17/02/2008

L'âme de Billie Holiday - Marc-Edouard Nabe

« J’ai été conçu à New York ! Mon père éjacula dans les buildings. C’est à New York qu’il me gicla un beau soir de printemps avant d’aller souffler comme un bœuf des mélodies à s’ouvrir le ventre au Metropole, ou s’aventurer à Harlem voir Monk. »

Page 183.

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Ce sont les premières lignes que j’ai lues, chez Filigranes, lorsque je suis allé acheter «L’âme de Billie Holiday».

Celui qui « gicle », c’est Marcel Zanini.
Vous souvenez-vous de ce clarinettiste qui fut plus connu pour ses chapeaux excentriques, sa moustache, ses lunettes rondes et son «Tu veux ou tu veux pas?», que pour ses interventions dans différents combos de jazz ?
(Et pourtant, en cherchant un peu, on peut retrouver des choses plus qu’intéressantes à son égard: ici, par exemple.)

Et le fruit de cette explosion tellurique nocturne c’est Marc-Edouard Nabe.
Le très controversé Marc-Edouard Nabe.
Philosophe, écrivain, musicien, artiste, fouteur de merde… et amoureux de Billie Holiday.

Son livre n’est pas une biographie classique (on ne pouvait pas s’attendre à moins de la part de l’auteur).
Mais c’est un livre résolument jazz.
Il est surprenant. Parfois tendre, souvent cru.
Il mélange les styles et les genres.
Il joue l’improvisation.
L’auteur use, et abuse parfois, de formules chocs. Mais il défend tellement bien la détresse, les douleurs et le chant de Billie Holiday!
Il fait revivre par chapitres courts et incisifs la vie et l’œuvre de cette diva du jazz.

« Si Satchmo chante de faux mots que je comprends, pourquoi ne prononcerais-je pas des notes que l’on prendrait pour des mots? »

L’a-t-elle dit ainsi? Oui? Non? Peut-être?

En tout cas, c’est une phrase merveilleuse qui résume tellement bien l’esprit et l'ambiguité du personnage.

« Trop noire chez Artie Shaw, trop blanche chez Count Basie. Noire-Neige et les 16 blancs ! Blanche-Ebène et les 16 nains noirs. »

Ou plus loin :

« Les couacs de Miles Davis, les anches qui sifflent de Charlie Parker, les rots d’Eric Dolphy, les notes à côtés de Monk : elle les reprend à son compte par sortes de hoquets. »

Avouez que Nabe a le sens de la formule et du verbe.
D’une ligne à l’autre, il est capable d’irriter, de déranger ou d’attendrir.

Personnellement, j’adore ce genre d’écriture: celle qui vous bouscule, qui vous gratte, qui vous met mal à l’aise, qui vous fait réfléchir et… qui vous marque longtemps.

C'est cette même écriture que j’aime retrouver dans le jazz.

Ce livre ressemble tellement aux chansons et à la vie de Billie Holiday, que l’ignorer serait sans doute, à mon avis, une petite erreur d’appréciation.

Allez-y, faites-vous mal, ça fait du bien.

A+

00:59 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : livres, marc-edouard nabe, billie holiday |  Facebook |

Commentaires

Un des meilleurs auteurs actuels...
"Faites-vous mal, ça fait du bien" : on ne pouvait mieux résumer la situation.
Joli article !

Écrit par : Culture Street | 10/08/2010

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