16/09/2007

Eve Beuvens - Théâtre Marni

Il y a des années que je me promets d’aller écouter le trio de la pianiste Eve Beuvens.
Mais chaque fois que l’occasion se présentait, j’avais un empêchement.

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Cette fois-ci, je n’ai pas raté cette opportunité.
Il faut dire, à ma décharge (si, si…), que ce groupe ne tourne pas énormément non plus…
Heureusement, dans le cadre des «rencontres jazz» au Théâtre Marni, Jules Imberechts a eu la bonne idée de programmer le «nouveau» trio d’Eve (son frère, Lionel Beuvens a pris la place de Jérôme Colleyn).
Du côté de la contrebasse, pas de changement, il y a toujours Yannick Peeters.

Connaissant Eve, pour l’avoir vu jouer dans différentes formations ou lors de jams, je m’attendais à entendre un trio évoluant dans un esprit Evansien.
Bien sûr on entend, ici et là, quelques influences du pianiste américain, mais, plus d’une fois, le trio s’en éloigne et va plutôt flirter du côté d’un Eric Watson ou d’un John Taylor.
Pour preuve, et pour souligner l’apport de ce dernier dans la démarche musicale d’Eve, le groupe reprend, en fin de concert, un morceau du pianiste.

«Compo 2», écrit par Eve, est d’ailleurs un peu pensé dans cet esprit.
Un peu lunaire, assez intimiste, gardant toujours une délicatesse vacillante, une stabilité quelque peu trouble.

Sur d’autres morceaux, les musiciens n’hésitent pas à ouvrir encore un peu plus le jeu, à improviser de manière assez libre. A oser s’aventurer dans l’inconfort, à créer de surprises. Comme sur le passionnant «Bij Mij» écrit par Yannick Peeters, qui joue les silences et les structures «flottantes».

Les moments intenses - comme pour «North Sea» où Eve joue avec la matière du piano (elle fait craquer le bois, fait crisser les cordes, grincer la pédale, créant ainsi un univers minéral, frissonnant et mélancolique) – se succèdent aux instants plus romantiques et lyriques.
On retrouve alors parfois un touché à la Brad Mehldau ou un groove à la Esbjorn Svensson de la bonne époque (du temps de «From Gagarine’s Points Of View» ou «Good Morning Susie Soho», par exemple).
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Quelques standards sont intelligemment revus et arrangés, comme «Everything I Love» de Cole Porter ou «Alone Togheter». On perd par contre un peu le fil sur «All The Things You Are»…

Avant le très «soul» et joyeux «Little Scorpions», il y eut, à mon avis, un des plus beaux morceaux de la soirée : «Fragile» (écrit par Lionel).
On sentait là tout le potentiel du trio. La musique passait entre les musiciens tel un fluide. Chacun ajoutant sa touche. Un dialogue merveilleux s’installait entre eux.
Excellent.

On sent que ce trio est en train de se découvrir petit à petit un langage personnel.
Et ça, c’est plutôt intéressant.
Alors, tenez-le à l’œil et à l’oreille.
Moi, en tout cas, c’est ce que je vais faire. En espérant ne plus être contrarié dans mon agenda…

A+

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