10/10/2007

Dinant Jazz Nights 2007 - 5 -

Après une très courte nuit, je suis retourné très tôt sur Dinant.
Oui, j’aurais pu loger sur place, mais je m’y suis pris comme un manche et, comme d’habitude, beaucoup trop tard…

Pourtant, des hôtels et chambres d’hôtes, ce n’est pas ce qui manque dans la région.
Je me suis d’ailleurs retrouvé en fin de matinée dans un de ces hôtels car j’avais rendez-vous avec Paolo Fresu.

Non seulement Fresu est un trompettiste merveilleux, mais c’est un personnage d’une gentillesse remarquable. Et malgré tous les projets qu’il cumule, je suis stupéfait de sa disponibilité…

Bref, on en reparlera.

Retour au Centre Culturel pour la dernière journée de festival.

001
Vers 16h, la scène est ouverte par le duo de Petra Magoni et Ferruccio Spinetti.

Je connaissais les musiciens pour les avoir entendu sur le dernier album de Stefano BollaniI Visionari») et pour avoir entendu l’un ou l’autre morceau de leur album «Musica Nuda».

On pourrait penser qu’un tel duo (contrebasse et voix) peut être austère.
C’est sans compter sur l’esprit italien, très «comedia del arte», ce sens théâtral (tantôt comique, tantôt dramatique), cette diction parfaite, ce jeu de contrebasse unique.

Vraiment, ce fut un excellent moment.
Le duo reprend des chansons folkloriques, quelques rares standards de jazz, mais surtout des chansons pop (la manière de se réapproprier «Eleanor Rigby» ou «Come Together» des Beatles – et dieu sait si je suis sensible au répertoire des Beatles - est hallucinante).
002
Petra et Ferruccio ont un sens peu commun du dialogue avec le public.
La chanteuse n’hésite pas à essayer d’expliquer, dans un français approximatif mais extrêmement touchant, le sens des paroles des chansons.
Ainsi, ils «adaptent» en français «Le Due Corde Vocali» qui raconte la séparation (autobiographique?) entre un contrebassiste et sa fiancée.
Le duo improvise, Petra pose des questions, Ferruccio répond en chantant, en inventant, en rajoutant des détails sordides…
On ne peut s’empêcher de rire… et pourtant, la musique et le chant sont diaboliquement parfaits.

On passe du rire aux larmes.
On est ébloui par le débit infernal sur «La Boccia»( ????) et fasciné par ce regard immobile, figé, perdu dans un vide absolu pendant d’interminables minutes sur «My Funny Valentine»…
Subjuguant.

A revoir, je l’espère, au plus vite sur nos scènes nationales.

003
Dans un tout autre registre, Susanne Abbuehl, entourée de Wolfert Brederode au piano, Christof May à  la clarinette et clarinette basse et de Joost Lijbaart à l abatterie, nous à emmené dans son monde très poétique et très éthéré.

Certes, elle n’a peut-être pas fait l’unanimité auprès de certains spectateurs, mais pour ma part, je dois avouer que j’étais sous le charme.
On était replongé dans l’ambiance du festival de l’année dernière qui avait accueilli le label ECM.

Le chant, minimaliste et très intimiste, est soutenu par des ondulations pianistiques et un drumming aux balais d’une extrême délicatesse.
Seule la clarinette basse vient, en contrepoint, dialoguer avec la chanteuse.

On voyage dans les plaines désolées, froides et silencieuses.
On flotte dans la lenteur élégiaque d’un chant intérieur et dépouillé.

Abbuehl enchaîne sur un même mode «Children Song», «Yes Is A Pleasant Country» ou encore le glaçant «A Call For All Demons» en s’excusant de ne pas parler entre les chansons: «Pas parce que je ne veux pas vous parler… mais parce que je ne sais pas quoi vous dire».

Elle terminera par «Where Flamigo Fly».
Étrange sensation qui contraste avec le concert précédent.

Avant le concert suivant, je discute avec Dré Pallemaerts à propos de son dernier et excellent album «Pan Harmonie».
Il me raconte le cheminement, la genèse, l’enregistrement de ce petit bijou - que je vous conseille vivement – avant de rejoindre sur scène David Linx et quelques-uns des grands chanteurs américains invités à ce «Be Bop Vocal Summit».

En effet, autour du chanteur belge, on retrouve Sheila Jordan, Deborah Brown, Giacomo Gates et Mark Murphy.

Une belle brochette, avouez-le.
004
Et cette petite bande avait vraiment envie de s’amuser.
Surtout l’intenable Mark Murphy.

Chaque chanteur interprète deux ou trois morceaux (accompagné de Dré Pallemaerts (dm), Paolo Fresu (tp), Sal La Rocca(cb) et Kàlman Olah (p) ).
Les transitions étant assurées par l’ensemble des vocalistes, dans le plus pur style Be Bop.

On sent que David a un peu de mal à contrôler ce petit monde qui a envie de faire la fête, qui se lance des vannes…
Et chacun y va de son impro.
A ce jeu, Sheila Jordan, avec un humour grinçant, est sans doute la plus à l’aise.
Giacomo Gates, que je ne connaissais absolument pas, est éblouissant dans ses scats. Beborah Brown, à la voix puissante, est éclatante, Murphy penche un peu du côté crooner et Linx est à nouveau impérial… et heureux.

Bonheur sur scène et dans la salle.

Voilà encore un festival à Dinant très réussi. On en redemande.
J’ai déjà réservé ma chambre d’hôtel pour l’année prochaine !

A+

Commentaires

Je me pince! Alors là, si tu me dis que tu as discuté, comme ça, tranquillement avec Petra, je déménage carrément toute la famille en Belgique!

J'écoute ses deux disques Musica Nuda 1 et 2, régulièrement, en me disant que ça doit être sublime en spectacle!

Elle a une façon de s'approprier les chansons... me donne des frissons ou me fait sauter de joie, c'est selon!

Et tous ces chanteurs sur une même scène!

Ouaouaouaou! Mais c'est où, ça, Dinant?

Jean François

Écrit par : Jazz Frisson | 11/10/2007

:-)
Hé non, j'e n'ai pas eu l'occasion de bavarder avec Petra Magoni: elle devait rentrer en Italie.

Mais je ne désepère pas la rencontrer une prochaine fois (Stefano Bollani vient en concert en Belgique le mois prochain... ) qui sait?

Sinon, Dinant, c'est la ville natale d'Adolphe Sax...
Tu sais, celui qui a inventé le saxophone!
;-)

A+

Écrit par : jacques | 18/10/2007

Petra Elle est super en concert... j'ai déjà raconté l'avoir vu avec Bollani et el abssiste mentionné ci dessus.. grande présence, grande maitrise et sens du spectacle.. à voir Live !!!

Écrit par : ptilou | 27/10/2007

Les commentaires sont fermés.