29/04/2007

Thierry Crommen - Sounds

Je ne connaissais Thierry Crommen que de nom.
Et je n’avais entendu que l’un ou l’autre extrait (sur FM Brussel entre autres) de son dernier album: «Versions Originales».

01

Un type qui joue de l’harmonica ce n’est pas si courant que ça.

Pour moi, l’harmonica est plus souvent lié au blues (Sonny Boy, Howlin Wolf, Jean-Jacques Milteau etc…) et à quelques souvenirs de jeunesse (Dylan, Harry Pitch et son « Groovin’ with Mr Bloe », par exemples) qu’au jazz.
Bien sûr, on connaît, Olivier Ker Ourio, et… Toots (dont c’est l’anniversaire aujourd’hui), pour ne citer que les «contemporains».

D’ailleurs, la musique du quartet qui se produisait ce vendredi soir au Sounds, n’est pas totalement jazz non plus (mais c’est quoi, «le jazz» à la fin ?).
Mais l’esprit y est toujours.

Par exemple, le premier morceau, «Father», emprunte à la ballade et un peu à la musique sud-américaine, entre bossa et tango.
Avec «Hora Lautareasca» (un traditionnel Roumain), on glisse vers le gypsy/manouche.
Et plus tard, on aura droit à un morceau de Karim Baggili, «Zayak» (que l’on peut aussi entendre sur l’album «L’Arbre pleure» de Nathalie Loriers) aux accents orientaux, bien sûr.

02

En plus, Thierry Crommen a longtemps été «sideman» (ça se dit pour la variété?) de Michel Fugain, Pierre Rapsat, B.J. Scott ou encore Sanseverino.
Cela donne encore une autre couleur à sa musique: le format «chanson».
D’ailleurs, le premier set (qui ne reprendra que les morceaux du dernier album) ne comportera pratiquement pas d’improvisation et les thèmes seront souvent courts et concis.
Ce qui n’est pas un défaut.

Le groupe est très complice et la qualité de jeu est élevée.
Sur le «traditionnel Roumain», Crommen exprime de superbes modulations. Il y met de l‘effet en jouant avec le micro, en plaçant la main, en maîtrisant le souffle.
C’est simple, naturel et efficace.

L’ensemble sent le bois…
Oui,le bois.
Il n’y a pas de batterie et le soutien à la guitare de l’excellent Chris De Pauw et à la contrebasse de Achim Tang rendent les mélodies chaudes et profondes.
Le guitariste est éblouissant de virtuosité et de justesse. Il n’en met pas plein la vue, mais il est d’une sensibilité et d’une efficacité redoutable. Et cela, dans tous les registres qu’impose ce groupe.

Au piano, Erno distille sobrement les notes.
Il se mettra plus en avant sur une de ses propres compositions, «Diaphane», qui me rappelle un peu l’esprit d’un Richard Galliano, et surtout sur «Constance» (de Crommen) qu’il jouera en duo avec l’harmoniciste.
Son touché est délicat et subtil. Léger et poétique.

03

Le deuxième set s’ouvrira un peu plus aux improvisations avec - pour débuter, et aussi étonnant qu'il soit - «Pas le Temps» de Fugain.
Etonnant, car l’arrangement est très ouvert, passant du blues au jazz avec ferveur et intelligence.
Le pianiste n’hésitant pas à prendre un beau solo imité en cela par De Pauw à la guitare.
On retrouve cette hardiesse à laquelle on avait eu droit sur «Chase Scene» en fin de premier set.

On se calmera avec le très très beau morceau écrit par Achim Teng: «La Marche».
Une intro toute en douceur et ostinato à la contrebasse qui évolue en une grave et envoûtante valse lente.
On a l’impression de traverser des terres arides.
Le son de l’harmonica (à chaque morceau différent) évoque ici la mélancolie et la tendresse, tandis que le piano et la guitare s’échangent leur spleen.
Très beau moment…

Avant de terminer avec un swing détonnant («Démolissons les mots», écrit avec Sanseverino), on fera un détour par le Maghreb avec «Paris Tagine» et ses rythmes fiévreux et chaloupés.
La guitare se fait percussion, l’harmonica se fait charmeur, le piano fait des arabesques et la contrebasse imprime une cadence soutenue, comme celui d’un train qui traverse les paysages du sud.

Nous voilà arrivé à destination.

A revoir avec plaisir en octobre (si mes infos sont bonnes) au même endroit, à la même heure.

A+

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