24/03/2008

Jacques Schwarz Bart - Flagey

Il y a un côté pédagogique dans la présentation des morceaux qu’il va jouer.
C’est que Jacques Schwarz Bart est très attaché à ses origines et qu’il a envie de transmettre à travers le monde la mémoire des esclaves ainsi que la richesse de la musique Gwo-Ka avec laquelle il a grandi.
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Ce soir, au Studio 1 de Flagey, entouré d’un line-up international (le Sénégalais Hervé Samb (g), l’Américain Reggie Washington (b), le Serbe Milan Milanovic (p) et les Guadeloupéens Olivier Juste (boula) et Arnaud Dolmen (marqueur) ) il prend le temps d’expliquer l’origine de chaque morceau ainsi que sa construction rythmique.

C’est pédagogique, mais ludique. Et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
C’est une musique qui accompagne la fête, le travail ou la souffrance.
C’est une musique de communication.
Et elle se mêle avec aisance au jazz contemporain. Un mélange que Jacques Schwarz Bart a travaillé pendant des années.

Alors, le saxophoniste s’en va dialoguer avec les deux joueurs de tambours, sur des rythmes incandescents. Puis, il lance Hervé Samb dans des improvisations virtuoses.
Les rythmes sont chauds et endiablés. On y ressent comme de la transe.
Parfois, Schwarz Bart accompagne ses musiciens en chantant.
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Et sur un thème comme «Padjanbel» on est perdu sans l’être.
On dirait que les rythmes sont assez indéfinis. Et pourtant tout est limpide.
Il y a comme une superposition d’ondulations aux tensions différentes qui se mélangent. Et forcément, à un moment, et de façon régulière, elles se croisent.
Cette musique très chaloupée a quelque chose de fascinant.
Elle est pleine de reliefs et de couleurs profondes, il y a comme une pulsation indomptable en elle.

Les deux percussionnistes redoublent d’énergie. L’un imprime le rythme de base (le marqueur) tandis que l’autre improvise et s’évade dans des circonvolutions rythmiques presque hypnotisantes.

Milan Milanovic place de temps en temps des improvisations tranchantes. Très percussives au piano et pimentées d’accents presque funky au Rhodes (sur «Abysse» par exemple).

Jacques Schwarz Bart n’oublie pas le côté mystique sur une ballade comme «Ascent» qu’il entame en solo. Il y a résolument une réflexion intérieure profonde, douce et sécurisante.
Un sentiment de plénitude.
Sentiment accentué par les effets flottants et aquatiques de Samb à la guitare et ceux, plus sourds, de Reggie Washington à la contrebasse.
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Le son du ténor n’est jamais agressif. Jamais doux non plus.
Sur un morceau assez vif, comme «Ti Jean Prend gâteau», le sax ressemble à de la lave qui gicle. Schwarz Bart va jusqu’à la limite sans pour autant faire crier son instrument.
Il n’est pas âpre, il est brûlant.
Il n’est pas abrasif, il est juste un peu rauque.
Un peu comme ces ka qui claquent fortement tout en gardant une résonance longue.

Le public est conquis et en redemande.
«Pa Palé» est un hymne à la liberté d’expression, dédié à tous ceux qui ont été empêchés de parler ou de chanter. Un thème puissant et rassembleur.
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Après le concert, j’ai l’occasion de rencontrer longuement Jacques Schwarz Bart pour réaliser une interview pour Citizen Jazz.
L’ancien sideman de Roy Hargrove prépare actuellement un nouvel album où quelques-uns de ces amis fidèles viendront s’y joindre, comme Meshell N’degeocello, Elisabeth Kontomanou ou encore John Scofield.
Ça promet.
On espère le revoir en Belgique en fin d’année.

A+

21/03/2008

Lynn Cassiers au Murmure Café

Après le concert du BJO, avec David Linx et Maria Joao, je décide d’aller écouter Lynn Cassiers au Murmure Café.

C’est juste derrière Flagey.

Contrairement à ce que pourrait faire penser son nom, Le Murmure est plutôt un endroit bruyant.
Après le feu Comptoir des Etoiles, ou le Montmartre, c’est le café à la mode - hype ou underground, je ne sais pas comment il faut le définir - où se mélange la jeune génération et les vieux briscards du jazz belge (on parle aussi souvent du Roskam… mais je ne m’y suis pas encore rendu).

C’est bondé (mais ce n’est pas très grand non plus) et je me trouve une place entre Bart Defoort et Erik Vermeulen. Je vois aussi quelques têtes connues: Jordi Grognard (toujours dans les bons coups), Marek Patrman, Manolo Cabras, Bo Van Der Werf etc…

On est vraiment au plus près des musiciens.
Ce n’est pas plus mal, car avec le bruit ambiant, il faut tendre l’oreille pour entrer dans la musique.
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Pas de scène, pas d’éclairage particulier, tout est brut de décoffrage.
Un peu comme la musique de Lynn.

La chanteuse est entourée de Augusto Pirodda au piano, Antonio Pisano à la batterie et Nico Roig à la guitare.

Assise derrière sa petite table, Lynn Cassiers travaille et trafique sa voix au travers de petites machines. Elle improvise, elle interagit sur les phrases incisives du pianiste ou du guitariste.
Le chant est parfois un peu plaintif, un peu lancinant, très ouvert et très libre…
Difficile de coller une étiquette.
Et ce n’est pas plus mal.

Je me demande comment les musiciens arrivent à se concentrer (et parfois à s’entendre) dans ce brouhaha incessant. La musique est tellement expérimentale, organique, atmosphérique. Elle se joue tellement sur l’écoute de l’autre.

Les rythmes (ou les pulsations plutôt) semblent aléatoires.
Tout se transmet suivant le feeling, l’humeur, les sentiments.
Un sentiment étrange, entre malaise et plénitude.

Il y a comme un flux irrégulier.
C’est sans doute cela qui me fascine.
C’est comme lorsque le sang ne circule pas régulièrement dans les veines et entraîne le cœur à battre de façon inhabituelle.
Du coup, on reste en alerte, attentif.
C’est un peu étrange, inattendu et tellement singulier.

Le quartet est dans son monde.
Mais en fermant les yeux, on y entre facilement.

Bien envie de réentendre ça dans de meilleures conditions.

Après le concert, je discute avec toute cette petite bande dans cette ambiance chahutée et très sympathique.

Il est plus de deux heures du mat’, et le Murmure ne désemplit pas.

A+

18/03/2008

BJO & David Linx - Changing Faces - Flagey

Haaa… enfin retrouver le temps d’aller écouter un concert.
Pas n’importe lequel: celui de David Linx et du BJO à Flagey.
C’est sûr, ça va me faire du bien.

Le BJO! Quelle machine à swinguer et à groover… «C’est comme rouler dans une belle Cadillac», avoue lui-même David Linx.
Il est heureux, notre chanteur. Et il a envie de le montrer. Il a envie de faire partager son bonheur avec le public.
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Avec fougue, énergie et bonne humeur, il emmène tout le monde dans un tourbillon irrésistible.

«Deep Night», «Black Crow» «There Is You» s’enchaînent.
Les solistes se succèdent avec un plaisir non dissimulé.
Marc Godefroid (tb), Kurt Van Herck (ts), Bart Defoort (ts) ou Pierre Drevet (tp).

David dialogue et blague avec le public et puis démarre au quart de tour un scat a cappella au débit rapide et aux accents graves et profonds  qui rappellent parfois les chants africains.
Il laisse aussi les silences chanter avec lui.
Puis, il invite le guitariste Hendrik Braeckman à dialoguer avec lui avant de plonger dans un «Day’s Journey» tout en énergie et en fractures…

Après une ballade («Home In The Spring») et un tonitruant et jubilatoire «Then We’ll Be Home», Maria Joao fait son entrée.
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«Miziane» est éclatant.
La voix de Joao m’impressionne à chaque fois.
La chanteuse Portugaise possède une tessiture incroyable qu’elle maîtrise avec un talent fou.
On passe par tous les sentiments. Rires, frissons, pleurs…
En duo avec Linx, c’est de la folie. On dirait deux enfants qui jouent ensemble.
D’ailleurs, Dieter Limbourg (as), après son solo, les laisse et se retire en souriant pour rejoindre les autres musiciens de l’orchestre tous aussi hilares devant les fantaisies vocales des deux chanteurs.

Avant un (faux) final explosif («Sweet Suite»), Joao et Linx chantent ensemble le magnifique «Parrots And Lions» avec une sensibilité et une intensité rares.
J’en ai la chair de poule.

Il faut terminer le concert, mais… non, le Big Band et le chanteur semblent tellement bien sur scène qu’ils ont du mal à la quitter.
Et voici une ballade un peu blues et un peu soul que n’aurait pas renié un Ray Charles.
Jos Machtel se fend d’un beau solo à la contrebasse avant que Bart Van Caenegem ne reprenne la main au piano (hé oui, ce soir ce n’était pas Nathalie Loriers, éloignée pour quelque temps du clavier à cause de petits soucis de dos.)
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Et ce n’est pas encore fini.
Frank Vaganée (ss) s’avance au-devant de la scène et envoie une longue et brûlante improvisation absolument démentielle…
Il a tout dévasté !
Tonnerre d’applaudissements !
Une voie royale pour «The Land Of Joy» qui conclut un superbe concert de plus de deux heures !


Dans le foyer de Flagey, je retrouve des amis musiciens : Thomas Champagne, Tuur Florizoone, Barbara Wiernik, je discute avec David Linx, Frank Vaganée, Bart Defoort ou encore Bo Van Der Werf qui me souffle à l’oreille qu’un concert de Lynn Cassiers à lieu juste derrière le paquebot: au Murmure Café.

Vous commencez à me connaître… j’y suis allé bien sûr.
Je vous raconte ça bientôt.

A+

16/03/2008

Octurn & Magic Malik - XPs [live] sur Citizen Jazz

Les habitués de ce blog savent déjà tout le bien que je pense d’Octurn.

Pour ceux qui veulent connaître mon opinion à propos de leur dernier album «XPs [live]», avec Magic Malik, il suffit d’aller lire ma chronique sur Citizen Jazz.

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A+

13:55 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : octurn, citizen jazz, magic malik, chronique |  Facebook |

13/03/2008

Just to keep in touch...

"Dear God, sorry to disturb you but
I feel that I should be heard loud and clear
We all need a big reduction in amount of tears"

Andy Partridge

 


Hé oui, il y a des jours comme ça.

A+

23:45 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : andy partridge, xtc |  Facebook |

05/03/2008

Blue Note Indoor - Gianluca Petrella, Bart Maris, Cecil Taylor

Jeudi dernier avait lieu à Gand la première soirée du premier Festival Blue Note Records Indoor.
L’intention de ce «nouveau» et court (2 jours) festival est de proposer une programmation un peu plus pointue que celle du rendez-vous d’été. On sait que Bertrand Flamang (directeur du festival) est assez friand de musiques improvisées et de free jazz.

Ce soir, dans le très beau, très bien aménagé et très contemporain Muziekcentrum du Bijloke à Gand, on pouvait assister à plusieurs concerts répartis dans différents endroits du bâtiment.
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Dans la grande salle d’abord: Gianluca Petrella Indigo 4.
Ce quartet avait fait forte impression lors de l’édition estivale du BNRF 2007.

Emmené par le remuant tromboniste italien, le groupe mélange les groove actuels,le swing et  l’impro limite free avec une énergie débordante.
Petrella balaie l’air avec la coulisse de s instrument à la manière d’un chef d’orchestre fou.
Il joue les effets, en trafiquant parfois le son de son trombone avec la pédale wha wha et cry baby sans exagération, car les mots soufflés, les grognements et les différentes sourdines font le reste.

A côté du leader, Franceso Bearzatti, au sax, donne une réplique exceptionnelle.
Il répond avec force et provoque souvent le tromboniste.
Les échanges sont vifs, excitants, brillants.

La rythmique (Fabio Accardi aux drums et Paolino Della Porta à la contrebasse) est très accrocheuse, elle aussi. Elle met le jeu des souffleurs en perspective.
C’est plus qu’un soutien, c’est une alimentation constante.
Énergique à souhait, ce concert a tenu toutes ses promesses.

Après cela, dans différents lieux du Bijloke, on nous propose trois concerts simultanés.
Il faut faire un choix, car ici, pas question d’entrer dans une salle pendant le concert.
Question de respect pour les artistes.

J’opte pour le projet de Bart Maris dans le grand hall.
Le trompettiste improvise d’abord seul, soutenu seulement par sa propre musique préenregistrée et diffusée via une dizaines d’enregistreurs et de vieilles bandes magnétiques tendues d’un bout à l’autre de la salle.
Etrange et fascinante installation qui déverse une musique aléatoire…

Le musicien est rejoint ensuite par Paul Van Gysegem à la contrebasse et Paula Bartolletti au chant lyrique et baroque, parfois bluesy, parfois traditionnel et populaire.
La musique est très éclatée, très ouverte, très avant-gardiste.
On passe de moments éclatants et hystériques à des moments extrêmement posés, faits de murmures.
L’expérience est éprouvante, intense et prenante.

Pour terminer: Cecil Taylor en piano solo.
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Le voilà, alerte, en pleine forme et souriant.
Les dreadlocks de part et d’autre de son crâne dégarni, les chaussettes oranges recouvrant le bas de son pantalon indien… on dirait le Tintin du free jazz.

Sa musique est surtout basée sur des grilles bien précises, mises au point par ses soins, qu’il n’hésite pas à quitter pour s’enfuir dans des  improvisations inspirées et souvent très tendues.

Le pianiste chantonne les airs qu’il invente, comme pour les adoucir.
Il faut dire que son jeu est découpé, percussif, brutal,explosif… et, l a seconde d’après, d’une infinie délicatesse, d’une quiétude et d’une légèreté incroyable.
Taylor alterne et rassemble des émotions extrêmes.

Sa musique est abrasive.
Les thèmes, dès qu’ils apparaissent comme une évidence, sont chassés d’un revers de la main, abandonnés dans un virage à 180 degrés ou perdus dans une accélération fulgurante.

On reste attentif tout au long du concert.
Scotchés.
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L’œil rieur, Cecil Taylor reviendra deux fois pour les «encore».
D’abord pour une courte et sèche improvisation  au piano, puis, pour déclamer un long poème aux accents politiques, digne des meilleurs slameurs actuels.
Taylor à 78 ans.
Il n’a rien a apprendre de quiconque. Il continue à inventer.

A+

03/03/2008

Cordes sensibles - Manolo Cabras

Après avoir célébré quelques grandes dames du jazz, notre gang de blogueurs (Jazz Chroniques et Coups de Cœur, Ptilou’s Blog, Jazz Frisson, Maître Chronique et Jazz à Paris ) remet le couvert pour vous proposer cinq portraits envers et contrebasses.


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MANOLO CABRAS

Les contrebassistes courent de gig en gig.
C’est très important un bon contrebassiste.
Ils sont très demandés les contrebassistes.
Les bons.
Certains tentent de répondre à toutes les invitations, quelques-uns choisissent leurs partenaires… d’autres les cherchent.

Pas simple, la vie avec la grand-mère.

En Belgique, ils sont nombreux, les excellents  contrebassistes: Jean-Louis Rassinfosse, Sal La Rocca, Philippe Aerts, Piet Verbist, Nic Thys, Bart De Nolf, Roger Vanhaverbeke… pour ne citer qu’eux.
La liste est trop longue et je m’arrête ici car je risque d’en oublier… et je ne voudrais pas qu’on me tire la gueule la prochaine fois que je vais en club. (Déjà croisé le regard noir d’un Sam Gerstmans courroucé?)

Depuis 5 ou 6 ans, il y a un contrebassiste qui a pris une place particulière dans le jazz belge: le sarde Manolo Cabras.
Souvent associé au batteur tchèque Marek Patrman, avec qui il forme une rythmique singulière, il est devenu un sideman très recherché.

On peut se demander pourquoi un Italien décide de quitter ce merveilleux pays ensoleillé pour rejoindre la grisaille du notre?
«Il n’y avait pas beaucoup de gigs qui me plaisaient là-bas. Il y avait peu d’intérêt pour le genre de jazz que j’aime, et donc peu de jobs excitants», avoue-t-il.

C’est que Manolo aime Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian ainsi qu’un certain esprit du jazz européen. Un jazz sans doute un peu moins «facile».

Alors, il décide de monter dans le Nord.
Il ne s’arrête pas tout de suite en Belgique, car son objectif c’est d’abord la capitale Hollandaise: Den Haag.
Il sait que, là-bas, il pourra évoluer et jouer la musique qui le fait vibrer profondément.

Sur place, il joue avec Jesse Van Ruller, Eric Vloiemans ou Wolfert Brederode…, mais il rencontre aussi et surtout de jeunes musiciens, venus d’un peu partout en Europe, qui partagent la même vision du jazz que lui: Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Alexandra Grimal, Lynn Cassiers, Gulli Gudmundsson et d’autres encore.

C’est là aussi qu’il rencontre Marek Patrman qui l’entraînera à Anvers pour jouer avec Ben Sluijs et Erik Vermeulen.
L’étincelle jaillit, ici aussi.
Les musiciens se comprennent aussitôt.

Mais quelle est donc cette alchimie qui fait que «ça fonctionne» ?
Trouver les mots pour l’exprimer n’est pas facile.

Marek a bien du mal, lui aussi, à trouver les mots :
«Time and sound», lâche-t-il spontanément avant de réfléchir plus longuement.
Il continue:
«Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. C’est un jeu différent des autres. Mais ça vient tellement naturellement entre nous. Je reçois la musique de la même manière que lui. Et quand on la reçoit de la même façon, c’est assez simple de la rendre de la même manière.»

Pas besoin de mots, en quelques sortes.
Voilà une belle illustration du le langage universel et complexe du jazz.

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Une des premières fois que j’ai entendu Manolo, c’était avec le nouveau quartet de Ben Sluijs.
Le saxophoniste alto avait décidé d’orienter sa musique vers un style plus ouvert, lorgnant du côté d’Ornette Coleman ou de… Paul Bley.
Cabras était le contrebassiste tout désigné pour l’aider à mener à bien son projet.

Quand je demande à Ben s’il a une explication à la réussite de cette rencontre, et ce qu’il pense de son contrebassiste il répond:
«Parce qu'il veut me suivre vers les étoiles.
Parce que ça marche tellement bien avec Marek.
Parce qu'il fait des trucs rythmiques qui sonnent décalés, mais qu’il sait (la plupart du temps ! – rires -…)  où il est.
Parce qu'il est parfois difficile mais qu’il se donne toujours à 100% musicalement.
»

Le témoignage est assez éloquent et, on le voit, plein de sensibilité.

De son caractère, de son tempérament et bien sûr de son talent, Manolo Cabras marque indéniablement les groupes dans lesquels il joue: Free Desmyter, Erik Vermeulen, Unlimited et autres…

Mais il est bien plus qu’un sideman. Il a d’autres projets plus personnels qu’il aimerait aussi développer, tel que «Borg Collective», constitué de neuf musiciens rencontré à Den Haag (voir plus haut), avec qui il crée une musique très improvisée et use de sampling, re-recording, effets électros etc...

Il est également co-leader avec Lynn Cassiers (chanteuse atypique à la voix irréelle et somptueuse) d’un groupe qui lui tient particulièrement à cœur.
Un jazz qui combine également les effets électros et l’improvisation non seulement musicale, mais aussi textuelle.
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Manolo redescend parfois un peu vers le Sud, car il est également présent sur la scène française avec le quartette d’Alexandra Grimal. (Nos amis Parisiens ont eu la chance de les entendre souvent au défunt club «La Fontaine» - qui renaît actuellement sous le nom de «Les Disquaires».)

Alexandra est, elle aussi, tombée sous le charme musical et humain de Manolo:
«Manolo Cabras est un des musiciens qui me touchent le plus. Il est entier dans la musique et joue avec une intensité peu commune.
Le son de la contrebasse est brut et profond, il fait chanter l'instrument sur de nombreux registres différents. Il est soliste, mélodiste, rythmicien, en contrepoint permanent. Il est d'une grande générosité, toujours à l'écoute des autres, il ouvre de nouvelles voies instinctivement. Il vit la musique dans l'instant, tout en pouvant se projeter à la fois dans de longues formes improvisées. C'est un improvisateur et un compositeur extraordinaires.
J'aime particulièrement chez lui sa recherche du vrai, le son tel qu'il est, dans sa forme la plus brute, dans l'impulsion qui le crée.
Que dire de plus? Difficile de mettre des mots sur un tel musicien si complet. Il est aussi à découvrir en tant qu'ingénieur du son!
Il faut surtout l'écouter jouer, il est libre et plein de projets, tous plus variés et étonnants les uns que les autres.
»

On le voit, Cabras ne laisse personne indifférent.
Même pas vous, j’en suis sûr.

Ecoutez-le sur quelques rares CD's, comme «Something To Share» de Free Desmyter ou «In Between» de Ben Sluijs…
Mais surtout, venez le voir sur scène lorsqu’il se balance frénétiquement avec son instrument, complètement investi par sa musique…

Allez, je vous fais une place et je vous attends.

A+


Merci à Jos Knaepen pour les photos, à Marek, Ben et Alexandra pour leurs réponses.