metz, Nancy et même le Luxembourg. L’idée est de faire tourner des musiciens de ces régions-là et de les faire se rencontrer. On a conclu un accord avec le conseil de la culture en France. Cela nous a permis de faire venir en résidence 3 musiciens Suisses, Emilien Tolk Trio,  à qui nous avons proposé de travailler avec Nicolas Kummert. Cela s’est concrétisé par un concert fabuleux. Tu t’imagines, travailler pendant une semaine ensemble! Maintenant on aimerait que ce trio/quartette tourne un peu partout. On y  travaille.  C’est un jazz moderne, dynamique qui peut bien passer dans les clubs. Nous avons des contacts avec Nancy Jazz Pulsation et avec Metz aussi. Pour Bruxelles, nous travaillons avec Jules Imberechts et Christine Rygaert. On a des contacts aussi du côté de Liège. Tout ça se met en place et c’est excitant.  Sinon, le rêve est d’avoir un endroit bien à nous, pour pouvoir plus facilement organiser des concerts selon le calendrier des groupes, ou pouvoir refaire des résidences. Je pense que les groupes de jazz sont demandeurs de cette formule. On y travaille.


A+

12/05/2008

Dee Dee Brigewater sur Citizen Jazz

Je vous en avais déjà parlé: j’ai rencontré dernièrement Dee Dee Brigewater.
Hé bien voilà, vous pouvez lire son interview sur Citizen Jazz.

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Dee Dee sera en concert au Bozar ce mardi 13.
Bonne lecture et... bon concert…

A+

19:37 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : dee dee brigewater, citizen jazz, interview |  Facebook |

10/05/2008

Narcissus - A la Jazz Station & au Sounds

Un peu de Robin Verheyen à la Jazz Station, un peu de Verheyen au Sounds.
Entre les deux concerts, j’aurais pu dire Verheyen aux Disquaires, Verheyen au Duc Des Lombards, Verheyen au Hot Club de Gand, etc…
Mais, pour le coup, je n’y étais pas.
Cela ne m’aurait pourtant pas déplu.

Robin vit à New York maintenant, alors il vaut mieux profiter au maximum de ses courts passages en Europe.

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À la Jazz Station, j’étais passé «juste» pour boire un verre et le saluer.
Finalement, je suis resté jusqu’à la fin du concert.
Et même après.

Vous ai-je déjà dit que Robin ressemblait à une étoile filante?
Je me demande encore d’où il est parti (je me souviens de ses premières et prometteuses jams au Sounds) et où il arrivera?
S’il arrive un jour quelque part, car sa trajectoire semble sans fin.

C’est incroyable de voir (et d’entendre) sa progression entre chacun de ses concerts.
Tant dans son jeu personnel que dans sa capacité à cristalliser autour de lui un groupe.
Un vrai groupe.
Que ce soit avec  Bill Carrothers, Dré Pallemaerts, Remi Vignolo, Pierre Van Dorrmael, Giovanni Falzone, Bruno Angelini ou encore, comme pour ces deux soirs avec Narcissus : Jozef Dumoulin, Flin van Hemmen et Clemens van der Feen.

Avec Narcissus, on sent un groupe très soudé.
Il est vrai qu’ils se connaissent depuis longtemps déjà.

À la Jazz Station, il y eut «Piano Pieces», qui  rappelle l’esprit de Wayne Shorter, avec des impros invraisemblables. Une fougue maîtrisée. Une interaction magique entre le piano et le soprano. Jozef Dumoulin apporte au quartette de nouvelles couleurs. Différentes de celles de Harmen Fraanje qui faisait partie du groupe auparavant.
Quant à Flin van Hemmen à la batterie, il  joue tout en «hauteur», avec un touché fin et puissant à la fois.

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Il y eut ensuite le très Coltranien «Meditation», d’une belle intensité, mais il eut aussi et surtout ce superbe morceau: «Bois Le Comte» !

«Bois Le Comte», avec son ostinato hostile au piano, avec l’archet inquiétant de van der Feen à la contrebasse, avec la batterie craquante qui évoque les branches sèches que l’on écrase sous les pieds en se baladant dans les bois. Avec le soprano qui souffle d’abord comme le vent dans les arbres, puis se mue en une mélodie plaintive qui se métamorphose avec frénésie et puissance en rage musicale, et qui finit par pousser des cris d’orfraie.

Tout ça, on y eut droit au Sounds.
Le même esprit, la même force, mais avec d’autres mots.

Au Soprano toujours, duquel il tire un timbre tellement personnel, Robin propose un «And There Was Light» de toute beauté.
Un thème modal d’une limpidité et d’une lisibilité fascinante.
Les impros sont tendues. Le dialogue avec Jozef est jubilatoire.
Quelques inflexions rappellent «Contemplation» de McCoy Tyner.
Et c’est captivant d’un bout à l’autre.

Même sur des arrangements complexes, le groupe arrive toujours à tirer la quintessence des mélodies. Tout est dosé, chaque musicien trouve sa place, le discours est fluide, sans redites ni bavardages inutiles.

Il y a souvent un «fond» de bop chez eux. On le ressent clairement dans l’énergique «New York One» qui permet à Robin de nous rappeler qu’il est également un fabuleux ténor.

Narcissus devrait bientôt enregistrer un nouvel album.
Et à mon avis, ce disque ne sera pas superflu.

À bon entendeur…

A+

08/05/2008

Diasporas sur Citizen Jazz

La chronique de l'album "Diasporas" d'Ibrahim Maalouf est on-line sur Citizen Jazz.

Vous pouvez la lire en cliquant ici.

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Je vous rappelle que Maalouf sera en concert à Bruxelles, au Cirque Royal le 14 mai et à la Cathédrale Ste Gudule et St Michel, le dimanche 18 - pour un autre projet - en compagnie de l'Orchestre des Musiques Nouvelles et de Murcof.

 

A+ 

02/05/2008

Africa Jazz

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de rencontrer Dee Dee Bridgewater, avec quelques amis de la presse écrite, pour parler de son projet actuel «Red Earth, A Malian Journey».

Dee Dee sera en concert aux Bozar ce 13 mai.

Vous avez peut-être déjà lu ma chronique de l’album sur Citizen Jazz. Vous aurez prochainement droit à l’interview de la chanteuse.

Après avoir parlé du Mali et de l’Afrique en général avec Dee Dee, j’ai ressorti 3 disques «Africains» dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler.

Le «moins récent» d’entre eux est celui de Dieudonné Kabongo:
«Kata Ndevu».

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On connaît l’homme en Belgique pour l’avoir vu jouer la comédie au théâtre, dans ses one-man-shows ou encore au cinéma («Lumumba» de Raoul Peck  ou «Le couperet» de Costa Gavras, par exemple).
Le voici chanteur.
Bon, ici, on n’est pas vraiment dans le jazz, on est bien d’accord.
On serait plutôt dans la world ou la chanson africaine.
Parfois intimiste, voire minimaliste, la musique s’ouvre pourtant aux rythmes plus puissants.
Les percussions – derrière lesquelles on retrouve Chris Joris, Frank Michiels et Kabongo lui-même – résonnent alors dans un tourbillon presque hypnotique («Burundi» ou «Kutuntuka»).

Mais il s’agit surtout d’un album de chansons un peu pop («Shitaweza» soutenu discrètement par Cyril Orcel aux claviers), et il faut souligner le beau travail sur les voix. Ce sont elles surtout qui donnent du charme à l’ensemble.
Agréable.

01
Plus intéressant, plus «radical» peut-être, et plus «jazz» aussi : J’Afro’zz est un groupe formé par des musiciens Congolais qui allient musique traditionnelle et jazz.

Paul Ngoie, percussionniste et leader, emmène son petit monde dans une musique très solaire, joviale et dynamique.
Il a invité sur quelques titres Pierre Vaiana (ss), Fabrizio Cassol (as) ou encore Boris Tchango (dm) qui injectent aussitôt un «esprit jazz» plus marqué (sur «Bakubass» ou «Rencontre» entre autres).

Ailleurs, on ne reste pas insensible aux rythmes langoureux sur «Yves in Sorrow», qui donne à entendre le très beau jeu de Yves Monama à la guitare, soutenu par une ligne de basse ondulante de Claude Bakubama.

«Ngoma Tempo» est un album de jazz original et intéressant, car il n’est vraiment pas courant d’entendre la musique congolaise traitée de cette façon.

 

03
Bien différent encore de tout cela, c’est le projet de Eloi Baudimont et de Baba Sissoko: «Mali Mali».

C’est mon coup de coup de cœur depuis quelques mois déjà.
Il s’agit ici, de l’histoire d’une rencontre entre un Griot et un chef d’orchestre touche-à-tout.
Une belle histoire d’amitié et de musique entre le Mali et la Belgique.

Ce qui est particulièrement touchant dans «Mali Mali», c’est cette musique interprétée par la Fanfare amateur de Mourcourt et une quarantaine de choristes, tous aussi amateurs.
Je sais, on pourrait se méfier.
Mais on aurait tort.
Car ce disque est un véritable bijou de sincérité, de bonheur et de tendresse.
Il est magique.

C’est étonnant, comme le mélange de ces deux cultures fonctionne à merveille.
C’est émouvant de sentir l’application des choristes à faire «groover» les morceaux et de sentir chez eux ce côté hésitant, timide parfois, mais tellement chaleureux.

«Ebi» vous arracherait presque une larme.
«Tunga» ou «Masaya» ne peut que vous faire taper du pieds et claquer des mains. Si ce n’est pas danser.

Quant à la Fanfare, elle est éclatante de vie, de dynamisme et de sincérité.
Sans fard, sans prise de tête, sans crainte, mais avec un cœur «gros comme ça», elle peut tout se permettre. Et elle en profite.
Et ça marche.

Le disque est accompagné d’un DVD qui retrace le voyage d’Eloi Baudimont au Mali, ainsi que l’un des premiers concerts donnés à la Maison de la Culture de Tournai.
On en redemande !

Voilà donc un coffret (CD + DVD) que je vous recommande plus que chaudement.
(En plus, 1 Euro est reversé à l’association «Eau Vive» pour financer la construction de puits en Afrique de l’Ouest).

Bonheur et frissons garantis.

A+