23/02/2008

Augusto Pirodda - Théâtre St Michel

Un accord plaqué.
Comme un coup de tonnerre. Ou un tremblement de terre.

Le piano résonne dans le grand hall du Théâtre St Michel.
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Augusto Pirodda, grave, investi, concentré sur lui–même distile les notes petit à petit.
Intimité, recueillement et dépouillement au maximum.

Augusto Pirodda joue du piano. Dans tous les sens du terme.
C’est-à-dire qu’il fait parler les touches d’ivoire, le bois, les cordes… et les silences.
Il fait de son piano un véritable instrument à percussion.

Il possède le sens des tensions, des contrastes, de la force et de la tendresse.
Il n’hésite pas à accentuer certains accords pour mettre en valeur le précédent, ou pour préparer le suivant.

Dans ce jeu très contemporain qui n’est pas sans rappeler Stockhausen ou John Cage, on décèle ici et là quelques réminiscences de Duke Ellington ou de George Gershwin.

Les notes bouillonnent sous ses doigts. Parfois aussi, elles pétillent légèrement, tendrement.
Les thèmes sont souvent les bases pour la relecture de ses propres compositions ou pour des improvisations au caractère bien trempé.
Des impros qu’il propulse loin devant lui, au risque de les laisser s’échapper.
Il les laisse vivre librement le plus longtemps possible.
Il crée ainsi des émotions étranges. Souvent cérébrales, un peu froides aussi parfois.

Refusant la sécurité, bifurquant juste avant de jouer l’évidence, Augusto maîtrise l’équilibre incertain. Comme un funambule qui ne peut compter que sur lui pour ne pas chuter.

Ce soir, Pirodda a traversé les vallées parfois dangereuses et hostiles qui séparent les versants de la musique contemporaine et du jazz avec beaucoup d’élégance, de hardiesse et d’assurance.
cd
«Moving», l’album solo autoproduit de Pirodda vient de sortir. On peut se le procurer ici ou via son site.

A+ 

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