08/04/2008

E.M.T.B. au Sounds

E.M.T.B.
Ce sont les initiales des prénoms des musiciens.
Emi Oshima, chanteuse japonaise (pardon Cambodgienne) vivant à Paris; Michel Perez, excellent mais trop discret guitariste parisien; Tetsuro Kawashima, que l’on dit être un des meilleurs saxophonistes nippons (de passage en Europe pour quelques semaines) et finalement Bart De Nolf, notre contrebassiste national, qui semble être abonné aux musiciens du soleil levant en visites chez nous (il faut dire qu’il connaît très bien le Japon pour y avoir été de nombreuses fois ave Toots, notamment).
001

L’ambiance de ce premier set est assez soft, assez classique et sobre.
Voire même un peu convenu.
Le quartette, formé pour quelques dates seulement (dont deux à Paris), joue surtout un répertoire de standards (Star Eyes, East of the Sun, Someday My Prince Will Come…)

Bart De Nolf et surtout Michel Perez tentent d’y mettre une véritable âme, mais le quartette manque un peu d’automatismes. On le sent encore en rodage.
Malgré une très belle technique (on décèle les influences d’un Stan Getz ou d’un Dexter Gordon peut-être ?) Tetsuro Kawashima reste assez sage dans ses interventions. Très respectueux de la grille: il prend peu de risques.
Chacun y va de son solo et ça manque un tout petit peu d’émotion.
C’est un peu pareil pour Emi Oshima.
Elle a un superbe grain de voix. On sent le souffle d’un chant qui vient de loin. Mais, rarement, elle prend le large ou ose s’éloigner d’un chemin tracé, même si ses scats prouvent qu’elle peut aller beaucoup plus loin.

La fraîcheur est amenée par le guitariste.
Son touché particulier est délicat et swinguant. Ses attaques sont franches et sans agressivité. Le jeu est léger, il donne envie de liberté, d’échappées, de balades. Sur l’une de ses compositions («JF», basée sur «Just Friends» dont on reconnaît les citations sur la fin) il donne du souffle, du corps, du rythme. Ça «jazze» enfin.
On s’emballe.
Du coup, sur «Blame It On My Youth» et malgré quelques placements approximatifs, Oshima semble plus assurée, moins timide. Tetsuro, lui aussi, ose un peu plus. Et on le sent tout à fait libéré sur une de ses compositions (dont le titre en japonais m’échappe totalement…)
002

Au deuxième set, c’est flagrant.
Que se passe-t-il? On nous aurait changé notre saxophoniste?
Le voilà qui démarre en impro solo de manière beaucoup plus extravertie. Nettement plus assuré.
Et ensuite, le trio joue vraiment ensemble. Le niveau est monté d’un cran et l’on sent une véritable complicité s’installer entre eux.
On oublie un peu les partitions et... ça tape juste.
Même si Emi m’avouera après le concert avoir été un peu fatiguée au cours du deuxième set, son chant s’harmonise vraiment bien avec le trio. On joue plus détendu et «Get Out Of The Town» coule de source.
«Amour Toujours» (de Perez), chanté en français, sonne comme l’une des meilleures compositions de Michel Legrand des années ’60.
C’est très parisien, très fleuri, très joyeux.
Tetsuro est plus incisif, plus mordant, toute sa technique éclate. Il joue avec la colonne d’air, fait siffler l’anche, emballe le thème.
Oshima déroule avec facilité un «Célia» au débit rapide rappelant un peu Lambert, Hendricks & Ross.
Et du coup, en rappel, on aura droit à un «My Funny Valentine» en tempo rapide joué avec enthousiasme par le groupe.

Voilà un concert qui se termine bien mieux qu’il n’avait commencé. Et c’est tant mieux.
Deux sets assez différents.
Quant au troisième, il se déroule au bar, à discuter avec les musiciens et avec Daniel Min-Tung, initiateur du concert et «promoteur» des échanges franco-japonais.
Intéressant de comparer les différentes cultures (belges, françaises et japonaises) au travers du jazz.
À suivre…

A+

Les commentaires sont fermés.