15/05/2008

Patrons de clubs - 1 - N'8'Jazz

Avant de revenir sur quelques-uns des derniers concerts  auxquels j’ai assisté (Thuesday Night Orchestra, Dee Dee Bridgewater et Ibrahim Maalouf - en avant-première de Yaël Naïm), place aux mots des patrons de clubs !

Hé oui, les Lundis d’Hortense ont «relooké» de très belle façon leur magazine, au point même de l’appeler maintenant «Jazz In Belgium». Dans la foulée, ils m’ont demandé de faire le tour des clubs belges et de les présenter en un court article.
Dans ce premier numéro, il s’agit du «Sounds» et du «N’8’Jazz»

Dans «Jazz In Belgium», on y trouve aussi des infos sur le «Jazz Tour», les différentes organisations de l’association, une interview d’un musicien (Teun Verbruggen par Manu Hermia), les dernières sorties CD’s et autres news… (On peut visualiser le magazine en PDF… mais en PDF… c’est pas pareil…)

Pour recevoir le magazine (trimestriel), il suffit d’en faire la demande aux Lundis D’Hortense : ldh@jazzinbelgium.org, et de verser 15 euros (15 euros, c’est rien et ça permet surtout de soutenir l’association des jazzmen belges) sur le compte 068-0704090-01.
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Bref, en complément de ces articles, je vous proposerai l’interview des patrons de clubs mis «à l’honneur» lors de chaque parution.

Pour débuter cette série: Philippe Dethy, du «N’8’Jazz» à Mazy.
(Et dans quelques jours, vous pourrez lire l’interview de Sergio Duvalloni du «Sounds» à Bruxelles).

Stay tuned, comme on dit chez les d’jeuns…

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Philippe Dethy - N'8'Jazz, Mazy - (Pour Jazz In Belgium)

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Le club N’8’Jazz n’a pas toujours été situé à Mazy.

Non, au départ, nous étions à Spy, pendant douze ans. Et depuis fin 2005, nous sommes à Mazy.

Le club est né d’une envie personnelle?

Si tu veux. Au départ, en ’93, je faisais du théâtre. J’avais un atelier-théâtre là-bas, à Spy. C’était l’arrière-salle d’un bistro. Une salle magnifique qui était souvent peu occupée. J’ai donc eu l’idée d’organiser des concerts de jazz car, musicalement, c’était ce que je connaissais le mieux. Au départ, c’était 8 concerts par an. On avait un slogan qui disait «8 concerts au 8, Rue Haute». C’était l’adresse. Et les gens que je croisais par la suite me demandaient quand il y avait des concerts à «Jazz 8»? C’est ainsi qu’est venu le nom «Jazz 8», alors que nous n’avions jamais envisagé de baptiser l’endroit de cette manière. Mais on a gardé l’idée. Par la suite, il y a de la demande de la part des musiciens et aussi du public. Alors, on a augmenté la cadence jusqu’à 40 concerts actuellement. À cause de ça toute l’équipe a abandonné le théâtre pour organiser les concerts de jazz.

Pourquoi avoir changé d’endroit?

On a été viré ! L’ASBL de l’époque avait une dimension plus «sociale». Et certains trouvaient que le jazz était une musique d’intellos, de bourgeois, de notaires, médecins, dentistes etc… Ce qui est totalement faux. Mais il fallait un bâton pour battre le chien. Bref, nous avons trouvé miraculeusement un endroit à Mazy.

Endroit qui était une ancienne marbrerie...

Oui. La marbrerie de Mazy était connue dans le monde entier. Il y a du marbre de Mazy au Taj Mahal, à Versailles etc… Mais la veine s’est épuisée et la marbrerie est devenue une friche industrielle. Un ébéniste a acheté deux hangars pour y faire son atelier, avec l’idée d’utiliser son show-room comme salle évènementielle. Style : expos de peintures, de sculptures ou des concerts… Et nous avons investi l’endroit deux fois par mois environ.

Quand tu dis «nous», c’est qui?

Eh bien, ce sont les théâtreux, qui sont devenus des jazzeux. C’est Henriette, ma femme, Pascal, Michel et moi. Henriette s’occupe de l’accueil des musiciens, les autres sont techniciens, ils s’occupent du son et du décor. Et régulièrement, on engage des gens pour s’occuper du bar: des bénévoles.

Comment trouvez-vous les fonds pour organiser tout ça?

D’abord, il y a les bénévoles et les autres sont payés au «cachet», comme les artistes.

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Vous êtes subventionnés?

Oui, heureusement. Par la communauté française avec qui nous venons de re-signer une convention de quatre ans. Cela couvre les frais les cachets des musiciens, les frais de pubs etc…

Difficile à obtenir?

Il y a beaucoup de paperasse à remplir, c’est sûr. Mais ça va. C’est une aide évidente ! On voudrait parfois aller un peu plus vite, plus loin. J’ai appris tout ça ici, à Mazy, car avant c’était une autre personne qui s’occupait des demandes… et qui me persuadait que je n’obtiendrai jamais grand chose de plus. Il avait tort. C’est du boulot, il faut savoir présenter un dossier… mais ça marche. Maintenant, nous avons aussi la lumière et le matériel son en prêt. C’est un beau coup de pouce!

Quelle est l’assistance moyenne?


Pour le moment, on tourne à 55 de moyenne. Avec des pointes à 130. On a baissé un peu par rapport à Spy. Car, au départ, le nouvel endroit n’était pas très confortable. Il était assez froid aussi. Maintenant, ça va, on a remédié à tous ces petits soucis et l’affluence remonte. Le bouche-à-oreille fonctionne fort. Dans un sens comme dans l’autre.
 
Le public est très local?

Non, ça vient d’un peu partout. Il y a des gens que l’on voit au coup par coup, et puis il y ales habitués. Il y a pas mal de gens de Gembloux, sans doute à cause du dynamisme du centre culturel de cette ville.

Y a-t-il une concurrence avec d’autres clubs dans la région?

Non, nous sommes seul dans la région. Mais il faut savoir que l’on draine le public du Barbant Wallon également. Ce sont des gens qui vont aussi bien à Bruxelles que chez nous. Donc, la région… c’est assez large. Mais on peut dire qu’on est les seuls dans le coin. Quoiqu’il y a le «Brassages» à Dongelberg qui vient de s’ouvrir…

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Tu essaies de programmer des groupes différents de ce que l’on voit à Bruxelles?

Je ne me compare pas trop aux autres clubs, dont j’apprends la programmation assez tard, de toute façon. Donc, je fais ma programmation en fonction de mes goûts et de mon équipe qui était plus «rock» au départ. Il faut donc trouver des concerts qui leur plaisent aussi. Il n’est pas question qu’ils s’emmerdent non plus. Car sans eux, le projet n’existerait pas. Il faut que la musique leur ressemble aussi. Donc, je cherche des groupes qui montre que le jazz, ce n’est pas que le «jazz à papa». Que c’est une musique actuelle, contemporaine. Et moi-même, je me sens obligé d’aller chercher des groupes auxquels je n’avais jamais pensé. Puis, entre les musiciens, le bouche à oreille fonctionne aussi…

Comment définirais-tu le type de jazz que tu programmes?


C’est difficile à dire. Ça peut aller de Toine Thys à Animus Anima ou The Wrong Object. Donc, du jazz moderne, en quelques sortes. J’ai du mal avec les étiquettes. On propose parfois des projets un peu «branques» aussi, qui n’attirent pas nécessairement du monde. Je pense à Boespflug & Dagognet. Piano et trompette… tu vois le genre !

Il y a donc l’envie de faire connaître des groupes et de se faire plaisir?

Oui. Et si on invite des groupes étrangers, c’est parce qu’il n’y a pas de groupes qui jouent de cette façon en Belgique. Si c’est pour aller chercher un groupe français qui joue comme Octurn, pa exemple, autant prendre Octurn. On travaille aussi avec l’ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire) avec qui on a proposé «Bomonstre»: un trio de trombonistes ! Faut le faire aussi, ça… On aurait pu trouver un trio classique jazz ! (rires) Mais on trouvait le projet intéressant.

Tu t’occupes aussi de Nam' In Jazz?


Nam' In Jazz, c’est arrivé un peu par hasard. Au début, c’est le «Kot» d’étudiants de l’Unif qui avait décidé de monter un festival de jazz. Ils m’ont contacté pour que je leur donne un coup de main, pour les décors et la lumière. Car tout se passait dans un amphithéâtre de l’Unif. C’était il y a douze ans. Et depuis, on travaille ensemble. On a organisé des concerts dans des bistros, puis à l’Arsenal. Les festival a pris de l’ampleur. Quand on a été viré de Spy, on a monté une nouvelle ASBL qui s’est appelée N’8’Jazz, qu’on peut prononcer «Nuit Jazz». Et dans ce conseil d’administration, on retrouve trois anciens étudiants des débuts du festival. Des mecs qui ont mordu au jazz. C’est une rencontre qui s’est bien passée. Les rencontres, on adore ça.

Les rencontres, c’est un peu ce qui permet de s’en sortir un peu dans le jazz, non?

Oui. C’est la philosophie des petits bateaux. Petit bateau, plus petit bateau, ça fini par donner une belle flottille. Chacun s’y retrouve. Cette année, par exemple, mon grand plaisir était de travailler avec le Belvédère à Namur, qui est plutôt tendance rock. Ce fut une belle rencontre aussi. Et je crois que cette collaboration va perdurer. On a opéré des mélanges avec des publics différents.

En quatorze ans, tu as senti une évolution dans le jazz?

Dans la musique, oui. Elle est lente, mais elle existe. Les musiciens ne cherchent pas à faire du jazz, mais à faire leur jazz. Ça va dans tous les sens et je trouve ça très intéressant. Il y a beaucoup d’inventions. Même quand ils reprennent un standard. Quant au public, je ne sais pas. J’ai l’impression de voir toujours les mêmes têtes, mais je pense que ce n’est pas vrai. Il y a de plus en plus de jeunes qui s’intéressent au jazz. Mais je pense que c’est un mélange de tous âges. Et ça fait plaisir d’ailleurs de voir ce mix. Je devrais peut-être me pencher sur la question, via mes cartes d’entrées, peut-être.

Il y a différents tarifs?

Oui: étudiants et chômeurs, c’est 7 euros et les autres c’est 10. En sachant que c’est un tarif dégressif. J’essaie de proposer des cartes par trimestre.

C’est une sorte de carte de fidélité? Tous les concerts sont au même tarif?

Oui, que ce soit un groupe connu ou pas. Un trio ou un Big Band. C’est toujours pareil.

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Mais au fait, comment es-tu «tombé» dans le jazz?

Je me suis trompé de porte (rires). C’est arrivé par hasard. Par la médiathèque. Vers 13 ou 14 ans, à l’époque où l’on écoutait Sheila, Claude François et Hallyday. Après une pièce de théâtre donnée à l’école, on nous a annoncé l’ouverture de la médiathèque (que l’on appelait alors: «La Discothèque») à Namur. On pouvait emprunter des disques pour 5 francs en s’abonnant. Je suis depuis, abonné à vie… et gratuitement ! Je suis donc allé dans le but de trouver Claude François et Johnny. Seulement, sur place, il n’y avait pas ce genre d’artistes. Il y avait un rayon «classique» très important, un rayon «jazz» assez limité et un rayon « Blues » encore plus restreint. Et c’était tout. Alors, j’ai emprunté des disques d’artistes dont le nom me disait quelque chose: Armstrong, Ella Fitzgerald… Et puis, quand j’ai ramené les disques, l’animateur (c’est comme cela qu’on appelait les responsables de l’époque) m’a demandé ce que j’avais aimé. Quel album j’avais préféré. Et il m’a proposé d’écouter tels autres disques. Et à chaque fois, il me demandait si j’avais aimé ou pas et me conseillait d’autres disques. De fil en aiguille, je me suis intéressé au jazz. Puis je me suis abonné à Jazz Hot, histoire de pouvoir discuter plus «intelligemment» avec le gars. Puis après, c’était amusant à l’école: j’étais le seul à écouter du jazz. Les autres écoutaient du rock. Alors on s’engueulait. Mais on s’échangeait les disques… Puis, le jazz-rock est arrivé. Et là, rebelote, on s’engueulait encore plus : «C’est du rock ! Non, c’est du jazz !»… Bref, on s’amusait bien.

C’est amusant, car j’ai fait un peu pareil, sans savoir exactement ce que j’écoutais. Je voulais surtout entendre autre chose que ce que l’on entendait à la radio. J’écoutais des trucs rock, électro, ambiant, jazz, country… Et toi, Henriette, c’est pareil?

Henriette - Moi, je suis entrée dans le jazz beaucoup plus tard. J’écoutais beaucoup de chansons françaises ou du rock. Quand j’ai rencontré Philippe, il m’a fait découvrir pas mal de choses en jazz. Mais j’ai surtout apprécié  le jazz en allant avec lui aux concerts. Car je trouvais presque inaudibles certains disques de jazz que me faisait écouter Philippe. Alors qu’en concert, ça passait mieux. Le fait d’avoir les musiciens en face de soi, de voir comment ils jouent, comment ils se regardent… on comprend mieux leur musique. C’était inouï.

C’est toujours le problème de la médiatisation, en quelques sortes. Les gens restent chez eux et écoutent ce qu’on leur fourgue dans les oreilles à longueurs de journées. Peu font l’effort d’aller écouter autre chose. Et aller écouter du jazz dans un club, ce n’est pas toujours évident, surtout la première fois.

C’est pour cela que noter public est constitué de gens curieux. Il en faudrait plus, bien sûr. Mais la plupart viennent pour découvrir. Ils font confiance à notre programmation. Ce ne sont pas tous des férus de jazz, il y en a quand même, hein… Mais tous n’écoutent pas Philippe Baron en prenant des notes (rires).

Henriette -  Il y a aussi des gens qui viennent au concert sans savoir qui joue le soir même. Mais ils savent qu’ils ne vont pas être déçus. Ils nous font confiance.

C’est gratifiant pour un club d’entendre ça, non?  Quels sont tes autres projets?

Les Routes de L’Est. Celles de l’Est de la France qui vont du Jura Suisse à la communauté Française de Belgique, en passant par Epinal, Metz, Nancy et même le Luxembourg. L’idée est de faire tourner des musiciens de ces régions-là et de les faire se rencontrer. On a conclu un accord avec le conseil de la culture en France. Cela nous a permis de faire venir en résidence 3 musiciens Suisses, Emilien Tolk Trio,  à qui nous avons proposé de travailler avec Nicolas Kummert. Cela s’est concrétisé par un concert fabuleux. Tu t’imagines, travailler pendant une semaine ensemble! Maintenant on aimerait que ce trio/quartette tourne un peu partout. On y  travaille.  C’est un jazz moderne, dynamique qui peut bien passer dans les clubs. Nous avons des contacts avec Nancy Jazz Pulsation et avec Metz aussi. Pour Bruxelles, nous travaillons avec Jules Imberechts et Christine Rygaert. On a des contacts aussi du côté de Liège. Tout ça se met en place et c’est excitant.  Sinon, le rêve est d’avoir un endroit bien à nous, pour pouvoir plus facilement organiser des concerts selon le calendrier des groupes, ou pouvoir refaire des résidences. Je pense que les groupes de jazz sont demandeurs de cette formule. On y travaille.


A+

Commentaires

C'est un parcours assez exceptionnel et +une belle réussite de l'investissement de Henriette et Philippe au cours de toutes ces années pour aboutir a un tel résultat .j'ai suivis d'assez loin s cette belle aventure car je vis en suisse Je félicite ma sœur et mon beauf Que cela puisse continuer a + .... Claudia

Écrit par : Claudia reusser | 08/05/2015

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