21/08/2007

Jazz Middelheim 2007 - Day 04 -

Belle surprise que le quintet du tromboniste allemand Nils Wogram.
Je ne connaissais que son album en duo avec Simon Nabatov, «Starting Stories», et n’avais jamais été plus loin.
Erreur !

01
Le groupe présent sur scène cet après-midi («Root 70») n’hésite pas à mélanger les genres.
D’un bop assez classique au dub ou au reggae, en passant par un jazz très contemporain, Nils Wogram et ses compagnons élargissent les frontières sans se poser trop de questions et proposent un jazz jouissif et très expressif.

«Eat It» est, à ce propos, un bel exemple.
Après avoir démarré sur un chaos bruitiste, on s’envole vers un thème aux accents latins. Puis, on joue les stop and go et les questions-réponses qui donnent une sacrée dynamique au morceau.
Simon Nabatov, très percussif, joue toujours la surprise, le rebondissement.
Il ouvre des pistes, relance le tromboniste et le saxophoniste qui se complètent très bien …
Le saxophoniste Hayden Chisholm, justement, sonne parfois comme Paul Desmond sur les thèmes plus intimistes.

Dans les moments intenses, comme sur «The Myth», on sent comme l’influence d’un Mingus. Le groupe est soudé, énergique et rageur.
Et Nils, dirige ce petit monde avec vigueur.

Mélange très savoureux et groupe à suivre assurément.

02
Moins explosif ou fonceur qu’à l’habitude, le trio d’Eric Legnini nous gratifie d’un concert posé et détendu, laissant de la place aux mélodies et aux thèmes pour se développer.
Cela nous permet d’apprécier encore mieux la qualité des compositions du pianiste.

Avec Dré Pallemaerts à la batterie, exceptionnellement à la place de Franck Agulhon, le trio offre des versions poétiques de «Trastevere» et de «Night Fall» avant d’attaquer vivement «Miss Soul», introduit par un long  et beau solo de  Matthias Allamane à la contrebasse.

Un «Mojito Forever» fait monter la fièvre à la manière d’un alcool qui tape vite à la tête.
Sous l’œil rieur de Legnini, Dré s’amuse d’un solo à mains nues sur ses tambours.
On déguste. On sourit.
Il faut dire que, juste avant, Eric m’a presque fait pleurer avec une improvisation magnifique en intro de «La Starda».
Il remettra ça avec un «Back Home» plus gospel et churchy que jamais.
Merveilleux.

Après le concert, je discute un peu avec Eric.
Heureux de sa prestation et de ses 130 derniers concerts.
Et ce n’est pas fini, puisque dès fin septembre, il ira jouer en Allemagne, en Pologne et à nouveau en France, avant de s’envoler pour le Japon.
Un enregistrement spécial sera d’ailleurs réalisé pour le pays du soleil levant.
Puis, il travaillera sur un projet avec les frères Belmondo et Milton Nascimento pour un concert à La Villette en septembre.
Voilà de quoi nous rendre impatient…

03

Découverte totale ensuite, avec Dez Mona.
Est-ce du jazz ? Est-ce du rock ? Est-ce de la pop ?
Le chanteur, Gregory Frateur, aux airs de Diva, ne le sait pas lui-même.

Toujours est-il qu’on cherche un peu le lien entre sa musique et un festival de jazz. Un titre de Nina Simone, en rappel, suffit-il ?

Le chant particulier rappelle un peu Klaus Nomi.
La voix est grave et nasillarde.
On y trouve aussi, par moments, des intonations à la Tom Yorke (Radiohead) ou Brian Molko (Placebo).

Les ambiances et les thèmes sont généralement sombres, voire assez dépressifs, et se teminent presque à chaque fois en explosions hystériques.

On nage entre ambiant, pseudo-classique et rock progressif.

Bram Weijters au piano et Roel Van Camp à l’accordéon accentuent par leurs interventions le côté noir et désespéré des paroles.

Frateur se fait parfois un peu crooner et parfois aussi un peu «folkeux» (avec une reprise de «Who Knows Where The Times Goes» de Sandy Dennys , ex-chanteuse de Fairport Convention dans les années ’70).

Impression bizarre.
Bien qu’intéressant par moments (il faut souligner quelques performances vocales étonnantes) l’ensemble est crispant et parfois tellement excessif que cela en est peu touchant.


04
Pour terminer ce quatrième jour: délire total et bonheur complet avec le Matthew Herbert Big Band.

Je suis depuis longtemps ce «bidouilleur» de génie («Dr Rockit», «Radio Boy») qui mélange la dance intelligente (le merveilleux «Bodily Functions» en 2000) et les expérimentations musicales hors normes, comme sur le récent «Plat Du Jour».
Ce dernier album est enregistré uniquement  avec des bruits de déglutitions, de mastication, de cris de cochons, de poules en batteries et autres sons en rapport avec la (mal)bouffe…
Et c'est absolument génial. Et étonnant.

Aussi étonnant que son Big Band ce soir.

Basé sur le même principe que ses expérimentations, Matthew Herbert échantillonne en temps réel toutes sortes de sons et crée des beat.

Ce soir, tout a commencé avec un «cliquetis» de verre de vin rouge sur les dents…
Une fois le rythme lancé, le Big Band monte sur scène.

05
Le mélange «électro» (je n’ai pas trouvé d’autre terme) et orchestre swing, dans la grande tradition de Glenn Miller, fonctionne à merveille.
Et ce qui marche sur disque (album «Goodbye Swingtime») marche encore mieux sur scène.
C’est qu’ici, le spectacle est visuel aussi.

Allons-y pour faire de la musique avec des journaux déchirés (ce qui amène une belle bataille de boulettes de papiers) ou avec des ballons de baudruche, ou même, en rappel, avec des flash d’appareils photos.

On passe d’une ambiance «Coton Club», à du blues sensuel («The Trhee W’s») et à la dance la plus incandescente («Missprint»). Et Valérie Etienne, à la voix soul, n’est sans doute pas pour rien dans l’histoire.

Matthew Herbert, derrière ses machines (ou son accordéon rose), s’amuse autant que ses musiciens et que le public.

06
Voilà sans aucun doute une façon des plus intelligentes de mêler house et jazz.
Le public (même les jazzeux) ne s’y trompe pas.
Et c’est évidemment un gros (très gros) succès mérité pour le musicien anglais.

 

A+ 

Commentaires

Superbes reportages! Salut Jacques!

C'est avec grand intérêt que je suis tes reportages de Jazz Middleheim. Toujours captivant, j'y apprends beaucoup sur des musiciens qui me sont souvent inconnus de ce côté de l'Atlantique.

Tu fais un travail remarquable. Merci!

Jean François

Écrit par : Jazz Frisson | 23/08/2007

Yo! Echange de bons procédés!
;-)))

Merci pour ces compliments Jean François.

A+

Écrit par : jacques | 25/08/2007

DEZ MONA en interview + extraits live! Maintenant en ligne sur LE PODCAST D'INTERVIEWS de Lili Sygta!

www.myspace.com/lilisygta

Bravo pour votre blog et A+
Lili

Écrit par : Lili Sygta | 14/09/2007

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