23/01/2008

La preuve par neuf d'Alain Pailler

Voilà quelques semaines déjà que j’ai terminé la lecture de « La preuve par neuf » d’Alain Pailler.

Il s’agit plus d’un point de vue sur trois trios « incontournables » du jazz, qu’une étude approfondie et rigoureuse DU trio en général. Et c’est ce qui fait le charme et l’intérêt du livre.
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L’auteur raconte avec verve sa passion pour trois de ses trios préférés. Ce qui ne l’empêche pas, cependant, d’avoir un avis très pertinent.


Il commence avec celui de Teddy Wilson.
Et encore, ici, il focalise son analyse sur la complicité entre Wilson et son batteur fétiche : Jo Jones.

« Bien qu’usant de formes éprouvées et d’un langage dira-t-on plutôt sage, Teddy et Jo n conversent pas moins l’un avec l’autre que Herbie Nichols et Art Blakey (ou Max Roach). Il existe une telle compréhension entre les deux musiciens que leur façon d’avancer main dans la main pourrait passer presque inaperçue. »

Plus loin, il met en valeur les qualités indéniables des rares trios de Duke Ellington.
Il est vrai que l’on pense plus en termes de big bands, lorsqu’on évoque ce pianiste, que de trio. (En tout cas moi).
Pourtant, c’est vrai,  il y a le célèbre  «Money Jungle» (avec Mingus et Roach), sur lequel s’étend aussi Pailler, mais il y a aussi « Piano In The Foreground » (avec Sam Woodyard aux drums et Aaron Bell à la contrebasse).
Pour être franc, je ne l’avais jamais entendu. J'ai donc découvert cet album grâce au bouquin.
Et je dois dire que je partage totalement l’enthousiasme de l’auteur.

Duke y est d’une modernité bluffante.
Tant dans les arrangements que dans le jeu. (Il faut entendre «Summertime», «Springtime in Africa» ou le jubilatoire «It’s Hard To Be Forgotten»).
Et «Cong-Go» est un véritable diamant brut! Il préfigure déjà ce que sera «Fleurette Africaine» en ’64 sur «Money Jungle».
Pourtant, nous ne sommes qu’en ’57 !
Duke joue les silences et les tensions. Le son est presque métallique. Ses attaques sont franches, parfois puissantes, mais parfois aussi d’une légèreté incroyable.
Et comme si cela ne suffisait pas, dans les bonus tracks, on a droit à quelques «Piano Improvisations». La 1 et la 2 sont  à tomber par terre.

Mais revenons au livre, car Pailler s’attaque à Ahmad Jamal.
Il analyse et raconte fort justement le trio «fondateur» de l’esprit jamalien  (avec Ray Crawford à la guitare et Israel Crosby à la contrebasse) qui donna naissance à l’historique trio Ahmad Jamal, Israel Crosby et Vernell Fournier
Il en parle avec sincérité, poésie et amour.
Du coup, j’ai réécouté ces disques avec une oreille neuve.

Et je ne vous dirais pas, une fois de plus, tout le bien que je pense d’Ahmad.

Et pour finir, même si le compte est bon (3 fois trois trios égalent neuf), Pailler réussit à faire une pirouette pour parler de l’inévitable Bill Evans Trio.

Son alibi est une phrase tirée du roman « Un soir au club » de Christian Gailly (bouquin que je vous recommande chaudement aussi), et dont le personnage principal (Simon Nardis… vous voyez la référence?) affirme :
« Dans le jazz il n’y a pas de beauté. Du swing, certes, de l’émotion, de la joie et de la danse du corps, voire la rage, tristesse ou gaîté mais pas de beauté, je regrette. »

Il faut dire que notre héros est quelque peu déprimé.

Pailler tente alors de contrer cette sentence en appelant ce bon vieux Bill à la rescousse.

Bon, je vous laisse méditer sur cette phrase, et si vous voulez savoir comment l’auteur s’en sort, lisez le livre.

Moi, je vais rassembler mes disques de Bill Evans avant de plonger dans le bouquin qu’ Enrico Pieranunzi lui a consacré: « Portrait de l’artiste au piano ».

A+

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