08/07/2007

Blue Note Festival 2007 - 02

Deuxième journée.
J’étais curieux d’entendre Gianluca Petrella dont je ne connaissais pas grand chose, je dois l’avouer.
J’avais bien entendu quelques extraits de son dernier album et lu de très bonnes critiques à son égard.

01

Hé bien, allons-y tout de go : j’ai trouvé ce concert et ce groupe tout à fait excellent.

Déstabilisant dès les premières notes, comme pour chasser nos préjugés, le quintet nous invite à suivre un chemin pas banal pour un sou.
Le chemin est bordé des musiques de Coleman (Ornette et Steve aussi), d’Archie Shepp, Mingus, mais aussi d’Ellington sans oublier quelques touches electro-expérimentales…

Petrella évite tous les clichés, désoriente par le côté free ou contemporain, rassure par certains titres aux rythmes binaires avant de repartir dans des aventures décoiffantes.
La basse monstrueuse de Paolino Della Porta impose un groove toujours prêt à dérailler ou à s’enfuir.
Fabio Accardi impose, quant à lui, un jeu sec, énergique et puissant à la batterie qui s’allie si bien aux délires des deux souffleurs.
Oui, deux souffleurs, car aux côtés de Petrella, Francesco Bearzatti (au sax ou à la clarinette) répond avec insolence aux improvisations hallucinées du tromboniste.
Le leader, souffle, parle, chante dans son trombone. Il sample son instrument, donne de la reverb, distille quelques notes electro.

Le groupe a bien digéré le hard bop, le free jazz, la drum ‘n bass, les musiques électro et nous livre une vision bien personnelle, fraîche et énergisante d’un certain jazz européen.
Vous aimez Furio Di Castri, Antonello Salis et autres italiens fous du même accabi ? Vous allez adorer Gianluca Petrella…

02

Dans un autre registre, Mike Del Ferro et Frank Vaganée ont remis sur pied le groupe qu’ils avaient formé voici près de dix ans maintenant.

Sur des bases «swing» et bop, le quartet ne dédaigne pas jouer le détricotage mélodique.
Del Ferro, au jeu oscillant entre contemporain et lyrisme, fait monter la pression rapidement. Vagnaée emboîte le pas et n’hésite pas s’envoler dans des impros très Parkeriennes («Secret Update»).
Jos Machtel (cb) et Dré Pallemaert (dm), eux aussi, sont capables d’une belle énergie toute en nuances.

Les ballades ne sont pas inintéressantes non plus. Del Ferro arrivant toujours à introduire des phrases surprenantes, alors que Dré se permet quelques belles échappées arythmiques. Lorgnant parfois aussi du côté des airs latino chaloupés («The Woolf» ?), le quartet est explosif sur un bop qui dérive en blues avant de finir en un bouillonnant morceau presque funk («Doing… ??» le titre m’échappe) sous l’impulsion de Del Ferro, à nouveau, qui «éparpille» le thème de façon incisive…

03

Retour à la sérénité, à l’émotion, à l’intensité avec le quintet des frères Belmondo qui accueillait l’immense Yusef Lateef.
Quel superbe moment que ce concert !

Les ondulations orientales se mêlent aux rythmes africains lancinants.
Le son de la flûte de Lateef est incomparable. On dirait que toute sa vie passe par là.

Tout se construit en douceur et avec ferveur.
Stéphane Belmondo prend le relais de Lateef au bugle pour monter vers des improvisations éclatantes.
On passe de l’intériorité à la rage, puis on vogue sur une mer tumultueuse, faussement calme aux rythmes des phrases de Laurent Fickelson au piano.

Dré Pallemaerts joue la percussion, plus que la batterie, sobre, discrète… indispensable.
De même, l’excellent Sylvain Romano à la contrebasse soutient, pousse, ouvre des portes. Son jeu est magnifique d’écoute, de pulsions et de propositions.

Et quand Yusef Lateef et Lionel Belmondo croisent leurs souffles aux saxes, on atteint des sommets d’émotion.

Emotion encore quand Lateef chante, à la manière d’un griot, un thème d’une profondeur et d’une sensibilité extrême.

Le tout se terminera avec un puissant morceau aux rythmes tribaux…

Quelle fête !
Grand moment !

04

C’est Wynton Marsalis et son Lincoln Center Orchestra qui clôtureront la soirée.

L’esprit est swing, traditionnel et propre.

L’exécution des thèmes est irréprochable, chaque soliste a son espace pour délivrer de très beaux solos.

Je mettrai en évidence ceux du tromboniste Chris Crenshaw ou du saxophoniste Sherman Irby (bien que chaque soliste fut parfait), et bien sûr Wynton, le seul à venir au devant de la scène pour exécuter son solo.
Rien à dire, Wynton sait souffler…

Une belle machine qui permet de «revoir» ses classiques (même si les compos sont originales…).
Un peu «lisse» à mon goût, cependant…

A+

Commentaires

Belmondo Brothers Les frères Belmondo, voila 2 musiciens des plus intéressants, tant par leurs talents d'instrumentistes que de compositeurs ! Personnellement, leur CD "Infinity" dont je glissais quelques lignes sur jazz Chroniques et coups de cœurs est une merveille, un de mes grands coups de cœur ! Si tu ne connais pas l'opus, fait un tour par la (http://zetlejazz.canalblog.com/archives/2007/06/06/5120407.html) via un article sur le CD en question qui te permettra à l'occasion d'écouter un extrait d'une magnifique composition de Laurent Fikelson « The mind thing »! Ce n’est pas que je veux me faire de la pub mais plutôt de la pub pour le chef d’œuvre signé par les frères Belmondo ! Méga coup de cœur du Z !

Z

Écrit par : Z | 09/07/2007

grrrr J'avais pas vu, mais l'adresse email reste bien apparente dans le message ensuite ! Aime pas trop.....

Écrit par : Z | 09/07/2007

Lateef et les autres Pour poursuivre dans la lignée Lateef et les frères Belmondo, j'ai été complètement conquis par leur prestation au Festival de jazz de Montréal l'an dernier. Voir mon billet à ce sujet ici:

http://jazzfrisson.blogspot.com/2006/07/fijm-2006-belmondo-et-yusef-lateef.html

Lateef est d'une très grande spiritualité, comme Charles Lloyd, par exemple.

En passant, Jacques, tu t'es engagé pour combien de jours à ce Blue Note Festival, qui me semble bougrement intéressant?

Écrit par : Jazz Frisson | 09/07/2007

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