29/06/2007

Deux nuits avec Robin.

Deux nuits avec Robin Verheyen.
Rassurez-vous: en tout bien tout honneur. Juste pour la musique.

01

Pourquoi deux soirs de suite?
Parce que Robin était au Sounds avec sa formation Narcissus Quartet le vendredi et avec Orvalectiq le lendemain.
Deux groupes différents, deux approches différentes, deux styles de musiques différentes.
Le point commun: un sacré niveau de jeu…
Car on peut le dire: «ça joue

Le vendredi avec Narcissus, c’est-à-dire Harmen Fraanje au piano, Clemens van der Feen à la contrebasse et Flin van Hemmen à la batterie, le concert a démarré en impro totale.
Entre rythmes flottants et mouvants, Robin passe du soprano au ténor en faisant fluctuer les énergies, dans un style très post-Coltranien.

Harmen joue de façon très percussive. On sent la tension monter. Les échanges entre le pianiste et le saxophoniste sont tendus et nerveux.
C’est puissant et virtuose à la fois.
Le groupe enchaîne plusieurs morceaux d’affilée, dont le furieux «Wudalianchi», me semble-t-il, avant de revenir avec une ballade: «Saidas E Banderias».
Ce morceau, un peu «décharné», permet d’entendre un beau dialogue batterie-contrebasse.
C’est mélancolique, mais sans «bons sentiments».
On dirait une histoire qui se raconte par bribes. Comme à coups de couteaux. Laissant derrière elle autant de cicatrices…

Après une autre ballade, comme mise en bouche du deuxième set, Robin nous emmène dans une impro complexe, évolutive et fiévreuse.
Il «empile» des petites phrases de plus en plus construites qui débouchent sur «Narcissus».

Flin fait claquer ses tambours, comme pour prévenir d’une nouvelle direction à prendre. Harmen jette de l’huile sur le feu.
On s’emballe sur un «Cockburn» explosif.
Et après «Aneris», tout aussi brûlant, Narcissus jouera, en rappel, «Thinking of Someone» dans une veine un peu latine qui me fait songer parfois à Lourau

02

Samedi, bien qu’on y retrouve à nouveau l’excellent batteur Flin van Hemmen, Robin est entouré d’un tout autre groupe: Joachim Sadiq Saerens (fender et claviers), Bert Hornikx (electronics), Jean-Luc Lehr (basse électrique) et Pierre Van Dormael (guitare).

Orvalectiq mélange les genres: jazz, électro, musique expérimentale, rock et plein d’autres choses encore.

Par exemple, «Deep Thought» est basé sur des rythmes répétitifs. Sur un cycle obnubilant où l’on perçoit quelques intonations «reggae».
Tour à tour, Robin ou Pierre improvisent.
Leurs sons sont capturés par Bert Hornikx qui les trafique, les triture et les renvoie dans la salle.
Au Fender, Joachim Saerens injecte des touches tantôt soul, tantôt jazz-rock.
Parfois bruitistes. Toujours groovy.
Car malgré les constructions complexes, le groove est toujours présent. On sent les influences du travail d’Octurn par exemple, mais aussi de Zawinul.

L’approche du groupe me fait aussi penser à tout cet esprit musical nordique: Wibutee ou Hakon Kornstad par exemple.
Ou à la musique de Squarepusher également.

Jean-Luc Lehr et Flin van Hemmen assurent une rythmique solide et sûre.
Pierre découpe les morceaux de ses interventions lumineuses, précises, ciselées.
Avec «Slow Groove», on songe un peu à King Crimson ou Soft Machine.
On vit des moments suspendus. Des moments intenses dans leur retenue et leur dépouillement.

On dirait que Robin détricote les notes une à une. Alors, Van Dormael intervient, relie l’ensemble, joue comme un fou.
Les musiciens lâchent leurs coups : Saerens, de façon très seventies, puis van Hemmel à la Aka Moon

Pour terminer le voyage, Orvalectiq fait un dernier détour vers l’Afrique.
Les rythmes chauds et très dansants (comme une transe) fusionnent avec les rythmes créés par ordinateur.

03

Délires hypnotiques, lunaires, groovy et incandescents, cette musique vous monte à la tête comme seule peut le faire la reine des bières à laquelle le groupe rend hommage: l’Orval.
A la petite différence que vous pouvez consommer cette musique sans modération.


A+

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