02/12/2007

Brad Mehldau Trio - Ancienne Belgique

Rattrapons le temps perdu.

Le 15 novembre, l’AB est remplie à ras bord (et deux dates sont prévues!).
J’arrive quelques minutes avant le début et… pas le choix, je serai tout en haut, tout derrière.
Pas grave dans cette salle où l’acoustique est excellente et la vue parfaite.
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Le trio est resserré au milieu de la scène.
Brad Mehldau entouré de Larry Grenadier et de Jeff Ballard entame deux longs morceaux.
Le premier est de Clifford Brown, mais je n’ai pas reconnu le thème ni retenu le titre.
Il est retravaillé dans le plus pur style Mehldau…
Le second hésite entre bossa et rumba lente.
Le thème est évolutif, mais il manque de rebondissements, de tensions.
Pas mal de remplissage en fait.

Les titres s’enchaînent.
Ballard se met un peu en évidence. Heureusement, il est moins envahissant que lors du concert avec Pat Metheny… mais son jeu n’en est pas plus intéressant pour cela.
Le drumming se veut un peu plus «jungle», un peu plus groovy, ça veut un peu bouger…
Mehldau et Grenadier jouent à l’unisson en réponse au batteur.
Tout est basé sur un motif répétitif. C’est un peu plus tendu, un poil plus excitant.

Avant de prendre enfin la parole, Mehldau nous offre encore une ballade faite de jolies déstructurations rythmiques sur lesquelles Grenadier suit magnifiquement à l’archet.

Le pianiste s’adresse enfin au public. Dans un Néerlandais presque parfait (sa compagne, Fleurine, est Hollandaise rappelons-le).
Mon amie (néerlandophone) me propose, agréablement moqueuse, de traduire…
Je lui réponds qu’en tant que francophone, je ne suis demandeur de rien.
Ce qui nous fait beaucoup rire… (Désolé, c’est de l’humour belge de circonstance: mélange de dérision et de désespoir…)

Bref.

Ça s’emballe un peu avec «We See» de Monk.
Enfin, ça swing vraiment. Mehldau recrée à sa manière le jeu inimitable de Thelonious.
Ballard se fait un peu trop démonstratif et, sans nul doute, c’est encore Larry Grenadier le plus intéressant des trois: son solo est lumineux, inventif et fougueux.
Ses lignes sont claires et précises. Du grand art.
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Mais l’intensité retombe à nouveau avec une ballade («My April Heart») pourtant très bien introduite par une longue improvisation du pianiste.
Et «Samba e Amor» (de Buarque) ensuite, n’excite pas plus que ça l’assistance.

Malgré tout, le trio revient pour interpréter «Holland» de Sufjan Stevens (Mehldau a toujours aimé reprendre les thèmes pop)…
Bon. Le public à l’air satisfait.
Pour ma part, ce fut un petit concert.
Mehldau m’a déjà habitué à bien mieux.
Ce soir, il semblait peu inspiré et son trio ronronnait un peu.

Vous allez dire que je ne suis jamais content: quand Brad tente des sorties (comme avec «Largo», par exemple), je ne le suis pas vraiment et quand il revient à ce qui a fait son succès non plus…

Enfin, pas cette fois-ci.

Certes.
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Mais, je réécoutais dernièrement encore son enregistrement de ’96 au Village Vanguard («The Art Of Trio Volume Two») … et c’était nettement plus inventif et… plus nouveau.

Allons, je suis sûr que ce sera mieux la prochaine fois.

A+

22:28 Écrit par jacquesp dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jeff ballard, ab, brad mehldau, larry grenadier |  Facebook |

Commentaires

Trop exigeant? Est-ce qu'on en demande trop à ces grands musiciens qui nous ont habitué à de l'innovation, toujours?

Et à l'inverse, applaudissons-nous des musiciens de moindre calibre qui se réfugient dans une formule efficace mais répétitive?

Jean François

Écrit par : Jazz Frisson | 04/12/2007

Hé hé, M'sieur Frisson...

J'ai vu presque dix fois Mehldau en concert (sous différentes formules, solo, duo, trio avec invités etc...) souvent, même très souvent, j'ai été subjugué par son jeu.
Tous (ou presque tous) ses albums sont inventifs, magnifiques, innovants. Même si l'on reconnait son style et que l'on pourrait presque dire: "ha oui, ce sont les mêmes plans"... hé bien... ce ne sont jamais les mêmes plans.

Mais...
Ce soir, le concert m'a semblé manquer un peu de... quelque chose... :-/
Ça arrive, même aux meilleurs.
Ce soir, celui qui était (pour moi) vraiment au top, c'était Grenadier.

Alors, bien sûr, je n'attendais pas une révolution dans le jeu de Mehldau ou de son trio... mais ce soir je n'ai pas eu non plus ces frissons dans le dos, cette excitation qui fait taper du pied, ces envolées qui te déconnectent du temps...
C'était un peu figé.

Ceci dit, je reste un inconditionnel de Mehldau.
Et je serai à nouveau présent lors de son prochain concert.
(Ce qui me plairait, serait de l'écouter dans un club, un vrai petit club de jazz... je suis sûr que ce serait vraiment magique!)

A+

Écrit par : jacques | 05/12/2007

Petite salle Ma seule expérience de Mehldau en live est effectivement dans une toute petite salle, la plus intime du Festival de Jazz de Montréal. Assis à la deuxiéme rangée centre, j'ai été subjugué ce soir là!

Et comme je ne connaissais pas encore toute sa discographie, tout ce soir là était pour moi une magnifique découverte!

Il y a tant de facteurs, personnels et circonstanciels, qui affectent notre appréciation d'une performance...

Jean François

Écrit par : Jazz Frisson | 05/12/2007

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